L’assistant professeur en sciences politiques à l’Université de Winnipeg, Félix Mathieu, présente cette élection partielle comme une confrontation de notoriétés.

L’élection partielle de Fort Whyte du 22 mars désignera le remplaçant de Brian Pallister, qui a quitté son siège de député provincial en octobre 2021. Pour le Parti progressiste-conservateur (PC), le Nouveau Parti démocratique (NPD) et le Parti libéral du Manitoba, il s’agit d’une élection significative, dans la perspective des élections générales de 2023.

Par: verario@la-liberte.mb.ca

La circonscription de Fort Whyte a été créée en 1999 à partir du redécoupage des circonscriptions de Tuxedo, Fort-Garry et St. Norbert. Elle est avant tout décrite comme un « château fort » progressiste-conservateur par l’assistant professeur en sciences politiques à l’Université de Winnipeg, Félix Mathieu : « À chaque élection, depuis 1999, le PC a obtenu plus de 50 % des votes. » Il s’agit également d’une circonscription symbolique pour le PC. « Les deux anciens chefs du parti, Hugh McFayden et Brian Pallister, ont été élus dans cette circonscription ».

Pour Félix Mathieu, l’élection partielle de Fort Whyte prépare déjà le terrain des élections générales d’octobre 2023. « Si le PC ne parvient pas à retenir cette circonscription, le message sera assez clair : le mécontentement populaire et l’impopularité de Heather Stefanson ont un effet sur le mécontentement électoral », analyse l’assistant professeur.

Pour le NPD, les regards sont également tournés vers les élections générales de 2023. « Le NPD se présente comme un parti en attente de pouvoir, considère Félix Mathieu. S’il remporte cette élection partielle, il va pouvoir bâtir sur cette victoire. Par contre, s’il perd, cela signifiera que le vent de mécontentement à l’égard de Heather Stefanson ne se répercute pas nécessairement pour un enchantement en faveur du NPD et de son chef, Wab Kinew. »

Félix Mathieu voit dans cette élection un plus grand enjeu pour le Parti libéral du Manitoba. En effet, pour être considéré comme « parti politique reconnu », quatre sièges sont nécessaires à l’Assemblée législative. (1) Or le Parti libéral du Manitoba ne dispose actuellement que de trois sièges, avec les circonscriptions de River Heights, Saint-Boniface et Tyndall Park. « Cette reconnaissance institutionnelle s’accompagne de financements institutionnels et de certains privilèges parlementaires, décrypte l’assistant professeur. Le parti peut alors assurer un rôle dans la période de questions, une présence dans davantage de comités parlementaires, pour ainsi faire valoir ses perspectives dans les travaux qui s’y déroulent. La reconnaissance ouvre également à un nombre accru de ressources humaines. »

| Une élection plus personnalisée

Félix Mathieu estime que la circonscription est prenable pour le Parti libéral du Manitoba : « Le seul sondage auquel on a eu accès, en ce moment, montre que les libéraux sont en avance, avec 30 % des voix. C’est toutefois un sondage à prendre avec des gants blancs, parce qu’il a été réalisé du 14 au 17 janvier dernier par la firme de sondage Mainstreet Research, avec un échantillonnage de 182 participants et une marge d’erreur de 7,2 %, ce qui est énorme. »

Quatre candidats se présentent à cette élection partielle : Patrick Allard, comme indépendant, Obby Khan, pour le PC, Willard Reaves, pour le Parti libéral du Manitoba et Trudy Schroeder, pour le NPD.

Pour Félix Mathieu, la manière de faire campagne est différente de celle d’une élection générale. « Contrairement à une élection générale où l’on met l’accent sur le chef du parti, ici on met l’accent sur la notoriété des candidats, notamment chez les progressistes-conservateurs et les libéraux », affirme Félix Mathieu. L’assistant professeur en sciences politiques relève d’ailleurs que les noms de domaines des sites internet de campagne d’Obby Khan et Willard Reaves ne comportent aucune référence au nom des partis. « Pour le site internet de Trudy Schroeder à l’inverse, on met l’accent sur le NPD, on joue les cartes différemment, commente Félix Mathieu, qui anticipe déjà le débat qui sera organisé entre les candidats.

« Il ne sera ni question des chefs de partis, ni de leur programme électoral dans leur entièreté. Mais vraiment de ce que les candidats veulent amener sur la scène politique. »

Deux anciens joueurs des Blue Bombers sont notamment en lice, avec Obby Khan, candidat du PC, aujourd’hui entrepreneur, et Willard Reaves, candidat libéral, qui a ensuite été sergent au sein du service du shérif du Manitoba. Trudy Schroeder a elle dirigé l’Orchestre symphonique de Winnipeg de 2008 à 2021.

Félix Mathieu interpelle également sur la présence de Patrick Allard, candidat indépendant. Dans le contexte du convoi de la liberté et de plusieurs mois de restrictions sanitaires, l’assistant professeur pense qu’il pourrait gratter quelques voix au PC : « Il se pourrait que cela puisse faire la différence si la course est extrêmement serrée entre les trois principaux partis. »

Patrick Allard s’est dernièrement fait connaître à travers ses positions anti-vaccin et anti-masque. Il a également soutenu le candidat du Parti populaire du Canada lors des élections fédérales de 2021.

Félix Mathieu ajoute : « J’ai l’impression qu’on a choisi la date du 22 mars notamment parce que ça venait une semaine après la levée complète des mesures sanitaires, le 15 mars. Donc on espère du côté du gouvernement provincial que les citoyens vont voir un retour à la normale et vont oublier les mesures sanitaires qui avaient été imposées ces derniers mois. »

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(1) Loi sur l’Assemblée législative, article 52.23(1).

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