En septembre, le Théâtre français de Toronto présente La Bulle, un spectacle local présenté en extérieur. Photot : Muriel Cavanhac – gracieuseté TfT

La rentrée culturelle sur fond de pandémie présente son lot de défis pour les diffuseurs de spectacles. Ceux-ci doivent encore faire preuve d’une flexibilité hors du commun pour assurer la sécurité des spectateurs et des artistes. De Moncton à Whitehorse, plusieurs ont profité de l’été pour présenter des spectacles extérieurs et mettre en valeur les talents locaux. Francopresse a fait une tournée du pays pour voir ce que préparent les diffuseurs de spectacles et les troupes de théâtre pour l’automne.

 

Par Andréanne JOLY – Francopresse

 

Le public a soif d’activités culturelles en personne, estiment différents acteurs de la francophonie canadienne. Pendant la belle saison, les restrictions assouplies et les activités extérieures ont permis des rassemblements comme on en a peu vu dans les 18 derniers mois.

À Yellowknife, fin juin, on a pu souligner la Saint-Jean et le public a répondu à l’appel : grâce à des restrictions alors assouplies, le site a accueilli jusqu’à 200 personnes à la fois et près de 350 personnes ont participé à la journée d’activités.

« Les activités extérieures sont celles qui sont favorisées par le public », au Canada comme ailleurs, rapporte l’expert-conseil en développement des publics Denis Bertrand, citant une étude publiée au début aout aux États-Unis. La distanciation est plus facile et généralement le masque peut être retiré lorsqu’il y a des sièges.

Cependant, la rentrée culturelle rime avec la rentrée en salle, ce qui inquiète le grand public.

À la Fédération culturelle acadienne de la Nouvelle-Écosse (FéCANE), qui rassemble des diffuseurs, le directeur général Luc d’Eon souligne qu’il « y a certainement une barrière psychologique à franchir pour assister à un spectacle après [s’être fait dire] de rester à la maison pendant un an et demi ».

En Nouvelle-Écosse, les salles ont compté parmi les derniers lieux à rouvrir au public. « Quand on pense spectacle, on pense “foule”, ce qui fait peur même si en réalité il n’y a pas plus de contact qu’au supermarché », observe Luc d’Eon.

Il a d’ailleurs constaté cet été que même à capacité réduite, « les salles ne se remplissent pas comme avant ».

L’expert-conseil Denis Bertrand lie notamment ce phénomène au « niveau de crainte envers le variant Delta [qui] augmente, même auprès des gens vaccinés » selon l’étude américaine.

Les salles? Pas sûr.

Pour pallier l’inquiétude du public, les diffuseurs devront encore faire preuve de flexibilité et, surtout, faire savoir que leurs installations sont sécuritaires et que « les gens qui les fréquentent [s’y] sentent en sécurité », estime Denis Bertrand.

Malgré ce nouveau défi et la 4e vague de flambée des cas de COVID-19, certains diffuseurs ont fait le choix de se lancer.

À Whitehorse, des artistes de l’extérieur — Fred Pellerin et Étienne Fletcher — doivent se présenter dans le cadre du Coup de cœur francophone (CCF) en novembre-décembre.

Dans les théâtres de Winnipeg et Moncton, on attendra à janvier : « Comme la saison dernière, nous nous ajusterons en fonction des consignes », présente la directrice artistique du Théâtre Cercle Molière (TCM), Geneviève Pelletier. Là comme au théâtre l’Escaouette de Moncton, on gère «chaque projet de façon individuelle».

Un renouveau forcé

Le mot d’ordre, « c’est d’être à l’écoute, flexible et joyeux », soutient encore Geneviève Pelletier.

Le bienêtre des publics et des artistes doit rester au cœur des décisions de tout diffuseur. « Quand tu réussis à bâtir une communauté qui t’aime, ces gens-là sont plus disposés à soutenir tout ce que tu fais », fait valoir Denis Bertrand.

Ce soutien est crucial durant cette période où les coffres se remplissent peu ou pas : « Tous les diffuseurs vont perdre de l’argent. Ils en perdaient dans des conditions normales, mais en pandémie, il y a moins de gens qui vont acheter de billets. À moins d’aller vers l’option hybride, en ligne et en personne », ajoute l’expert-conseil.

Justement, nombreux sont les diffuseurs qui ont eu recours, de plein gré ou à contrecœur, aux diffusions virtuelles, question d’entretenir leur lien avec le public.

« Je trouve que les organismes en Nouvelle-Écosse se sont quand même très bien adaptés aux défis de la pandémie, observe Luc d’Eon. Plusieurs ont produit du super bon contenu virtuel et commencent maintenant à faire des spectacles hybrides. »

« C’est une superbe façon de rencontrer de nouveaux artistes », renchérit Geneviève Pelletier du TCM.

C’est aussi une façon de joindre un plus grand public : « Les diffuseurs et producteurs qui ont eu recours au numérique affirment qu’ils ont rejoint dans bien des cas plus de gens que si le spectacle avait été présenté en salle », relève Denis Bertrand.

Rendez-vous local

Les artistes locaux seront une clé de voute pour la prochaine saison. « Les talents locaux vont prendre de plus en plus de place dans la programmation », estime Maxime Joly, directeur général de l’Association franco-culturelle de Yellowknife (AFCY).

C’est d’ailleurs l’approche préconisée cet été en Nouvelle-Écosse, ainsi que pour l’automne et le début de l’hiver au TCM.

Le théâtre l’Escaouette a pour sa part gardé ses artistes au travail en préparant sa production maison Crow Bar au printemps dernier, dans l’espoir de la présenter cet automne.

Malgré les obstacles, la situation a du bon : les talents locaux y trouvent leur place grâce à différentes initiatives mises de l’avant. « Les fonds sauvés sur la production de grands concerts peuvent être mis au profit d’initiatives locales », soutient Maxime Joly.

Au théâtre par exemple, le Cercle Molière, l’Escaouette, le Théâtre français de Toronto (TfT) et le Théâtre du Nouvel-Ontario (TNO) ont diversifié leur programmation pour faire place à des expositions, des projets numériques, des balados et des captations. « Ça ne remplace jamais la présence physique d’acteurs sur scène », croit cependant Marcia Babineau de l’Escaouette.

« La programmation sera certainement différente, car le monde a changé », résume Geneviève Pelletier du TCM. Mais les espoirs sont permis : « À voir l’engouement pour la programmation extérieure cet été, j’ose espérer qu’avec les consignes sanitaires en place, les publics seront au rendez-vous. Les artistes le sont certainement. »

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