Par Michel LAGACÉ

Dans son premier budget, la première femme à être ministre des Finances, Chrystia Freeland, a offert un catalogue de programmes et de dépenses auquel les Canadiens peuvent s’attendre s’ils élisent un gouvernement libéral aux prochaines élections. Car ce document sera sûrement au centre de la prochaine campagne électorale.

À court terme, Mme Freeland propose de renouveler ou de prolonger une longue liste de soutiens offerts aux individus et aux employeurs, mais elle se projette aussi au-delà de la crise sanitaire actuelle. Elle le fait en liant un besoin social important pour l’avenir du pays, la garde des enfants, au besoin économique d’attirer sur le marché du travail un plus grand nombre de femmes. Car le Canada a besoin d’un nombre croissant de travailleurs alors que le coût et la pénurie de services de garde d’enfants représente un obstacle important à la participation des femmes.

Le budget propose donc une série de mesures qui ne sont pas directement liées aux effets immédiats de la pandémie. La plus importante parmi elles : investir 30 milliards $ sur les cinq prochaines années pour établir un système pancanadien de services de garde d’enfants dans lequel les frais de places réglementées seraient de 10 $ par jour en moyenne. Une promesse alléchante qui exigera la collaboration des provinces qui seront appelées à financer la moitié des coûts du programme.

Ce budget a attiré beaucoup d’attention tant par sa longueur, 841 pages, que pour les chiffres qu’il présente : en 2020-2021, le gouvernement fédéral a dépensé 634,9 milliards $, comparativement à 362,9 mil-liards $ l’année précédente. Il en est résulté un déficit record de 354,2 milliards $, en regard de 39,4 milliards $ en 2019-2020.

L’augmentation importante des dépenses pourrait laisser croire que le gouvernement fédéral s’apprête à jouer un rôle de plus en plus important dans l’économie canadienne. Une fausse impression lorsqu’on compare ces chiffres à la taille de l’économie : ses revenus représentaient 14,5% du produit intérieur brut en 2019-2020, et sont projetés à 15,3% en 2025-2026.

Impression confirmée par le fait que le coût des programmes s’élevait à 14,6% du PIB en 2019-2020 et atteindrait 14,9% en 2025-2026. Bref, si le gouvernement fédéral est en mesure de respecter ses projections, son rôle dans l’économie n’augmentera que peu au cours des prochains cinq ans.

Par contre, la dette fédérale pourrait atteindre 1 411,0 milliards $ dans cinq ans et les coûts de financement de la dette publique vont presque doubler. Ils passeront de 20,4 milliards $ en 2020-2021 à 39,3 mil-liards $ en 2025-2026.

Le budget 2021 contient ainsi des mesures que la nécessité impose, mais il tente aussi de préparer une transformation sociale et économique à long terme. Il reviendra ultimement aux Canadiens de juger du bien-fondé de la perspective que Mme Freeland a proposée. Et il reviendra à Justin Trudeau de défendre en campagne électorale sa stratégie socio-économique.

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