À gauche, Richard Pelletier et à droite Dr Denis Fortier. (photo : Archives La Liberté)

Depuis maintenant plus d’un mois, le service des urgences de l’Hôpital Sainte-Anne a dû réduire ses heures en raison d’un manque de médecins. Sur fond de vitalité au rural, la municipalité et l’office régional de la région de Santé Sud travaillent pour accommoder les résidents et attirer les médecins.

Par Ophélie DOIREAU

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Ce n’est pas la première fois que le service des urgences de l’hôpital Sainte-Anne est obligé de réduire son temps d’ouverture. Déjà à l’automne 2018, en raison de pénurie de médecins, les urgences étaient ouvertes de 8 h à 20 h.

Denis Fortier, médecin en chef pour la région de Santé Sud regrette la situation en indiquant la situation particulière des médecins au rural. « Un médecin au rural comme à Sainte-Anne ne travaille pas 40 h par semaine. On lui demande de travailler entre 60 à 100 h par semaine.

« Très souvent, le médecin de famille va faire ses consultations classiques dans la journée. À ce travail, on leur demande, une fois que leur journée est terminée de travailler dans la salle d’urgences. Parfois ça arrive qu’on se demande pourquoi notre médecin de famille est en retard? Tout simplement parce qu’il est occupé avec une urgence à l’hôpital.

« Ça prend beaucoup plus que quelques médecins pour gérer le système de santé dans une communauté comme Sainte-Anne. En ce moment, il y a cinq médecins. Il nous manque environ minimum trois jusqu’à six médecins pour être capable d’offrir un service 24/24, 7 jours par semaine. »

C’est un problème de recrutement dont parle Dr Denis Fortier, le premier parmi d’autres comme il le révèle. « Chaque année, dans notre région, la population augmente d’environ 4 000 à 5 000 personnes. Pour être capable de prendre soin de ces 4 000 ou 5 000 personnes, on doit trouver chaque année quatre à cinq médecins ou huit à 10 infirmières de pratique avancée juste pour rester à peu près égal au besoin.

« La vie fait que certains médecins déménagent, prennent leur retraite, changent de spécialité ou carrément changent d’emploi. Chaque année, on doit au moins remplacer 15 voire 20 médecins. C’est déjà très compliqué de trouver 20 médecins.

« S’ajoute ensuite une autre difficulté, celle de recruter du personnel bilingue pour nos communautés bilingues. »

À la question de savoir si un recrutement international pourrait être une option, le Dr Denis Fortier est partagé. « On dépend beaucoup des médecins qui viennent de l’étranger. Mais ce n’est pas facile parce qu’il faut repasser par le Collège des médecins pour faire valoir leurs connaissances et leurs qualifications. Chaque année, on embauche environ trois à six médecins qui viennent de l’étranger. »

La pandémie de COVID-19 n’a pas arrangé les choses puisque le système de santé a été mis à plusieurs reprises sous pression depuis mars 2020. Denis Fortier : « Plusieurs personnes du domaine de la santé ont décidé de partir parce qu’elles ne supportaient plus. Ils ont trouvé d’autres emplois. »

Richard Pelletier, maire de Sainte-Anne, offre une autre vision sur l’impact de la pandémie. « La pandémie a changé la vision des gens sur quand ils devraient aller à l’hôpital. Je pense que maintenant il y a plus de personnes qui se disent que c’est possible d’attendre, ils vont repenser si oui ou non c’est une urgence. »

La région de Santé Sud compte environ 200 médecins pour desservir une population d’environ 200 000 résidents, le Dr Denis Fortier précise : « Ils ne sont pas tous à temps plein, ils ne sont pas tous médecin de famille, certains ont des spécialités comme l’obstétrique ou encore l’anesthésie. »

Les problèmes de recrutement et de rétention exposés, Dr Denis Fortier explique pourquoi la solution de la réduction d’heures a été privilégiée. « On croit que c’est critique d’avoir accès à des services d’urgence. Mais, avec cette pénurie, on doit imaginer une façon d’être capable d’offrir un service stable consistant, de qualité, en même temps qu’on gère cette pénurie.

« On regarde les heures d’opérations et on regarde combien de visites se font entre 8 h et 16 h, 16 h et minuit et entre minuit et 8 h. On regarde aussi quelles sortes de visites on a. Est-ce que ce sont réellement toutes des visites d’urgences ou est-ce que ce sont des visites parce que quelqu’un n’a pas eu accès aujourd’hui à leur médecin de famille ou leur infirmière de pratique avancée? La majorité tombe dans la deuxième catégorie. »

Cependant le Dr Denis Fortier est conscient que cette solution n’est pas viable sur le long terme. « L’hôpital le plus proche est à Steinbach, il faut compter entre 20 et 25 minutes de voiture si les conditions de circulation sont bonnes.

« De plus, ces personnes qui vont se rendre à Steinbach ou à Winnipeg, elles vont mettre une pression supplémentaire dans les hôpitaux où elles se rendent. Ça va demander des ajustements nécessaires encore. »

Richard Pelletier reste toutefois confiant par rapport à la situation. « C’est toujours malheureux de devoir couper des heures. Mais il y a une couple d’années, on a réussi à surmonter ça et répondre aux besoins de la clientèle.

« Le manque de personnel est évident, il faut reconnaître le travail incroyable qu’ils font dans notre communauté. La direction de l’hôpital aussi travaille sur le recrutement de nouveaux médecins, mais ce n’est pas facile.

« Notre vision c’est que la salle d’urgence ouvre de nouveau. Avec la croissance qu’on connaît, il n’est pas possible d’envisager la fermeture définitive de la salle des urgences durant la nuit. En ce moment, on est environ 3 000 résidents à Sainte-Anne, on a doublé de population en 10 ans.

« Sainte-Anne offre une belle occasion pour les médecins, on est bien localisé avec des services, alors il est possible qu’on puisse attirer des médecins pour qu’il reste chez nous. Ce n’est pas juste une job qu’on vient chercher à Sainte-Anne. »

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