Se plonger dans le parcours de vie de Jean-Marie Taillefer, décédé le 10 décembre 2021 à l’âge de 75 ans, c’est observer le travail dans l’ombre d’un homme passionné par ce qu’il décidait d’entreprendre. Par sa forte fibre canadienne-française, il avait à coeur l’éducation en français et la promotion de sa langue maternelle au Manitoba.

Par Ophélie DOIREAU

Raymond Poirier, un ami de très longue date, se remémore volontiers le parcours de Jean-Marie Taillefer. « Ça fait à peu près 60 ans que je le connaissais. Je l’ai connu comme enseignant à La Broquerie, d’où il était originaire. On discutait ensemble, on se croisait.

« J’ai commencé à enseigner en 1964 à Saint-Adolphe à une 7e année. À cette époque, Jean-Marie enseignait à Sainte- Agathe sur permis, aussi pour une 7e année. On organisait des activités entre nos deux classes. On coopérait. »

Dans La Liberté du 4 juin 1975, l’implication de Jean-Marie Taillefer pour la langue française est déjà documentée. C’était à l’occasion d’un concours organisé par l’Association canadienne des éducateurs de langue française.

« Sous la direction de son professeur Jean-Marie Taillefer, la onzième classe de La Broquerie a présenté un enregistrement long d’environ vingt minutes sur le thème suivant : La langue française est-elle un outil nécessaire en milieu minoritaire?

« D’abord vainqueur sur le plan provincial, le groupe de La Broquerie s’est ensuite imposé sur le plan national à Ottawa, où le jury du concours s’est réuni le week-end dernier. »

Quatre années plus tard, en 1979, Jean-Marie Taillefer présentera une thèse de maîtrise en arts intitulée Les Franco-Manitobains et les grandes unités scolaires. Preuve de sa volonté de légitimer par l’Histoire son attachement à l’éducation et à la langue française.

Raymond Poirier a apprécié ce besoin de Jean-Marie Taillefer d’appuyer ses convictions par des études approfondies, car ses connaissances historiques donnaient plus de poids à ses interventions.

« On a siégé sur de multiples comités d’organismes de la francophonie manitobaine ensemble. Quand on se battait pour l’éducation en français, Jean-Marie répondait Présent! Il a été de la plupart des comités où se brassaient les grands enjeux. Tout le long de notre vie, on a été des amis.

« Quand je pense à Jean- Marie, c’est le mot passion qui me vient en tête. Tout ce qu’il entreprenait, il le faisait avec passion, je dirais même avec acharnement. Que ce soit quand il enseignait, ou lorsqu’il s’engageait dans des organismes. Il n’y avait jamais de demi-mesure avec lui. »

C’est sans doute dans cet esprit qu’il a décidé de prolonger ses études de maîtrise. En 1988 il a soutenu sa thèse de doctorat en français à l’Université du Manitoba, intitulée: Les Franco-Manitobains et l’éducation de 1870 à 1970, une étude quantitative. À l’époque, il était exceptionnel que des thèses soient présentées en français, puisque seuls quelques professeurs de cette université étaient bilingues. Il avait d’ailleurs fallu faire appel à des professeurs de l’Est pour qu’il puisse défendre sa thèse.

Son amour pour l’histoire en général et pour le plaisir de transmettre en particulier, Jean-Marie Taillefer les a traduits tout au long de sa vie par des actes concrets, comme le souligne Raymond Poirier, résident de Saint-Adolphe.

« Pour bien marquer le centenaire de notre paroisse, Jean-Marie était tellement impliqué dans le comité d’organisation qu’il a pris en charge d’écrire un livre d’histoire. Il avait coordonné toute la cueillette des données, comme par exemple les histoires des paroissiens. Il a travaillé de manière bénévole sur ce projet pendant deux bonnes années. »

| L’écriture : l’autre facette de Jean-Marie Taillefer

L’écriture, le corollaire presque obligé du désir de partager des connaissances, a été une autre facette de ses activités. Pendant plusieurs années, il s’est impliqué avec les Éditions des Plaines, comme le rappelle Joanne Therrien, la présidente de cette maison d’édition.

« Jean-Marie a été mon professeur d’histoire au Collège universitaire de Saint-Boniface. J’ai commencé à aimer l’histoire grâce à ses cours. Il était intarissable sur l’histoire du Manitoba.

« Lorsque j’ai pris la responsabilité des Éditions des Plaines, on a fait appel à Jean-Marie pour qu’il soit notre réviseur historique. Il était tellement minutieux. Il avait contribué à la révision du manuel d’histoire utilisé pour la 11e année.

« Il a, par la suite, décidé de se lancer dans un nouveau projet : celui d’écrire des fictions. Il a publié trois livres aux Plaines : Mes jeunes années, en 2017; La vie plein les mains, en 2018 et Du collège à la liberté, en 2021.» Des récits dans lesquels il accorde une grande place à la vie des autres.

Pour Raymond Poirier, le talent de Jean-Marie Taillefer résidait justement dans sa capacité à laisser les autres prendre le devant de la scène. « Occuper la tête des organismes, ce n’était pas vraiment son genre.

« C’était quelqu’un qui travaillait fort dans l’ombre. Une vraie personnalité d’historien. Il était prêt à faire beaucoup de recherches, mais préférait rester à l’arrière-plan. Par contre, quand il croyait spécialement à quelque chose, il n’hésitait pas à pousser son engagement plus loin.

« C’est pour cette raison qu’il a pris la présidence de Francofonds entre 1990 et 1992. Il croyait vraiment que les Franco-Manitobains ne devaient pas dépendre uniquement du bon vouloir des gouvernements. Je pense d’ailleurs qu’il a accepté cette présidence parce que Francofonds n’est pas une affaire politique, mais un projet d’affirmation. »

Sous sa présidence, Francofonds a introduit une nouvelle façon de récolter de l’argent à travers des fonds de famille. Le premier fonds de famille, qui honore la mémoire de ses parents, est celui dédié à Édouard et Adélaïde Taillefer.

Dans La Liberté du 19 au 25 novembre 2008, Jean-Marie Taillefer remarquait : « À mon époque, Francofonds était dans une période de transition. Francofonds était devenu une réalité, mais on devait encore l’amener au succès. Avec les fonds des familles, on y est arrivé. »

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