Drapeaux des pays membres du Commonwealth au Parliament Square à Londres. (photo : Simon Berry – Creative Commons)

FRANCOPRESSE – La monarchie britannique a été secouée par un tremblement de terre d’une forte intensité avec le décès de la reine Elizabeth II. Les effets s’en feront évidemment sentir au Royaume-Uni, mais aussi dans les pays du Commonwealth, dont fait partie le Canada. Plusieurs se demandent ces jours-ci, qu’est-ce que le Commonwealth et quels sont les avantages pour les pays qui en font partie? 

Marc Poirier – Francopresse

De grandes institutions devront maintenant composer avec le successeur d’Elizabeth II, son fils Charles III, qui devient notamment « gouverneur suprême » et « défenseur de la foi » de l’Église d’Angleterre ainsi que « chef » du Commonwealth.

Mais qu’est-ce au juste que le Commonwealth?

Le mot désignait à l’origine une communauté politique fondée pour le bien commun. Le mot « wealth » avait pour premier sens le « bienêtre » public. Donc, « common wealth », soit  bienêtre commun.

Le terme a évolué pour signifier que le peuple exerçait le pouvoir dans l’administration d’un État. Bref, une république ou encore un État démocratique.

Commonwealth avait alors pour synonyme « république ». D’ailleurs, quatre États américains portent officiellement le nom de Commonwealth : le Massachusetts, le Kentucky, la Pennsylvanie et la Virginie. Ils ne sont pas différents pour autant des autres États de ce pays.

Le Commonwealth moderne est donc un regroupement d’États démocratiques ou, si on veut, un « commonwealth de commonwealths ».

Comment en est-on arrivé là?

L’ensemble auquel se réfère aujourd’hui le Commonwealth est issu du déclin de l’Empire britannique et de la transformation de celui-ci à la suite de l’indépendance de ses colonies.

Avant, la vie était simple. Le roi ou la reine régnait sur son Empire et les colonies obéissaient. Le bon vieux temps quoi! Ce n’était en fait pas toujours le cas, comme l’a montré un certain regroupement de 13 colonies américaines au 18e siècle.

Pour les colonies qui sont restées fidèles à la Couronne, le Royaume-Uni a entrepris de se réorganiser à mesure que les membres de l’Empire – comme le Canada – ont commencé à assurer leur autonomie.

À compter de 1887, le Royaume-Uni convoque périodiquement ses colonies et ses «dominions» (États quasi autonomes de l’Empire, dont le Canada) – presque toujours à Londres. Ces rencontres sont d’abord nommées des «conférences coloniales» puis des «conférences impériales».

Vers 1930, les dominions obtiennent un statut égal au Royaume-Uni. Ainsi nait le « Commonwealth britannique des Nations ». Ce regroupement comptait alors six membres : le Royaume-Uni, le Canada, Terre-Neuve, l’Irlande, l’Australie et l’Afrique du Sud.

Fait à noter, Terre-Neuve, alors colonie britannique, avait le statut de dominion depuis 1907. Elle était même l’un des membres de la Société des Nations en 1920.  Mais en 1934, en raison de sa situation financière désastreuse, Terre-Neuve renonce à son statut de dominion. Le Royaume-Uni va directement l’administrer jusqu’à ce qu’elle devienne une province canadienne en 1949.

Cette même année, le Commonwealth britannique des Nations fait face à ce qui pourrait être décrit comme une crise de conscience. L’Inde, qui en faisait partie en tant que colonie britannique, devient indépendante, mais souhaite quand même demeurer dans le groupe.

Un débat entre les membres s’ensuit : faut-il maintenir dans le Commonwealth un État qui n’a plus d’allégeance à la couronne britannique? La réponse sera oui.

Dorénavant, dans ce «nouveau» Commonwealth de 1949 – celui qui perdure encore aujourd’hui – les États membres n’ont plus à partager le souverain britannique comme chef d’État; celui-ci devient le symbole d’une association libre des nations participantes, en tant que « chef » de l’organisation, dont le nom ne porte plus l’adjectif « britannique ».

Mais… à quoi ça sert?

Au cours des années qui suivent, l’organisation se dotera de plusieurs principes et se donnera des secteurs d’intervention. Elle aspirera notamment à :

  • Être un appui aux membres pour atteindre le développement, la démocratie et la paix
  • Être une voix pour les petits États vulnérables
  • Être un champion pour la jeunesse
  • Renforcer la gouvernance
  • Voir à la croissance de l’économie, en renforçant le commerce
  • S’attaquer aux changements climatiques
  • Combattre les inégalités.

Et, élément important, le Commonwealth s’oppose à toutes formes de domination coloniale. En moins d’un siècle, le Royaume-Uni a donc opéré un virage à 180 degrés.

Pour joindre les rangs du Commonwealth, un État doit respecter certains principes énoncés dans sa Charte adoptée en 2011, dont l’État de droit, les droits de la personne, l’égalité des genres, la liberté d’expression, la séparation des pouvoirs, le développement durable, la protection de l’environnement, le rôle de la société civile ainsi que l’accès à la santé, l’éducation, la nourriture et le gite.

De 8 États en 1949, le Commonwealth en compte maintenant 56, le Togo étant le dernier pays à s’y joindre, en juin dernier. Près de 2,5 milliards de personnes habitent dans les pays membres.

Contrairement à la croyance populaire, le souverain britannique n’est le chef d’État que de 15 des 56 pays membres, dont le Canada. Ces pays sont appelés des « royaumes du Commonwealth ».

Cinq membres ont une monarchie à eux, et les 36 autres États, soit la grande majorité, sont des républiques. Ce sont d’anciennes colonies britanniques, sauf quatre : le Mozambique, le Gabon, le Togo et le Rwanda, qui ont été des colonies d’autres puissances européennes.

Et le Canada dans tout ça

De par son histoire, le Canada a des liens très étroits avec la monarchie britannique, surtout évidemment depuis la Conquête de 1759.

Mais les temps changent. Un sondage Angus Reid publié plus tôt cette année indique qu’une faible majorité de répondants souhaite mettre fin au lien monarchique, alors que seulement 26 % veulent le maintenir. Et ce n’est pas seulement qu’au Québec, où 71 % des répondants rejettent le souverain britannique. Il est partagé par toutes les provinces canadiennes, quoique dans une proportion moindre.

Cependant, il y a loin de la «couronne» aux lèvres. Pour se départir de cette longue institution, il faudrait un amendement constitutionnel adopté par toutes les provinces. Comme on le dit à Londres : good luck!

Mais même si le Canada arrivait à rompre ses liens avec la monarchie, le pays pourrait tout de même demeurer au sein du Commonwealth, comme les 36 autres républiques membres.

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