Par Antoine CANTIN BRAULT

La liberté académique est-elle seulement l’objet d’une querelle qui a lieu dans la tour d’ivoire de l’université? Alors que les problèmes pullulent dans le monde, des universitaires gâtés préfèrent s’attaquer à leur « first world problem » et monter aux barricades pour défendre un privilège d’intellectuels.

Cette impression générale paraît d’autant plus fondée qu’il n’est pas sûr que la liberté académique soit le coeur même de la vie universitaire.

En effet, les universitaires aiment s’en prévaloir, sans toujours l’incarner. Ceci noté, les problèmes « universitaires » concernent tout le monde, puisque les professeurs forment des gens qui, ensuite, forment d’autres gens qui transmettent à leur tour certaines visions du monde.

Alors qu’elle semble déjà bien connue, la liberté académique reste pourtant toujours non définie. Sans s’entendre sur ce qu’une chose est, comment savoir quelles sont sa portée et ses limites?

Je propose cette définition de la liberté académique : « Droit accordé aux professeur(e)s postsecondaires qui vise à répondre au devoir de vérité. »Que découle-t-il d’une pareille conception de la liberté académique?

Premièrement, pour qu’il y ait liberté académique, il doit y avoir choix. Le choix des sujets à traiter est clairement plus grand pour les professeur(e)s au niveau postsecondaire, même s’il est parfois limité, par des ordres professionnels notamment.

Deuxièmement, la liberté académique est un droit. C’est-à-dire une permission accordée et garantie par les normes d’une institution, en l’occurrence l’institution postsecondaire.

Cette liberté académique garantit-elle tous les choix faits par les professeur(e)s?Répondre à cette question amène à distinguer entre liberté et licence.

La licence est une liberté excessive : faire n’importe quoi n’importe quand. Ce n’est pas ce que protège la liberté académique. Elle protège plutôt l’autonomie des professeur(e)s. Elle suggère une confiance envers les professeur(e)s car elle protège leur capacité à se donner leurs propres lois, comme l’indique l’étymologie du mot : autos (soi-même) et nomos (loi).

Une administration qui attaque la liberté académique infantilise ses professeur(e)s.Mais lorsque des professeur(e)s placent la liberté académique au-dessus de tout, ne risquent-ils/elles pas de tomber dans la licence? Le point suivant donne la réponse.

Troisièmement, une des lois à laquelle doit obéir un(e) professeur(e) dans son autonomie est le devoir de vérité. Qu’est-ce que la vérité?

Voilà qui mériterait tout un autre travail de définition! Disons seulement qu’elle n’appartient à personne puisqu’elle est peut-être bien la somme de toutes les perspectives sur une même chose.

Voilà donc le coeur que doit protéger la liberté universitaire : la somme des perspectives. Car ce ne sont toujours que des perspectives que les professeur(e)s ont sur une chose.

Mais ces perspectives ne sont pas de simples opinions personnelles, puisqu’elles sont proposées à partir d’une longue et patiente étude de la chose.

Avec le devoir de vérité vient le devoir de transmettre la vérité. Un(e) professeur(e) est un(e) interprète de la vérité pour ses étudiant(e)s.

La transmission de la vérité est tout aussi importante, sinon plus importante que la vérité en elle-même. La liberté académique impose donc un devoir de transmettre la vérité de manière à contribuer au développement des connaissances et des étudiant(e)s.

La liberté académique est effectivement très près d’être un synonyme de la pensée critique, comme plusieurs universitaires l’ont déjà signalé. Or la pensée critique commence très humblement par définir le sujet dont on parle.

C’est la vérité qui rend libre et non la liberté qui rend vrai. Pour être libre académiquement, il faut connaître la vérité de cette liberté, et suivre la vérité dans tous ses méandres, que l’on soit administrateur/trice, professeur(e) ou étudiant(e).

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