Par Michel LAGACÉ

 

À en croire le ministre de l’Éducation du Manitoba, Cliff Cullen, le gouvernement arrive juste à temps à la rescousse d’un système d’éducation qui s’effondre dans la médiocrité sous le poids d’une bureaucratie accablante. « Nous avons besoin d’un système provincial cohérent, efficace et axé sur la réussite des élèves, construit de bas en haut plutôt que de haut en bas », a-t-il annoncé le mois dernier lors du lancement du rapport de 177 pages de la Commission sur l’éducation de la maternelle à la 12e année du Manitoba.

Et le député de la circonscription de Spruce Woods continue sur ce ton pseudo-populiste : « Nous voulons un système qui sait à quel point la voix des parents est précieuse au niveau de l’école locale et qui cherchera à lui donner des moyens d’agir. Nous voulons un système qui se concentre moins sur la bureaucratie et plus sur la garantie que les ressources sont dépensées dans la salle de classe… »

Le très volumineux projet de loi 64, intitulé Loi sur la modernisation de l’éducation, prévoit que les 37 divisions scolaires anglophones de la province seront abolies en faveur de 15 régions. Une Autorité provinciale de l’éducation serait nommée par le gouvernement et la Loi établirait un Conseil consultatif composé d’un représentant de chacune des régions et de la Division scolaire franco-manitobaine. Chaque école ou groupe d’écoles aurait un conseil scolaire communautaire constitué de parents d’élèves qui éliraient son bureau de direction.

En clair, la Loi installe un système centralisé autour du ministre de l’Éducation qui nommerait les membres de l’Autorité provinciale et qui approuverait la nomination du directeur de l’éducation de chaque région. Comment oser qualifier pareille structure de construction « de bas en haut »?

Si elle est mise en place, cette prétendue refonte administrative préoccupera les administrateurs de l’éducation pour des années à venir. Cependant, elle ignore l’obstacle le plus important à la réussite scolaire des élèves : la pauvreté. Alors que tant d’études sont parvenues à la même conclusion : le prédicteur le plus sûr des résultats scolaires est le statut socio-économique de l’élève. Ainsi, plus le niveau de pauvreté est élevé, plus le niveau d’instruction est bas. Il s’agit d’un problème majeur au Manitoba où le taux de pauvreté infantile dépasse celui de toutes les provinces du Canada. Et il est encore plus élevé parmi les enfants autochtones.

En 1958, dans The Affluent Society, l’économiste de l’Université Harvard, John Kenneth Galbraith, décrivait clairement la manière dont le secteur privé des États-Unis s’enrichissait tandis que le secteur public demeurait pauvre, faute d’infrastructures sociales et physiques. Deux générations plus tard, tant au Canada qu’aux États-Unis, les disparités sociales et économiques continuent d’augmenter et le gouvernement provincial prétend régler la situation en manipulant des structures administratives.

Tant et aussi longtemps que 28 % des enfants vivent dans la pauvreté, aucune réforme n’assurera le succès scolaire de l’ensemble des élèves. Et la pseudo-réforme scolaire ne sera qu’un écran de fumée qui étouffe une véritable réforme.

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