Wilgis Agossa, originaire du Bénin. (photo : Marta Guerrero)

Au Canada, plus d’un citoyen sur cinq n’est pas né sur le territoire. En 2019, le Canada a accueilli plus de 340 000 résidents permanents de partout dans le monde. Dans certains cas, un véritable choc culturel peut avoir lieu. L’enjeu d’intégration prend alors tout son sens.

Par Ophélie DOIREAU

IJL – Réseau.Presse – La Liberté

Le Manitoba accueille chaque année plus de 10 000 immigrants de divers horizons. Par amour, Wilgis Agossa a fait le choix de quitter le Bénin pour s’installer au Manitoba. « J’ai rencontré celle qui est devenue ma femme. Après quelques discussions, on a décidé de s’installer au Canada, et c’est ainsi que je suis arrivé en 2010 comme résident permanent. »

En débarquant de l’avion, Wilgis Agossa a notamment été frappé par deux choses.
« La francophonie est tellement vivante, les gens sont fiers de leur français et de leur héritage. Je trouvais ça fascinant.

« La deuxième chose portait sur le relationnel. Je me rappelle d’un ami qui m’a dit : Tu n’es pas venu au bon âge, parce que passé la trentaine, les gens ne veulent pas forcément se faire de nouveaux amis. Tu vas avoir du mal à te faire un réseau d’amis. Et il avait parfaitement raison. J’ai patiné à me faire un cercle d’amis venant d’ici. »

Ce sont des valeurs comme l’amitié qui peuvent être perçues différemment d’une culture à l’autre. Alberto Velasco-Acosta, originaire du Mexique est arrivé au Manitoba il y a 17 ans, et il s’accorde sur ce point.

« Les amitiés ici sont tellement profondes que quand on a un ami canadien, c’est pour la vie. Mais c’est difficile d’en arriver là. Le protocole pour danser l’amitié est différent entre le Canada et le Mexique. Si on va à une fête avec une majorité de latinos, ça prend une bonne demi-heure pour dire bonjour et la même chose pour quitter la fête. Alors qu’à une fête canadienne, juste bonjour et au revoir et c’est bon.

« Il m’a fallu réapprendre aussi le concept de l’espace personnel aussi. Au Canada, on ne se touche pas trop, il faut respecter l’espace de chacun. »

| Mais quest-ce que la culture?

La proximité, l’amitié sont des éléments qui rentrent en compte lorsqu’on parle de la culture d’un individu. Dr Bathélemy Bolivar, titulaire d’un doctorat en philosophie, donne une définition de ce qu’est la culture. « La culture est un terme englobant, il y a beaucoup de choses dedans. Si on veut donner une définition universitaire, la culture, c’est un ensemble. On y trouve la religion, l’architecture, la musique, la danse, la littérature. Partout dans le monde on mange, mais on ne mange pas de la même façon.

Bathélemy Bolivar, docteur en philosophie. (photo : Marta Guerrero)

« La culture intervient dans nos rapports par rapport aux choses, aux idées, aux idéologies. La culture, c’est ce qu’on ne peut pas vraiment définir. Mais qu’on vit chaque jour. »

Il existe donc des points communs à toutes les cultures. Mais peut-on vraiment com-parer les cultures entre elles? Dr Bathélemy Bolivar donne des pistes de réflexion.

« L’anthropologue Edward T. Hall parle de comment les cultures traitent les distances. Dans les cultures latines, on se touche et c’est très normal. Dans un milieu nord-américain, on garde ses distances. Que ce soit la distance physique ou la distance dans les milieux de travail.

« On peut se baser sur le temps : comment les gens voient le temps? Comment on comprend le temps? On a tous les mêmes besoins. Mais on ne répond pas à ces besoins de la même façon. »

| L’importance d’être curieux

Si ces réalités du quotidien sont vraies pour les immigrants qui arrivent au Canada, elles le sont tout autant pour les Canadiens qui partent vivre une expérience dans un autre pays. C’est le cas de Nicolas Lesage qui a vécu pendant cinq ans au Japon.

« Au travail, tout le monde va quitter en même temps. Tu ne vas pas quitter ton travail avant, c’est tous ensemble. C’est très formel la manière dont ils travaillent. Mon éthique de travail a beaucoup changé avec ce voyage. Je suis plus collaboratif. »

Lorsque les cultures se rencontrent, s’entrechoquent, les individus sont forcément marqués par quelques traces, comme le pense Wilgis Agossa. « Il y a des incompréhensions qui arrivent à cause des cultures différentes. Mais il faut être capable d’en discuter. Ma curiosité m’a permis d’apprendre des personnes qui m’entouraient. C’est crucial de chercher à comprendre et d’avoir une ouverture d’esprit pour vivre ensemble.

« Ma culture s’est enrichie. Je suis toujours fier de ma culture béninoise, et en plus, j’ai pris toutes les belles valeurs de la culture canadienne. »

Alberto Velasco-Acosta, originaire du Mexique. (photo : Gracieuseté)

Alberto Velasco-Acosta abonde dans son sens. « Il faut être curieux de comprendre comment fonctionne la société canadienne. Une fois que je suis arrivé ici, ma curiosité était à 100 % parce que je devais réapprendre de nouvelles choses que je pensais maîtriser, mais qui n’étaient valables que dans ma culture. »

Le Canada est le seul pays au monde à avoir adopté, en 1988, une loi sur le multiculturalisme. Ce qui signifie, en réalité, que le gouvernement fédéral est légalement tenu de s’engager envers la promotion et le maintien d’une société diverse et multiculturelle. On parle de multiculturalisme, Dr Bathélemy Bolivar lui parle d’interculturalisme.

« Les cultures sont dynamiques. Lorsqu’elles se croisent, elles vont s’imbriquer. Il va y avoir des échanges et de l’interdépendance. Finalement, d’autres cultures vont émerger. C’est l’interculturalisme.

« Aujourd’hui, on est confronté à des problèmes majeurs qui sont de grande envergure. Pour régler des problèmes complexes, on a besoin de diversité autour de la table.

« Définitivement, l’inter-culturalisme est un pas vers un meilleur vivre-ensemble. On va devenir un ensemble grâce à l’interculturalisme. »

Texte issu des témoignages de notre balado Autres Regards sur l’interculturalisme. Pour écouter cet épisode : 

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