Paule Péloquin (à gauche) et Nicole Grégoire. (photo : Marta Guerrero)

Les bibliothèques de Saint-Pierre-Jolys et de Saint-Malo sont menacées de fermeture par le gouvernement provincial en raison d’un manque d’espace pour des classes dans les écoles adjacentes. Un mouvement s’est mis en marche pour protester contre la fermeture avec comme objectif de devenir les nouveaux propriétaires des bâtiments.

Par Ophélie DOIREAU

INITIATIVE DE JOURNALISME LOCAL – La Liberté

En moins d’une semaine, la pétition de Nicole Grégoire, bibliothécaire à la Bibliothèque Régionale Jolys Regional Library, a réuni plus de 1 500 signatures dans le but de convaincre le gouvernement provincial de maintenir les deux bibliothèques ouvertes.

Appuyée par Paule Péloquin, conseillère municipale et ancienne bibliothécaire, le duo souhaite rallier un maximum de personnes pour la cause. « La bibliothèque de Saint- Pierre-Jolys se trouve dans un bâtiment qui est rattaché à l’Institut Collegial St. Pierre qui fait partie de la Division scolaire vallée de la rivière Rouge. C’est une école d’immersion, beaucoup de personnes des alentours envoient leurs enfants ici pour l’immersion.

« Notre bibliothèque possède beaucoup de ressources en français pour appuyer les élèves dans leur parcours d’apprentissage. »

La bibliothèque principale se trouve à Saint-Pierre-Jolys, une branche de cette bibliothèque est à Saint-Malo dans l’École Saint-Malo School.

En décembre 2021, la Bibliothèque Régionale Jolys Regional Library a reçu un avis d’expulsion pour sa branche de Saint-Malo. Nicole Grégoire explique : « Pour Saint-Malo, la date de sortie de ce lieu est le 20 décembre 2022. Au mois de mars, on a reçu une deuxième lettre au sujet de la bibliothèque à Saint-Pierre qui nous dit qu’on doit partir le 1er mars 2023.

« Le débat se trouve dans la place qui existe pour d’autres classes. Le gouvernement provincial indique qu’avant de fournir du financement pour agrandir les deux écoles, il faut que tout l’espace soit utilisé pour des salles de classe.

« Mais nous on est partenaire avec la division scolaire. Les élèves ont accès gratuitement à tous les livres, si la Province enlève la bibliothèque, elle enlève des services aux élèves. Si on est ailleurs, les élèves devront payer pour accéder aux bibliothèques. »

| L’avis de la division scolaire

Brad Curtis, directeur général de la Division scolaire vallée de la rivière Rouge reconnaît l’importance du partenariat. « À Saint-Malo, on a un projet d’expansion de l’école qui a déjà commencé avec le gouvernement, on devrait ajouter 10 classes à l’école. On a déjà cinq portatives. Pour l’année prochaine, nous avons vraiment besoin de la salle de classe qui a été utilisée comme bibliothèque, nous allons en avoir besoin au moins pendant un an pendant la construction. Une fois les travaux finis, on pourra se réengager et recommencer notre partenariat. C’est ce que nous souhaitons.

« On vise la même chose pour la bibliothèque de Saint-Pierre-Jolys. De notre côté, ces nouvelles salles de classe sont nécessaires, on a besoin de place pour nos élèves. On est déjà à capacité dans nos écoles, notre priorité c’est que les élèves aient un endroit pour apprendre. À Saint-Malo, on compte de 248 élèves inscrits pour le moment pour la rentrée de septembre, les inscriptions sont toujours ouvertes. Et à Saint-Pierre-Jolys, on est 360 élèves. »

L’autre dimension de cette contestation c’est la sauvegarde du patrimoine que revêt la bibliothèque de Saint-Pierre- Jolys comme le souligne Nicole Grégoire. « C’est l’architecte Étienne Gaboury qui a conçu le bâtiment dans les années 1960. On ne veut pas qu’il y ait des rénovations là-dedans, c’est devenu un lieu de patrimoine pour nous autres.

« La bibliothèque de Saint-Pierre-Jolys fait partie de notre identité, notre beau petit village francophone. C’est une place où la communauté se rencontre. »

Paule Péloquin complète sa collègue. « Il y a une estrade dans la bibliothèque où il est possible de faire du théâtre en français. C’est une belle salle de rencontres où il y a des services spécifiques comme un accès à la bibliothèque électronique, on a aussi accès au réseau national de service équitable de bibliothèque pour les gens qui ont de la difficulté avec leur lecture, soit parce qu’ils sont aveugles ou parce qu’ils sont dyslexiques. »

Le fond du problème reste financier comme en parle Nicole Grégoire. « On aimerait que le gouvernement du Manitoba donne plus d’argent à la division scolaire comme ça elle peut faire une allonge aux écoles.

« Il faut souligner que depuis 2004, la Province alloue la même somme par habitant aux bibliothèques c’est-à-dire 8,50 $/habitant par an. Dans la municipalité de De Salaberry, on est environ 5 200. Nos fonds sont donc très limités. Même si la municipalité et les villages contribuent également à leur hauteur. Mais trouver un local semble difficile. »

| Protéger la bâtisse

« Si on doit déménager tous les livres, il faut aussi penser au coût d’entreposage, est-ce que le gouvernement va financer ça? À Saint-Malo, il y a un peu plus de 17 000 livres et à Saint- Pierre, plus de 50 000.

« Des études ont montré que pour chaque $ investi dans une bibliothèque, le retour sur investissement est de 6 $. Parce que les personnes ont pu accéder à des livres qu’ils n’auraient pas pu acheter, ou encore ils peuvent accéder à du théâtre ou à d’autres activités communautaires. »

Dans leur combat, les deux défenseuses de l’accès à la littérature ont pu trouver des personnes à l’écoute de leur cause comme Adrien Sala, député provincial de Saint- James et critique en matière de services francophones. Il déplore l’inaction du gouvernement provincial. « Les francophones au Manitoba méritent d’avoir accès à la culture en français. La municipalité de De Sala-Berry fait face à la possibilité de se voir fermer deux bibliothèques avec des livres en français. L’école de Saint- Malo et celle de Saint-Pierre- Jolys font face à une croissance pour la demande en immersion, le gouvernement provincial devrait être capable de financer les écoles sans demander l’expulsion des bibliothèques. Ou alors ils peuvent fournir aux bibliothèques un autre bâtiment pour fonctionner.

« Le gouvernement devrait faire des investissements pour résoudre le problème. C’est important pour les francophones de cette région d’avoir accès à de la culture et à du divertissement en français. »

Paule Péloquin espère que le gouvernement entendra leur requête et que sur le long terme, un accord sera trouvé. « Le gouvernement donne des sections de leurs écoles à des garderies. Alors pourquoi pas nous donner cette section ici?

« Le but ce serait que le gouvernement nous donne cette bâtisse. Parce que nous autres, on veut protéger la bâtisse, on veut garder l’espace parce que c’est parfait pour la communauté. Et puis on veut protéger le partenariat avec la division scolaire, c’est vraiment important.

« Si on peut finir par avoir le contrôle de cette bâtisse, de l’auditorium, ça veut dire qu’on n’aura pas la même chicane dans trois ans s’il y a un autre directeur général de la division scolaire. »

Interrogée à ce sujet, la Province a décliné notre demande d’entrevue et a fait parvenir la réponse suivante par voie de courriel : « Le gouvernement du Manitoba reconnaît l’importance de fournir des espaces culturels et éducatifs à nos communautés francophones afin de soutenir l’apprentissage et de renforcer la vitalité. Nous savons que la division scolaire de la vallée de la rivière Rouge s’efforce de résoudre les problèmes liés à l’espace d’enseignement pour la population scolaire croissante, et qu’elle continue de discuter avec le conseil de la bibliothèque régionale de Jolys sur la façon d’assurer l’accès aux services de bibliothèque bilingues pour la communauté.

« Le 11 avril, notre gouvernement a annoncé un agrandissement de 16 millions de dollars de l’École St. Malo pour répondre à cette même question de l’augmentation de l’espace d’enseigne- ment pour répondre à la population étudiante croissante. Nous sommes ouverts à la collaboration avec les conseils scolaires et les municipalités afin d’assurer ce qui est le mieux pour les communautés qu’ils desservent. Notre gouvernement travaillera en collaboration pour obtenir les meilleurs résultats possibles. »

LAISSER UN COMMENTAIRE

Veuillez entrez votre commentaire!
Veuillez entrer votre nom ici