Patricia Gomis en pleine représentation de son spectacle. (Gracieuseté ARTMADA Sénégal)

Le mois d’avril est placé sous le signe de l’enfance au Théâtre Cercle Molière (TCM). Du 18 au 21 avril, le théâtre propose aux écoles de Winnipeg la pièce de marionnettes Petit Bout de bois (1). Voyage poétique dans le quotidien des « talibés », enfants des rues du Sénégal, elle est jouée et mise en scène par l’artiste sénégalaise Patricia Gomis.

Par Matthieu Cazalets

Petit Bout de bois raconte donc la vie des « talibés ». Jeunes enfants sénégalais placés sous le contrôle d’un marabout censé leur enseigner les principes du Coran, ils errent dans les rues pour mendier et sont souvent regroupés dans des habitats extrêmement précaires. Lorsqu’elle a eu ses propres enfants, Patricia Gomis a sauté le pas pour parler de cette situation terrible, qu’elle affirme être « le plus gros problème du Sénégal. »

« Moi, je fais du théâtre pour enfants. Je suis très sensible à tout ce qui touche aux enfants. Le sujet est devenu urgent parce que je suis devenue mère. Et quand j’ai eu mes propres enfants, c’est là finalement que l’urgence était pour moi insistante de parler de ça. Parce que je m’occupe de mes enfants, je joue pour mes enfants et avec l’association Djarama (2), nous avons créé une école pour les enfants. »

Pour cela, l’artiste a choisi le médium qu’elle connaît le mieux, l’art. Pour elle, une façon de sensibiliser différemment un public plus nombreux : « Je me suis dit que vu que je suis artiste, je peux aborder le sujet d’une autre façon. Peut-être avoir plus accès aux gens en leur parlant de ce sujet à travers l’art. »

Le TCM a saisi l’occasion d’accueillir cette artiste qui s’y était déjà produite en 2017.

Petit Bout de bois coche plusieurs cases qui enveloppent la vision globale de l’organisme. Alison Palmer est coordonatrice d’évènements spéciaux et des ventes. Pour elle, le double aspect artistique et social est une aubaine : « C’est une cause qui est super pertinente et touchante. Je pense que le TCM en général, tente de plus en plus, dans les derniers dix ans, d’avoir des spectacles qui nous font réagir autant que rire. C’est toujours le fun d’accueillir du monde francophone d’ailleurs et avec différents arts comme la marionnette. »

Ces marionnettes en bois sont construites par des jeunes « talibés ». Elles sont pour la marionnettiste une façon d’émerveiller enfants et adultes autour d’un art pas forcément commun, tout en amenant la réflexion : « Ce que je peux faire avec les marionnettes, je ne peux pas le faire en tant que comédienne moi. La marionnette peut aussi créer une distance et en même temps ça peut aussi apporter une poésie et des situations dramatiques peuvent être réalisées, et toucher le public. »

Aucun doute non plus du côté d’alison Palmer, qui appuie cette vision et n’a aucun doute sur sa réussite : « Connaissant Patricia et son dernier spectacle, j’imagine beaucoup de rire, de réflexion, et une petite étincelle qui est allumée, le désir d’aller explorer la marionnette à la maison et de vouloir être actif dans le monde d’une façon positive. »

Alison Palmer, coordonatrice des évènements spéciaux et des ventes. (photo : Marta Guerrero)

Un sujet universel

Patricia Gomis ne sera pas seule sur scène. Ndeye Seck, avec qui elle est amie depuis 20 ans, l’accompagne à la musique. Une présence forte en symbolique : « C’est une des seules percussionnistes professionnelles au Sénégal, parce que la percussion est encore réservée aux hommes.

« Quand j’ai écrit cette histoire, j’ai commencé la résidence de création, puis plus j’avançais, plus je me disais : Il manque quelque chose, il manque le rythme. Il faudrait que je retrouve mon enfance, les chansons qui ont accompagné

mon enfance. Je parle aussi de ma vision en tant que femme et en tant qu’enfant, comment je les voyais ces enfants-là. »

Même si 8 000 kilomètres séparent Dakar, la capitale du Sénégal, de Winnipeg, le sujet du rejet, du déracinement ou de la maltraitance de l’enfant est une cause universelle pour l’artiste. Elle raconte une anecdote qui a influencé son processus d’écriture : « Quand je suis venu au Canada en 2017, j’ai visité le Musée canadien pour les droits de la personne. J’ai découvert une histoire très proche de cette histoire des enfants de rue.

« Je me suis dit : Il n’y a pas si longtemps au Canada, des enfants étaient enlevés de leur famille, confiés à des structures qui devaient les civiliser, ils ont vécu dans des conditions dramatiques. J’étais en processus d’écriture. Cette histoire m’avait beaucoup marquée. Ça fait des ricochets avec des histoires dans le monde. »

Winnipeg sera visitée du 18 au 21 avril 2022, suivie de Toronto, Montréal, et enfin Ottawa. Un privilège pour Patricia Gomis, qui peut décliner son message aux quatre coins de la planète : « Je suis très privilégiée, je me sens vraiment chanceuse d’avoir cette occasion de tourner au Canada, ce n’est pas donné à tout le monde.

« Je pense être la seule sénégalaise comédienne à avoir ce privilège et je m’en rends compte. J’ai hâte de revenir là-bas parce que ça s’était très bien passé. Je ne sais pas comment remercier Geneviève Pelletier (3), qui est tout le temps très attentive à ce que l’on fait ici et qui m’invite encore une fois à la rejoindre. »

(1) Le Théâtre Cercle Molière proposera aussi une représentation gratuite, ouverte au public, le 21 avril à 13 H 30. Pour plus d’information, vous pouvez contacter info@cerclemoliere.com

(2) Association culturelle fondée en 2005 par Patricia Gomis.

(3) Directrice artistique et générale du TCM.

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