Au Canada, la pénurie d’enseignants en immersion française et en français langue seconde est un fait qui n’avait jusque-là pas de chiffres. À la demande de leurs membres, deux organismes pancanadiens ont mené une étude pour livrer des données (1). Pour Christian Michalik, directeur général de la Division scolaire Louis-Riel et Simon Laplante, co-directeur général de la Division scolaire Rivière Seine, le problème de recrutement n’est pas récurrent, il est ponctuel.

Par: Ophélie DOIREAU

Le manque d’enseignants en immersion française et en français langue seconde au pays n’est un secret pour personne. Et lorsqu’on peut enfin observer de véritables données, cette carence est bel et bien confirmée. À la demande de l’association canadienne des professionnels de l’immersion et de l’association canadienne des professeurs de langues seconde, le cabinet Socius a mené l’étude pour avoir des chiffres concrets sur cette déficience. L’étude intitulée, La pénurie du personnel enseignant en immersion française et en franais langue seconde, porte sur 934 écoles pancanadiennes soit environ 9 % des 10 630 écoles de langue anglaise au pays.

L’étude indique qu’environ 10 000 enseignants qualifiés manquent pour répondre à la demande actuelle en enseignement en général. Du côté de l’immersion française, le manque est entre 1 000 et 1 400 enseignants, et du côté du français langue seconde c’est entre 7 000 et 8 000.

La Division scolaire Louis-Riel fait partie des 2 106 écoles d’immersion au pays, son directeur général ne se dit pas particulièrement touché par la situation.

« Chaque année, on arrive à combler nos postes. Pour l’année 2021-2022, il y a 1 172 enseignants dont 334 en immersion française. Pour la même année, il faut compter 15 424 élèves dont 5 371 dans la voie de l’immersion française.

« Le plus grand de nos défis c’est de combler le poste d’un.e enseignant.e qui doit prendre un congé imprévu dans l’année. En effet, en cours d’année, c’est très difficile de trouver ces enseignants. »

D’ailleurs, le co-directeur général de la Division scolaire Rivière Seine, Simon Laplante fait le même constat. « En immersion française, on compte 1 500 élèves pour une centaine d’enseignants. Il y a certainement un manque, mais pas à l’embauche au printemps. En revanche, c’est compliqué lorsqu’un enseignant tombe malade dans l’année. C’est très difficile de le remplacer.

« Jusqu’à maintenant on a toujours été capable de trouver du monde pour combler nos postes. Dans l’année, quand on doit combler un poste ce sont souvent nos enseignants à la retraite qui reviennent pour prêter main forte le temps que l’on trouve quelqu’un pour le poste. »

| La popularité de l’immersion

Comme l’étude le souligne, la pénurie d’enseignants est en partie due à un nombre croissant d’inscriptions. Christian Michalik donne un aperçu de cette croissance pour la DSLR. « En 2011-2012, il y avait 4 313 élèves inscrits en immersion. On a donc vu une augmentation de 25 % en 10 ans.

« La popularité de l’immersion continue à croître. On essaye toujours d’avoir le même nombre d’élèves dans les classes d’immersion que dans les classes anglaises parce qu’on veut offrir la même qualité d’enseignement.

« Dans les prochaines années, notre plus gros défi va être d’avoir suffisamment de place au secondaire pour les élèves. »

Si les classes sont stables, le recrutement au secondaire reste difficile puisque les divisions scolaires souhaitent offrir les mêmes occasions en anglais et en français. Christian Michalik : « Combler un poste en sciences, c’est compliqué. Quand les cours se spécialisent, le défi de recruter est encore plus difficile à relever. »

Une affirmation que confirme son confrère, Simon Laplante. « C’est très difficile de trouver quelqu’un qui peut enseigner le cours de précalcule en français. Il y a des matières où c’est plus compliqué de trouver, spécifiquement au secondaire. »

L’étude menée renforce les propos de Christian Michalik. L’étude soulève que la pénurie d’enseignants est aussi attribuée au fait qu’il faut une double qualification pour l’immersion et les cours de français langue seconde. En effet, les enseignants ont besoin d’une licence d’enseignement et des compétences linguistiques en français. Point que soulève Simon Laplante : « Ce n’est pas parce que tu parles français que tu peux enseigner. L’habileté de parler français c’est important, mais les habiletés de gérer des élèves, des curriculums, des classes. Avoir toutes ces qualités dans une même personne, c’est beaucoup de préparation. »

Avec le peu d’enseignants présents sur le marché du travail, il est possible que la qualité de l’enseignement ne soit pas égale à celle de l’enseignement en anglais. Un autre phénomène qu’apporte Christian Michalik. « On veut une qualité d’apprentissage égale. Mais on est rendu à un point où ce n’est pas la qualité d’enseignement qui compte. Il y a des postes à combler, alors on embauche. »

| Des pistes de solution

Malgré tout, depuis plusieurs années, la DSLR travaille sur la rétention de son corps professoral. « La meilleure campagne de rétention c’est le vécu dans nos écoles. On veille au quotidien à l’épanouissement de notre personnel, on veut du personnel bilingue pour que les personnes puissent choisir dans quelle langue elles veulent s’exprimer.

« On essaye de construire une culture qui est essentielle pour l’épanouissement de nos enseignants. On bâtit des partenariats avec les universités pour valoriser les écoles d’immersion. »

Simon Laplante abonde dans le même sens. « Malgré la formation à l’université, tu ne pourras jamais remplacer l’expérience.

« Au Canada, on perd jusqu’à 40 % de nos jeunes enseignants dans les cinq premières années d’enseignement. Il faut développer des mentorats entre des enseignants d’expérience et des nouveaux pour donner des clés. »

Avec ce constat en main, l’Association canadienne des professionnels de l’immersion et l’Association canadienne des professeurs de langues seconde proposent des pistes de solutions telles que : le recrutement et la formation des enseignants de français langue seconde, un accès facilité aux possibilités de développement professionnel, une mise en place de conditions et d’appuis qui favorisent la rétention, une meilleure compréhension de la situation concrète de la pénurie dans différents volets de la profession et dans les différentes régions du pays, un appui aux administrateurs de programmes d’immersion française et une collaboration avec les établissements d’enseignement pour la formation d’un plus grand nombre d’enseignants de français langue seconde.


(1) Les deux associations sont l’association canadienne des professionnels de l’immersion (ACPI) et l’association canadienne des professeurs de langues seconde (ACPLS). L’étude est disponible à : https://www.acpi.ca/wp-content/uploads/2021/11/Socius_Étude-Pénurie_IF-et-FLS_2021-11-02_avec-questionnaire-1.pdf

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