Par: Michel LAGACÉ

En cette fin de campagne, une bonne partie de l’électorat doute encore du bien-fondé de la décision de Justin Trudeau de déclencher les élections du 20 septembre dont seuls les Libéraux voyaient l’utilité. Chef d’un gouvernement minoritaire, il a lancé une campagne aussi courte que possible – 36 jours – pour profiter de sondages qui lui semblaient favorables.

Justin Trudeau aurait pu tout aussi facilement présenter ses modestes propositions à la Chambre des communes plutôt qu’en campagne électorale. Durant la pandémie, le gouvernement fédéral a improvisé des programmes d’urgence pour soutenir des travailleurs et des entreprises. Ces mesures temporaires soulignent le fait que la société canadienne n’a pas encore abordé adéquatement les questions de pauvreté et d’itinérance. Le logement abordable, en particulier, est un enjeu incontournable : en juillet, le prix moyen d’une propriété avait augmenté de 15,6 % depuis un an pour atteindre 661 788 $, et se chiffrait à 1 054 300 $ dans le grand Toronto (1). Justin Trudeau aurait pu sereinement déposer des projets de loi pour répondre à ces défis.

Toutefois, l’environnement demeure l’enjeu le plus important à long terme. Les partis politiques ont offert toute une gamme de propositions. Dans le dossier environnemental comme dans le dossier autochtone, Justin Trudeau aurait pu faire ses propositions en Chambre où il ne risquait pas la défaite de son gouvernement.

Quant au dossier francophone, les médias qui ont présenté quatre heures de débats en français et deux heures en anglais ont jugé que la francophonie hors Québec ne méritait pas d’être discutée. À une exception près : à la toute fin du débat en français le 8 septembre, l’animateur Patrice Roy a annoncé qu’il s’en voudrait de ne pas poser une question « sur les francophones qui vivent dans une situation de communauté minoritaire ». Chaque chef de parti a eu droit à 20 secondes pour proclamer son amour de la langue de Molière (dixit Jagmeet Singh), sans aucun débat. Voilà le Canada tel que perçu par Radio-Canada à Montréal.

Rappelons que les francophones hors Québec attendent toujours la modernisation de la Loi sur les langues officielles. Un projet de loi à cet effet est mort au feuilleton quand Justin Trudeau a déclenché les élections et les francophones attendent toujours.

N’eût été du caprice de Justin Trudeau de vouloir gagner 15 sièges additionnels pour se retrouver en position d’agir à sa guise avec un gouvernement majoritaire, la classe politique aurait pu consacrer 36 jours à régler des problèmes qui préoccupent les Canadiens. Aujourd’hui, ces mêmes Canadiens seraient bien en droit de conclure que cette campagne électorale voulue aussi courte que possible a déjà duré trop longtemps.

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(1) Voir : L’Association canadienne de l’immeuble Carte du prix national – ACI (crea.ca)

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