Stéphane Oystryk et Amber O’Reilly, artistes francophones. (photo : Marta Guerrero)

Lancé l’année dernière par la chaîne de télévision TV5, le magazine culturel Résiste! a consacré un épisode à huit artistes winnipégois. Il sera diffusé le 25 janvier prochain puis sera également disponible en ligne à la demande. Alexis B. Martin, réalisateur pour le magazine, Stéphane Oystryk et Amber O’Reilly, artistes francophones à découvrir ou à redécouvrir dans l’épisode, partagent leurs expériences.

Par Vincent Erario 

En 13 ans de carrière, Alexis B. Martin a déjà écumé le monde : « J’ai voyagé dans 72 pays pour différents projets que j’ai réalisés, donc ça fait partie de ma vie d’aller à la rencontre de l’autre. » Le réalisateur spécialisé dans le documentaire a fait étape à Winnipeg l’été dernier, dans le cadre du tournage de la saison 2 du magazine culturel

Résiste!. Un lieu de tournage qu’il commence à connaître : « J’avais découvert Winnipeg quand j’avais 18 ans, puis j’avais tourné il y a quelques années pour monter une série. »

La vocation de ce nouveau magazine est d’aller à la rencontre d’artistes en dehors des sentiers battus : « C’est un show sur les artistes de la sous-culture, sur les artistes marginaux », raconte Alexis B. Martin. Lors de la première saison, le réalisateur et Résiste! ont posé leurs caméras à La Nouvelle-Orléans, Londres, Détroit, Atlanta et Montréal.

Pour cette deuxième saison, Vancouver, Toronto, Québec, Calgary et Winnipeg : « Le choix de Winnipeg était évident de par la grande communauté autochtone et francophone. Par le fait que c’est une ville qui est un peu l’underdog du Canada. » Le réalisateur utilise une comparaison : « C’est le genre de ville dont on ne parle pas beaucoup, mais qui a une histoire très complexe et chargée, c’est un peu comme Chicago. C’est une ville qui a eu des déceptions et qui s’est reconstruite. »

Caid Jones, Stéphane Oystryk, Sam Thompson, Kayla Fernandes, Amber O’Reilly, Chloe Chafe, Ryan Steel, Prairie Sky. Voici les noms des huit artistes que les téléspectateurs et téléspectatrices pourront découvrir dans cet épisode.

Leur sélection a été minutieuse et Alexis B. Martin tient à rendre hommage à l’équipe de production : « La recherche dans ce show-là est incroyable, les gens qui font cette recherche-là sont incroyables. » Les échanges avec les artistes en amont du tournage ont également été importants : « Il y a eu beaucoup de discussions qui se passent avec eux, parce qu’on veut rester intègre avec leurs démarches. »

Huit artistes ancrés dans leurs communautés

Avant le tournage, le cinéaste francophone Stéphane Oystryk aimait déjà les émissions dédiées à l’art et au processus artistique, et plus particulièrement celles qui parlent d’avant-garde et de courants moins commerciaux : « Ça m’a ravi de savoir que Résiste! voulait venir à la découverte de la scène artistique à Winnipeg. L’expérience et l’équipe de tournage étaient super sympathiques! » Stéphane Oystryk se décrit comme un artiste multidisciplinaire, influencé par le mouvement punk et Do It Yourself.

« Si je suis un artiste underground, c’est que je tiens à ma liberté créative, je suis férocement indépendant et je travaille à l’extérieur des industries créatives », commente-t-il. Son premier long-métrage FM Youth, réalisé en 2014, est dédié à la communauté franco-manitobaine et au quartier de Saint-Boniface : « Avant de faire du cinéma, je n’avais jamais vu un film de fiction avec un personnage franco-manitobain. C’est extraordinaire l’effet de se reconnaître dans une oeuvre d’art. Soudainement, on se rend compte qu’on existe, qu’on a une perspective unique et valable sur le monde. »

Poète, autrice de théâtre, slameuse, scénariste, Amber O’Reilly est également une artiste francophone aux multiples facettes. Elle connaissait le magazine

Résiste! et avait visionné les épisodes de la première saison : « Je pense que Gabrielle Laïla Tittley, l’animatrice, pose des questions très précises, qui mettent en valeur les missions sociales des artistes, et non seulement leurs pratiques artistiques. »

L’épisode lui a permis de réfléchir sur son engagement en tant qu’artiste et sa propre marginalité : « Je suis active au niveau communautaire, mais j’aimerais en faire plus au niveau de la justice sociale, de l’inclusion, tous ces enjeux-là qui me tiennent beaucoup à cœur. »

Elle poursuit : « Je pense qu’il y a beaucoup d’artistes de Winnipeg et du Manitoba qui sont beaucoup plus en marge que moi. Moi en étant une femme blanche cis-genre, j’ai beaucoup de privilèges. » Elle évoque l’artiste punk non-binaire Layla Fernandes, dont le discours lui a beaucoup plu. « Plus on entend de voix diverses, mieux c’est! », déclare Amber O’Reilly.

Éviter les clichés

Pour Alexis B. Martin, il était important d’éviter les clichés et de montrer des artistes distincts les uns des autres : « Quand on est un magazine qui est un peu marginal, anticonformiste dans sa forme et dans son fond, le danger c’est devenir une caricature de nous-mêmes. D’aller vers des artistes qui ont des looks très criants, comme un punk à Londres, qui correspondent à l’idée de ce que devait être un artiste de sous-culture. »

Montrer les artistes sur leurs lieux de vie était aussi une volonté du magazine, avec à chaque fois deux lieux différents : « J’aime bien avoir deux lieux par personne, cela permet d’avoir un espace intime et un espace communautaire », explique Alexis B. Martin.

Ainsi, les téléspectateurs et téléspectatrices pourront se rendre compte non seulement des liens étroits des huit artistes avec leurs communautés, mais aussi entre eux.

« Tout le monde a une volonté de faire grandir sa ville et de partager ce qu’ils font », témoigne Alexis B. Martin, qui a été touché par les rencontres qu’il a faites. « Par rapport aux difficultés que certains artistes ont vécu, il y avait une douceur et un partage très généreux. »

L’épisode de Résiste! sera diffusé le 25 janvier sur TV5 à 21h et sera disponible par la suite sur le site internet de la chaîne. Alexis B. Martin espère attirer des jeunes devant leurs écrans mais pas seulement : « Je pense que ces artistes-là peuvent créer un pont intergénérationnel, et c’est le but des thèmes qu’on touche aussi parce que ce sont des shows qui peuvent aussi être regardés par des gens plus âgés. »

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