Mona Moquin, Métisse de la Rivière-Rouge. (photo : Archives La Liberté)

À l’occasion de la Journée nationale de la vérité et de la réconciliation, le Conseil jeunesse provincial (CJP), en partenariat avec plusieurs organismes communautaires et de l’artiste Mona Moquin ont réalisé un chandail orange pour récolter des fonds en appui aux survivants des pensionnats autochtones.

Par Ophélie DOIREAU

Initiative de journalisme local – Réseau.Presse – La Liberté

C’est un projet qui a pris le temps de mûrir puisqu’il est sur les rails depuis un an. Mona Moquin, métisse de la Rivière- Rouge, explique la genèse. « L’année passée, il y a eu une prise de conscience de la société canadienne de l’existence de cimetières, qui n’en sont pas vraiment, près des pensionnats autochtones.

« J’imagine qu’avant les découvertes, peu de Canadiens étaient au courant alors qu’un volume du rapport final de la Commission vérité et réconciliation était dédié à cette partie de l’histoire.

« J’ai décidé de poursuivre mon envie de conversation et de sensibilisation. J’ai pris un ancien de mes motifs avec une inscription en michif et j’ai décidé d’en faire des chandails. J’ai vendu une centaine de chandails. »

Rapidement, Mona Moquin s’est aperçue du montant de travail et de logistique nécessaire pour la vente de ces chandails. « J’ai fait tout ce travail toute seule aussi bien au niveau de la gestion des commandes, que des livraisons. C’était beaucoup de travail. »

C’est donc naturellement qu’elle a décidé de se tourner vers le CJP comme Derrek Bentley, directeur général de l’organisme, le souligne. « Depuis plusieurs années, la réconciliation a été choisie comme l’une des valeurs fondamentales de l’organisme. On essaye de l’inclure dans tout ce qu’on fait.

« J’ai pris le temps de contacter Mona pour voir si on pouvait l’appuyer. Elle a généreusement accepté de nous donner son motif et de travailler avec nous. On a ensuite contacté le Festival du voyageur, la Société de la francophonie manitobaine et l’Union nationale métisse Saint-Joseph. On voulait que ce soit un effort communautaire. »

Derrek Bentley et Mona Moquin insistent particulièrement sur la phrase inscrite en michif Kahkiyaw lii zaañfaañ i sooñ sheer. Mona Moquin : « Je suis métisse de la Rivière-Rouge. Je reconnais que j’ai plusieurs ancêtres qui ont contribué à l’épanouissement et à des moments difficiles dans l’histoire.

« Je voulais écrire en michif parce que depuis plusieurs mois je prends des cours de michif. Celui que j’étudie c’est du michif du sud qui comprend du michif français. »

Derrek Bentley : « On trouvait important d’écrire en michif. On est très chanceux d’avoir des personnes qui aujourd’hui parlent encore le michif. C’est une langue en voie de disparition. Si on ne met pas des efforts concrets, elle pourrait complètement disparaître. Ne pas traduire la phrase permet d’encourager les personnes à faire de la recherche pour traduire et pour prononcer la phrase correctement.

« La phrase michif souligne l’importance des enfants dans nos communautés et leur valeur inestimable (1). »

Derrek Bentley, directeur général du CJP. (photo : Raphaël Boutroy)

Une libre interprétation

Mona Moquin a donc choisi un ensemble d’éléments pour ce chandail qui ouvre la voie à l’interprétation. « Pour le motif, on y voit trois fleurs complètement ouvertes et des bourgeons. On peut l’interpréter librement, on peut y voir mes parents et moi, des cousins et des cousines.

« C’était une occasion pour moi de vraiment reconnaître les gens autour de moi qui me permettent d’être qui je suis. J’ai le privilège de connaître tous ces gens.

« Aux pensionnats autochtones, certains enfants n’avaient même pas le droit de parler avec leurs frères et sœurs ou le reste de leur famille. C’est une occasion de réfléchir à nos privilèges parce que tout le monde n’a pas eu cette chance. »

Le chandail se vend 25$ et environ 12$ est reversé au fonds de soutien communautaire Na-mi-quai-ni-mak au Centre national pour la vérité et la réconciliation. Le reste de l’argent sert à payer l’imprimerie et le chandail (2).

Ce fonds a été choisi dans un esprit de collaboration, Derrek Bentley détaille. « On ne fait aucun profit avec ce projet. Entre Mona Moquin et l’Union, on leur a demandé où est-ce qu’on devrait reversé l’argent? C’était important de donner des fonds pour les survivants des pensionnats autochtones.

« On peut s’impliquer davantage dans la réconciliation. Il peut être facile de se voir comme une minorité et d’oublier les autres minorités autour de soi. Il y a aussi des gens de la francophonie qui ont été affectés par cette histoire de génocide au Canada. Alors comment on appuie les gens qui sont francophones et métis? Ou comment on appuie des francophones qui sont autochtones? »

(1) Il est possible de trouver des ressources pour la traduction sur : Michif.org

(2) Seulement 300 chandails sont disponibles, vous pouvez acheter le vôtre sur : https://heho.ca/fr/produit/chemise-orange-2/

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