Michel Lagacé.

En dévoilant le projet de loi C-13 le 1er mars dernier, le gouvernement fédéral a enfin donné suite à ses intentions maintes fois répétées de moderniser la Loi sur les langues officielles. Il voit dans cette Loi l’instrument clé pour promouvoir et protéger les deux langues officielles du Canada.

Par Michel LAGACÉ

Ce faisant, il attribue un rôle discutable à la Société Radio-Canada qui « contribue par ses activités à l’épanouissement des minorités francophones et anglophones et à la protection et la promotion des deux langues officielles ».

Cette définition du rôle présumé de Radio-Canada surprend, tellement elle ne correspond pas à la réalité. Comment le gouvernement fédéral arrive-t-il à s’imaginer que la SRC/CBC contribue à l’épanouissement des minorités? Aujourd’hui, le réseau français n’arrive même pas à rendre compte du Canada à son auditoire montréalais. Même au Québec, les régions se reconnaissent à peine dans ses émissions d’information, et ses auditeurs et téléspectateurs entendent rarement parler de la francophonie à l’extérieur du Québec.

Axée sur un auditoire montréalais, comment la SRC peut-elle se préoccuper des « minorités francophones »? Quel francophone au Manitoba n’a pas entendu un visiteur québécois s’étonner d’apprendre que le français se parle dans l’Ouest canadien? Contrairement aux vœux pieux du gouvernement fédéral, Radio-Canada présume que son auditoire principalement québécois ne s’intéresse pas à la francophonie à l’extérieur du Québec. Il ne faut donc pas s’étonner que les Québécoises et les Québécois n’en sachent peu ou rien du tout.

Et la CBC, elle, ne cherche même pas sérieusement à faire connaître les enjeux et les préoccupations des « minorités francophones » à la majorité anglophone. Tant que la direction de la CBC considère que les anglophones ne s’intéressent pas à la francophonie, ils n’entendront que très rarement parler d’elle.

Certes, les postes locaux de Radio-Canada à l’extérieur du Québec peuvent tenter de diffuser des informations sur la francophonie locale. Il s’agit d’un modeste moyen pour les francophones de se connaître et de vivre plus pleinement une vie communautaire. Mais que l’on ne s’y trompe pas : les postes locaux permettent aux francophones de se parler entre eux, mais n’assurent pas qu’ils seront reconnus par un milieu anglophone qui ignore leur présence.

Par contre, si le gouvernement devait imposer une logique de promotion à la CBC/Radio-Canada, le service public risque fortement de tomber dans la propagande en favorisant des informations qui appuient un point de vue favorable aux volontés du gouvernement. Il est clairement inadmissible que le diffuseur national soit mandaté de faire de la promotion quand son rôle premier doit être de diffuser de l’information.

Un premier geste dans ce sens serait pour la ministre des Langues officielles, Ginette Petitpas Taylor, de reconnaître l’échec de CBC/Radio- Canada de voir à ce que les francophones se connaissent entre eux et à ce que la majorité anglophone du Canada soit sensibilisée à leur réalité

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