Dr Philippe Lagacé-Wiens. (photo : Marta Guerrero)

Alors que l’OMS estime à 50 000 le nombre total de cas de variole du singe dans le monde, le Manitoba enregistrait son premier cas le 19 août. Dans le sillage de la COVID-19, la variole inquiète moins, mais mérite tout de même d’être surveillée. 

Par Hugo BEAUCAMP

Contrairement à ce que son nom pourrait laisser penser, cette maladie ne vient pas directement des singes. « La variole porte ce nom-là, car elle a été découverte pour la première fois au Danemark en 1958 chez des singes en captivité. Les hôtes originels du virus sont en réalité les rongeurs », explique Ibrahima Diallo, professeur de microbiologie à l’Université de Saint-Boniface. 

« Ces rongeurs africains constituent ce que l’on appelle un réservoir sauvage. Ce sont des animaux qui hébergent un virus et qui sont porteurs sains. Le virus les utilise alors comme une sorte de pépinière pour se multiplier et, en cas de contact avec un autre animal ou un humain, se propager. » Pour ces maladies-là, celles qui se développent d’abord dans le royaume animal avant d’infecter l’homme, on parle de zoonoses.

Les exemples de zoonoses ne manquent pas, on pourrait citer par exemple le virus Ebola, la Dengue, le Ténia, ou encore plus récemment, la COVID-19. Pour le professeur Diallo, les zoonoses sont devenues un véritable enjeu : « Ils existent depuis des millénaires, mais ils étaient confinés au royaume animal. Aujourd’hui, l’être humain est allé de lui-même au-devant du danger en envahissant des habitats jusqu’alors sauvages. C’est ce rapprochement qui a permis à ces virus-là d’infecter l’homme. » 

Professeur Ibrahima Diallo. (photo : Marta Guerrero)

En ajoutant à cela les pratiques d’élevages intensifs, qui sont de véritables laboratoires à maladie, « je pense qu’il faut s’attendre à voir d’autres maladies émerger », tranche Ibrahima Diallo. « Le changement climatique joue un rôle important aussi dans la propagation de ces maladies. L’augmentation des températures permet à des maladies endémiques de certaines régions chaudes du monde de s’acclimater à d’autres zones géographiques. Il en va de même pour les animaux. » 

| Situation sérieuse

La situation actuelle, même si elle s’améliore, est à prendre au sérieux. On reste malgré tout loin de ce que l’on a connu en 2019. 

« Le mode de transmission de la variole du singe est bien moins efficace que celui du coronavirus », assure le Dr Philippe Lagacé-Wiens, spécialiste en microbiologie médicale et développement des maladies infectieuses, « nous ne savons pas encore tout du mode de transmission de cette maladie, mais il semble qu’un contact prolongé avec l’animal ou la personne infectée est nécessaire pour que le virus se propage. Les éclosions ont d’ailleurs souvent lieu au sein des foyers. » 

Les symptômes sont nombreux et divers, parfois bénins, parfois plus sévères, voire graves. En règle générale, la variole du singe entraîne de la fièvre, des douleurs musculaires, dorsales, une perte d’énergie et des maux de tête. 

Ces symptômes s’accompagnent d’éruptions cutanées qui peuvent durer entre deux à trois semaines et qui peuvent toucher n’importe quelle zone du corps. Les symptômes ont tendance à disparaître d’eux-mêmes, mais il est possible d’avoir recours à des soins dits « de soutien ». 

| Plus d’obligation de vaccination

Alors que dans les pays où les systèmes de santé sont les plus développés le taux de mortalité est en dessous des 1 %, le Dr Lagacé-Wiens explique cependant que la maladie n’est pas sans risque : « Les cas les plus sévères sont souvent observés chez des personnes qui souffrent en parallèle de maladies immunodépressives », il ajoute que, « la variole du singe est une maladie qui peut provoquer, par ses éruptions cutanées, des infections secondaires. Lorsque la peau est ouverte, on a plus facilement tendance à être infecté par des bactéries comme le staphylocoque. Elle donne aussi lieu, parfois, à des démangeaisons dans la bouche. Dans une situation où un individu souffre déjà de malnutrition ou de famine, elle peut avoir des conséquences terribles. » 

La variole « humaine » ou « classique » est quant à elle beaucoup plus infectieuse et sévère. En revanche, selon l’expert en microbiologie médicale, « leurs antigènes sont très semblables, ce qui veut dire que les anticorps qui protègent contre la variole protègent aussi très bien contre la variole du singe. » La solution existe donc déjà, il s’agit du vaccin. 

Obligatoire jusqu’à l’éradication officielle de la maladie en 1979, le vaccin contre la variole existe encore et semble être le meilleur moyen de se protéger contre la variole du singe. 

« C’est le seul virus qu’on a réussi à éliminer complètement grâce à l’immunisation. Ainsi, si la décision a été prise de ne plus rendre le vaccin obligatoire, c’est parce qu’il a été établi que les risques que comportait la vaccination, aussi infimes soient-ils, étaient supérieurs aux risques d’être infectés par la variole. » 

Les maladies émergentes ou nouvelles peuvent parfois partager la même souche que des maladies déjà connues et pour lesquelles une solution existe. Il est alors légitime de se demander s’il n’est pas dans notre intérêt de continuer à s’immuniser contre des maladies disparues ou quasi disparues. À cela, le Dr Lagacé-Wiens répond : 

« On a été témoin pendant la pandémie de la réticence d’une partie de la population à se faire vacciner contre une menace concrète. Je pense que l’immunisation préventive contre une épidémie que l’on n’a pas encore identifiée ne serait pas efficace. Cela aurait un coût, cela poserait des défis et aussi, quoique très bas, des risques. » 

| La communauté LGBTQ+ stigmatisée

Pour terminer, depuis le début de la propagation de la variole du singe, cette dernière est associée à la communauté LGBTQ+, plus particulièrement aux hommes homosexuels. 

En date du 2 septembre, le gouvernement du Canada comptait 1289 cas confirmés. Comme dans d’autres pays au cours de cette éclosion, la majorité des cas recensés au Canada sont pour le moment des hommes qui ont déclaré avoir eu des contacts sexuels intimes avec d’autres hommes. 

Stephan Hardy. (photo : Archives La Liberté)

Ce qui corrobore une étude publiée cet été par The New England Journal of Medicine qui a analysé les données de plus de 520 cas dans 16 pays (dont le Canada) sur une période de deux mois entre la fin avril et la fin juin. Au total, 98 % des cas étudiés étaient des hommes gais ou bisexuels. 

Les professionnels interrogés dans le cadre de cet article tiennent à cependant rappeler qu’il ne s’agit pas d’une infection sexuellement transmissible (IST) au sens traditionnel du terme. 

En effet, selon l’OMS (1), bien que le virus de la variole du singe ait été détecté dans le sperme, on ignore pour l’instant si la maladie peut se transmettre par le sperme ou les sécrétions vaginales. Il est conseillé aux personnes atteintes de la variole du singe d’utiliser des préservatifs pendant 12 semaines après leur rétablissement. 

Aussi, l’utilisation d’un préservatif ne protégera pas contre la variole du singe, mais il contribuera à protéger et à protéger les autres contre plusieurs autres IST. 

Enfin l’OMS rappelle que le virus ne se transmet pas uniquement par contact sexuel, mais également par toute forme de contact étroit avec une personne infectée. Les personnes vivant sous le même toit sont plus à risque.

Malgré cela, la communication autour de cette maladie a pu être mal interprétée. C’est ce que pense Stephan Hardy, président du collectif LGBTQ* du Manitoba. Il craint des retombées stigmatisantes à l’encontre de la communauté LGBT. 

« Après des décennies de progrès, je trouve dommage la manière dont la santé publique s’y est prise pour communiquer au sujet de cette maladie. »

En ce sens, l’OMS appelle d’ailleurs à éviter toute stigmatisation à l’encontre d’une communauté, pour des raisons évidentes de vivre ensemble, mais aussi pour éviter que les membres de cette communauté ne se sentent contraints de cacher leur maladie.

(1) Source OMS : https://www.who.int/fr/news-room/questions-and-answers/item/monkeypox

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