Sayara Thurston, spécialiste de campagne, fraude de fruit de mer. (gracieuseté : Angela Pinzón)

Les organismes qui luttent pour l’environnement se réjouissent de l’annonce du gouvernement fédéral d’interdire six catégories de plastiques à usage unique. Un pas en avant puisque d’ici 2025, ces produits ne pourront ni être fabriqués ni être exportés.

Par Ophélie DOIREAU

INITIATIVE DE JOURNALISME LOCAL – La Liberté

Sacs, ustensiles, bâtonnets à café, anneaux pour cannettes, pailles et certains contenants pour repas à emporter ne feront bientôt plus partie du quotidien des Canadiens et Canadiennes puisque d’ici la fin 2023, les fabricants canadiens ne pourront plus les vendre et d’ici 2025, l’exportation de ces produits sera interdit.

Sayara Thurston, spécialiste de campagne, fraude de fruit de mer à Oceana Canada, explique l’intérêt d’une telle décision. « Chaque année, plus de 33 milliards d’objets de plastique à usage unique aboutissent dans les océans. L’engagement du gouvernement signifie déjà l’élimination de ces 33 milliards d’objets. L’industrie du plastique ne fournit pas de chiffre précis sur le nombre de tonnes de plastique fabriqué. »

Le Canada utilise actuel- lement 4,6 millions de tonnes de plastique chaque année, ce qui représente 125 kgs par personne par an. Une bonne nouvelle certes qui mérite une nuance cependant comme l’apporte Sayara Thurston. « C’est sûr que c’est une victoire. C’est une étape importante dans la lutte contre le réchauffement climatique. Mais on peut toujours mieux faire. Ce ne sont que six catégories qui sont visées par l’interdiction du gouvernement fédéral.

« Il y a du plastique partout. On a observé que des milliers d’organismes marins souffrent de la production de plastique : plancton, tortues de mer et bien d’autres encore.

« On le sait que le plastique est partout dans notre environnement et qu’il reste sous forme de microplastiques. Quand ces objets se détériorent, ils forment des microplastiques que les poissons peuvent ingérer et nous mangeons ensuite ces mêmes poissons. »

| 9 % de recyclage

Colleen Ans, coordonnatrice au Green Action Centre, ajoute. « On aimerait évidemment que tous les articles en plastique à usage unique deviennent interdits. Mais c’est un travail en progrès.

Colleen Ans, coordonnatrice au Green Action Centre. (photo : Marta Guerrero)

« Dans le monde, on estime qu’il y a 300 millions de tonnes de plastique produit chaque année. La moitié de ces 300 millions de tonnes sont des articles à usage unique.

Seulement 10 % de ces articles à usage unique sont recyclés. « Au Canada, trois millions de tonnes de déchets plastiques sont jetés chaque année, 86 % d’entre eux sont enfouis, 4 % sont incinérés, 1 % reste dans l’environnement et seulement 9 % sont recyclés. »

Le pourcentage de recyclage s’explique de plusieurs façons pour Colleen Ans. « Il y a une méconnaissance sur ce qui est peut être jeté dans la poubelle bleue. De plus, chaque Province, chaque municipalité, a un programme différent de recyclage.

« On voit aussi des gens qui ne savent pas comment il faut recycler. Est-ce qu’il faut laver l’article avant de le jeter, est-ce qu’on peut froisser le papier, il n’y a pas de guide pour recycler et les gens peuvent être facilement perdus et ils jettent dans la poubelle du non recyclage. »

Si le plastique à usage unique va disparaître pour certains articles, Sayara Thurston indique qu’un changement de mentalité est nécessaire. « Il y a une tendance qui se dessine au Canada puisque certaines municipalités se sont engagées pour bannir le plastique à usage unique. Cette décision va mettre tout le monde au même niveau.

« Il y a des alternatives très faciles pour les sacs plastiques, il suffit d’avoir des sacs réutilisables. L’interdiction est aussi une occasion pour le marché des objets réutilisables, cette situation va permettre de donner plus d’options aux Canadiens et Canadiennes. »

Point que rejoint Colleen Ans. « On voit du plastique partout autour de nous alors on a l’impression que c’est la solution la plus facile. Alors cette régulation va permettre de pousser pour le mouvement du plastique réutilisable.

« Toute l’énergie qui est mise dans l’industrie du plastique à usage unique pourra être mis dans des articles réutilisables. Mais pas seulement dans des sacs en papier qui ne vont peut-être pas être réutilisés par la suite. Le problème est juste déplacé. »

| Un modèle à l’international

Plus qu’au Canada, le gouvernement fédéral a décidé qu’aucun de ces produits ne pourrait être exporté d’ici 2025. Entre 1988 et 2016, le Canada a expédié près de quatre millions de tonnes de plastique à l’étranger, surtout en Asie.

Colleen Ans : « Le Canada doit être un modèle, il ne peut pas s’agir d’une décision à demi mesure alors interdire l’exportation c’est montrer la contribution du Canada pour le changement climatique.

« Le plastique a été normalisé avec l’essor de l’industrie. Mais c’est très récent d’utiliser des produits à usage unique. C’est un désastre pour l’environnement, pour l’océan, pour la biodiversité et pour nous-mêmes. »

LAISSER UN COMMENTAIRE

Veuillez entrez votre commentaire!
Veuillez entrer votre nom ici