Écrit par: Michel LAGACÉ

Après avoir gagné de fortes majorités parlementaires en 2016 et en 2019, Brian Pallister n’avait pourtant d’autre choix que de démissionner. Abandonné par son caucus qui a rejeté son programme législatif alors que son parti sombrait dans les sondages, il avait, à cause de son style de leadership autoritaire, fini par exaspérer ses collègues et surtout menacé leurs chances d’être réélus aux prochaines élections.

Sa mauvaise gestion de la pandémie a miné la crédibilité de la « réforme » du système de santé qu’il avait avait imposée. Homme d’affaires à succès, ses instincts politiques du self-made man lui ont mal servi lorsque sont arrivées la pandémie et la récession qu’elle a entraînée. Alors qu’il fallait intervenir rapidement, il a réagi en homme d’affaires qui voulait contrôler les dépenses plutôt que de se plier à la toute nouvelle réalité épidémiologique qui a marqué son deuxième mandat.

Dans le délicat dossier autochtone, quand les statues des reines Victoria et Élisabeth II ont été renversées devant le Palais législatif, il n’y a vu que du vandalisme. La population, par contre, encore sous le choc de l’annonce que des centaines de tombes anonymes avaient été identifiées près d’anciennes écoles résidentielles, a rejeté son attitude insensible. Au point où la ministre des Affaires autochtones et du Nord, Eileen Clarke, a cru devoir démissionner.

Dans ce contexte tendu, Brian Pallister a déclaré, pour calmer le jeu, qu’il ne se présenterait pas aux prochaines élections. Mais lorsque la ministre de la Santé, Heather Stefanson, a annoncé précipitamment sa candidature pour le remplacer, et qu’une majorité du caucus conservateur a chaudement applaudi son intention de retirer le projet de loi 64 sur la modernisation de l’éducation, une pièce centrale du programme législatif de Brian Pallister, il a alors perdu les dernières traces de l’autorité morale qu’il lui fallait pour diriger son gouvernement. Il a dû démissionner plus tôt que prévu.

Brian Pallister aura été fidèle à ses racines rurales centrées sur Portage-la-Prairie et à l’idéologie de ses anciennes affiliations politiques, l’Alliance canadienne et le Parti réformiste. D’où sa prédilection pour la réduction des impôts, le contrôle des dépenses gouvernementales et la dérèglementation. Son penchant pour l’austérité lui aura servi durant son premier mandat lorsqu’il a pu réduire les déficits annuels du gouvernement. Mais cette même idéologie s’est fracassée sur le SARS-CoV-2.

Le temps seul définira l’héritage de Brian Pallister. Mais nous savons déjà que ses successeurs potentiels renonceront à son style combatif et autoritaire, à ses politiques et à son idéologie qui ont été en profond décalage avec la réalité. Pour l’instant en tout cas, il semblerait que la vedette du one-man show n’aura pas pu être à la hauteur des impératifs de son époque.

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