Par Michel Lagacé

 

On pourrait difficilement imaginer une démonstration plus convaincante du cynisme politique du gouvernement de Justin Trudeau. Et cela au détriment de ce qui est considéré comme un des fondements du Canada, la dualité linguistique. À preuve, le dépôt du projet de loi C-32, la modernisation tant attendue de la Loi sur les langues officielles par Mélanie Joly, la ministre du Développement économique et des Langues officielles. Un geste que les francophones à l’extérieur du Québec attendent depuis 2015 lorsque Justin Trudeau en avait fait une promesse électorale.

Or, le jour même du dépôt du projet de loi, et d’un commun accord entre tous les partis représentés à la Chambre des communes, les députés qui n’allaient pas se présenter aux prochaines élections générales ont fait leur discours d’adieu. Aurait-on pu faire une démonstration plus claire d’opportunisme politique? Ce projet de loi ne sera donc ni débattu ni adopté et va tout simplement mourir au feuilleton. Pis encore, il n’a pas été présenté comme une réponse positive aux attentes des francophones à l’extérieur du Québec, mais plutôt comme une première ronde dans la prochaine campagne électorale au Québec même.

Car le gouvernement du Québec avait tout récemment annoncé son intention de modifier la Constitution canadienne pour reconnaître que les Québécois forment une nation dont la langue officielle et commune est le français. Face à une élection fédérale imminente, la Chambre des communes a rapidement appuyé une proposition du Bloc québécois qui allait dans ce sens.

Et c’est ainsi que la modernisation de la Loi sur les langues officielles est devenue un enjeu dans la prochaine élection fédérale au Québec. Non seulement les libéraux veulent couper l’herbe sous le pied du Bloc québécois en appuyant ses propositions, mais ils veulent éviter tout affrontement avec le gouvernement de François Legault.

Au milieu de ces jeux politiques, le hasard a voulu que se tienne un premier Sommet sur le rapprochement des francophonies canadiennes, organisé par le gouvernement du Québec en collaboration avec la Fédération des communautés francophones et acadienne du Canada. Le gouvernement du Québec donnait ainsi suite à son intention de « jouer un rôle de premier plan au sein de la francophonie ».

À la conclusion de cette rencontre, François Legault et les participants au Sommet ont signé une Charte d’engagement qui les incite à bâtir de nouveaux ponts et à promouvoir la langue française partout au pays. Car s’il est une valeur qui relie les francophones d’un océan à l’autre, c’est bien leur attachement profond à la langue française.

Il y a donc lieu d’espérer que les échanges entre les francophones de partout au Canada se multiplieront. Et que le gouvernement fédéral retrouvera, un jour, au-delà de ses petites manoeuvres électoralistes, la volonté politique sincère de contribuer au renforcement du français. Comme l’avait fait à une autre époque Pierre Elliott Trudeau, le père de l’actuel Premier ministre.

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