Par Michel LAGACÉ

 

La controverse entourant l’avenir du carré civique de l’ancienne Ville de Saint-Boniface, et en particulier de son hôtel de ville, a mis en lumière d’importantes divergences d’opinions. Là où un francophone peut y voir un symbole de la présence française dans l’Ouest canadien, la Ville de Winnipeg n’y voit qu’une occasion commerciale.

De fait, la Ville semble être insensible encore aujourd’hui à l’existence d’une population francophone à Winnipeg. D’où vient cette incompréhension? Un indice probant se trouve dans la partie Municipal Manual de son site Web. Rédigé uniquement en anglais, on y trouve une section qui prétend évoquer des moments clés de son histoire.

Entre autres fables, la Ville raconte qu’en 1869, il y aurait eu un soulèvement (« uprising ») de la population métisse sous la direction de Louis Riel. En fait, il n’y avait plus de gouvernement de la Compagnie de la Baie d’Hudson : le lieutenant-gouverneur désigné de la colonie de la Rivière-Rouge, William McDougall, l’avait aboli en proclamant prématurément que la colonie avait été transférée au gouvernement canadien. Pourtant, le Premier ministre John A. Macdonald avait remis à plus tard le transfert de la colonie et il a expliqué à McDougall que, lorsqu’une région est sans gouvernement, les résidents ont le droit reconnu de s’organiser pour se gouverner.

La chronologie officielle de la Ville affirme aussi que l’expédition militaire dirigée par Garnet Wolseley serait arrivée au fort Garry pour mettre fin au « soulèvement ». Or quand les troupes avaient quitté Toronto en mai 1870, l’Assemblée législative d’Assiniboia, démocratiquement élue, siégeait depuis le 9 mars au fort Garry et elle avait envoyé des représentants à Ottawa pour négocier l’avenir de la colonie. L’ordre régnait et, le 24 juillet, l’Assemblée a ratifié la Loi sur le Manitoba avant de se dissoudre. La paix fut brisée seulement lorsque les troupes de Wolseley arrivèrent le 24 août et instaurèrent ce que des journaux américains qualifièrent quelques semaines plus tard de règne de terreur.

Autre erreur historique, la Ville note dans sa chronologie que le 16 novembre 1885, Louis Riel a été pendu pour avoir dirigé deux soulèvements métis et pour l’exécution de Thomas Scott en 1870. De fait, les accusations portées contre Riel à son procès à Regina ne concernaient que les évènements entourant la résistance de 1885 dans le Nord-Ouest. La question du rôle de Riel dans la résistance de 1870 n’a jamais été jugée par un tribunal.

Ce sont là des faits d’histoire depuis longtemps reconnus. Aussi invraisemblable que cela puisse paraître, la Ville de Winnipeg se complaît encore à perpétuer des mythes qui ont longtemps servi à justifier les actions du gouvernement Macdonald. Cet inexplicable décalage ne sert qu’à perpétuer l’incompréhension et la mésentente entre la Ville et les francophones qui y résident.

Au nom de la vérité historique et de la cohésion sociale, Winnipeg devrait au plus vite corriger le récit de son histoire.

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