Par Michel LAGACÉ

A mesure que les provinces annoncent leurs plans de déconfinement, la réouverture progressive de l’économie commence à se préciser. Mais, à plus long terme, peut-il être question de retourner à la « normale », au « business as usual » du passé?

Il est évidemment trop tôt pour savoir comment nos comportements seront transformés par cette pandémie. Cependant, quelques enjeux ont déjà fait surface. En particulier, tant au Canada qu’aux États-Unis, deux secteurs ont révélé des faiblesses inquiétantes : les établissements de soins de longue durée et les usines de transformation de la viande.

Il est notoire que la majorité des décès attribués à la COVID-19 ont eu lieu dans des établissements de soins. Et des usines importantes de production et de transformation de la viande ont été durement touchées en devenant des foyers de propagation du virus. Comme société, nous avons confié le soin des personnes âgées et vulnérables à des institutions publiques et privées. Et nous nous fions au secteur privé pour assurer le bon fonctionnement de la chaîne alimentaire. Bien qu’il s’agisse de secteurs vitaux, ils maintiennent leurs coûts d’opération au plus bas niveau possible et embauchent le personnel à bon marché. Pourra-t-on maintenir cette stricte logique de rentabilité à l’avenir?

Les lieux et les méthodes de travail seront à revoir avant que les commerces ne puissent rouvrir, car ils devront assurer la distanciation non seulement entre les clients ou les résidents, mais aussi entre les travailleurs et ceux qu’ils desservent. Devrons-nous nous habituer à être servis par des employés vêtus d’équipement de protection personnelle? La possibilité d’une deuxième vague de la pandémie et l’arrivée de la grippe annuelle cet automne rendent ces questions particulièrement urgentes, car jusqu’à la mise au point d’un vaccin efficace, le nouveau coronavirus constituera une menace pour toute la population.

Les gouvernements ont beau annoncer des plans de déconfinement, le public devra se sentir en sécurité avant d’aller au restaurant ou à un concert. Et les employés devront être convaincus que leur milieu de travail est sécuritaire. Le New York Times révélait la semaine passée que des dirigeants d’entreprises font pression sur les législateurs américains pour qu’ils protègent leurs entreprises d’un large éventail de poursuites potentielles liées à la réouverture de l’économie. Dans le nouveau monde de la pandémie, employés comme employeurs se sentent menacés.

Au niveau social, les coutumes ont déjà été transformées. On a pris l’habitude de se distancier d’amis et de proches. Les poignées de main et les bises ont disparu. L’ami et le voisin sont devenus virtuellement menaçants parce qu’ils pourraient être porteurs du virus. De plus en plus, les réunions virtuelles permettent d’éviter les rencontres personnelles. Le contact humain sera-t-il encore plus limité à l’avenir? Quel sorte de monde sommes-nous en train de créer? Voilà une des questions fondamentales auxquelles nous devons nous préparer à répondre tant au niveau individuel que sociétal.

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