Par Michel LAGACÉ

Le 24 juin, c’est depuis longtemps la fête de la Saint-Jean. Cette tradition est arrivée en Nouvelle-France dès 1646. Mais en 1834, elle a pris une signification politique qui perdure jusqu’à nos jours. Tout comme les Irlandais de Montréal le faisaient depuis 1824 avec le défilé de la Saint- Patrick, des Canadiens français ont voulu se doter d’une grande fête rassembleuse. Et ils ont voulu se mettre sous le patronage d’un saint, ce que le pape Pie X accorda en 1908, faisant de Saint-Jean- Baptiste le patron des Canadiens français.

Les célébrations de la Saint-Jean ont connu leur bonne part d’ironie. La Société Saint-Jean-Baptiste (SSJB), à la recherche d’un chant de ralliement politique, a commandité le Ô Canada de Calixa Lavallée (1). Cet hymne a été entonné pour la première fois lors des célébrations de la Saint-Jean à Québec en 1880. C’est donc à la SSJB que le Canada doit son hymne national! Autre ironie : après avoir composé le Ô Canada, Lavallée a poursuivi sa carrière aux États-Unis où il s’est prononcé en faveur de l’annexion du Canada à son pays d’adoption.

Durant les années 1960-1970, la fête s’est éloignée de son caractère religieux et, dès 1977, le gouvernement de René Lévesque, élu en novembre 1976, a laissé tomber la référence religieuse pour en faire juste la Fête nationale du Québec. Depuis ce temps, des francophones d’autres provinces tentent de maintenir la tradition de la Saint-Jean pour célébrer l’héritage commun que représente la langue française.

Pourtant, le Manitoba dispose depuis 1870 d’une raison unique donnée par le hasard du calendrier pour fêter le 24 juin. Car, il y a exactement 150 ans, l’Assemblée législative d’Assiniboia, démocratiquement élue et présidée par Louis Riel, recevait l’abbé Noël Ritchot qui lui fit rapport sur les négociations qui avaient mené à l’adoption de la Loi sur le Manitoba par le Parlement fédéral.

Les promesses formulées dans cette Loi allaient être trahies maintes fois au cours des années suivantes, surtout en ce qui regarde le statut du français et la concession de terres aux familles métisses. Mais, chose certaine, les représentants des habitants de la Rivière-Rouge, anglophones comme francophones, ont ratifié la Loi, exprimant librement leur volonté de se joindre à la fédération canadienne.

Les habitants de la région avaient déployé de longs et laborieux efforts pour atteindre leur but, mettant de côté toutes leurs différences religieuses, linguistiques et nationales. Ils s’étaient entendus pour fonder une nouvelle entité politique qui allait permettre au Canada de prendre la forme que l’on connaît aujourd’hui : un immense territoire qui s’étend d’un océan à l’autre. Au Manitoba, c’est cet esprit de 1870 qu’il convient de rappeler et de célébrer le 24 juin, en 2020 et les années à venir.

(1) Les paroles de l’hymne étaient de Sir Adolphe Routhier; la version anglaise de Robert Stanley Weir parue en 1908 ne ressemble en rien au texte de Routhier.

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