Joël Tétrault (à gauche) et Bathélemy Bolivar. (photo : Marta Guerrero)

À l’occasion de la Journée nationale de la vérité et de la réconciliation, les écoles de la Division scolaire franco-manitobaine (DSFM) et de la Division scolaire Louis-Riel (DSLR) ont prévu des activités de sensibilisation et d’éducation. En sachant que les perspectives autochtones gardent leur importance à l’année longue.

Par Sonia ROUSSAULT

Bahtélémy Bolivar est coordonnateur à la programmation de la DSFM, décrit les activités qui ont lieu dans les écoles de la DSFM pour la Journée de la vérité et de la réconciliation : « On va offrir des activités tant au niveau divisionnaire que niveau local. Notre travail à la division est d’accompagner les directions d’écoles.

La plupart des écoles prévoient des activités, dont le port du chandail orange désormais lié à la Journée de la vérité et de la réconciliation.

« On envoie aussi du matériel pédagogique aux enseignants pour les accompagner dans leurs activités. Par exemple, l’École Taché va accueillir une cérémonie du tipi avec des gardiens du savoir, des aînés autochtones. Pour montrer notre appui, des membres du bureau divisionnaire seront présents. »

Création d’un groupe de réflexion

Mais plus qu’un évènement ponctuel, la DSFM tient à s’engager à l’année longue. Bathélemy Bolivar tient à le souligner : « C’est important dans un milieu éducatif que chaque jour, les perspectives autochtones soient valorisées dans tout ce que l’on entreprend, que ce soit au niveau de la gestion de la classe, du curriculum, et autres. On crée beaucoup d’occasions pour que les perspectives autochtones soient intégrées et dépassent la célébration de juste une journée. » La DSFM est d’ailleurs en train de mettre en place un groupe de réflexion au niveau divisionnaire. « Il y a des administrateurs, des étudiants, des enseignants de la communauté autochtone et d’autres acteurs qui veulent contribuer à la cause. Dans ce groupe de réflexion, on va partager notre vision au quotidien, que ce soit au niveau des enseignements sacrés, de la gestion des salles de classe et des relations avec les élèves, des pédagogies autochtones comme le cercle de parole ou encore l’art autochtone.

« On veut aller plus loin dans ce que l’on propose en mettant côte à côte le savoir traditionnel autochtone et le savoir conventionnel, que l’on retrouve dans les livres d’école.

« Outre ce groupe de réflexion, la DSFM invite des aînés autochtones dans les écoles. Pas seulement pour faire les cérémonies, mais pour partager leur savoir. Par exemple, l’utilisation des plantes et la façon dont les Autochtones conçoivent la science. La DSFM est aussi en train de mettre en place des cours de mitchif. On est dans le structurel : notre souhait est qu’il soit naturel d’aborder ces sujets et cette vision à l’année longue. »

Pour Bathélemy Bolivar, « toutes ces initiatives sont des démarches vers la réconciliation. Il faut qu’on aille plus loin que la reconnaissance. Il est nécessaire de réparer les torts qui ont été causés à travers des siècles.

« En ce sens, la DSFM collabore avec plusieurs partenaires communautaires, tels que l’Union nationale métisse Saint-Joseph du Manitoba et la Fédération métisse du Manitoba pour guider et accompagner au mieux et nos élèves et nos enseignants. »

Du côté de la DSLR, un festival de films autochtones est organisé pour la Journée nationale de la vérité et de la réconciliation. Joël Tétrault, enseignant de perspectives autochtones, explique ce projet : « Cette première édition de ce festival se déroule au Centre culturel franco-manitobain, dans la salle Pauline-Boutal, du 26 au 29 septembre. Il y a des documentaires, des films de fiction en français et en anglais. produits et réalisés par des personnes de la communauté autochtone. Deux films par jour seront diffusés gratuitement. Tous les élèves du secondaire, de la 9e à la 12e année, seront invités à y participer. »

Des perspectives autochtones

Pour Joël Tétrault, l’organisation d’un tel festival prend tout son sens dans le cadre de la réconciliation. « Dans le passé, l’industrie du film a imposé une certaine vision de ce qu’est être autochtone. Avec ce festival, on essaye de donner une place centrale à des histoires produites par des Autochtones.

« On veut conscientiser, informer et divertir les élèves avec ces films. Souvent, lorsque les gens pensent aux histoires des Premières Nations, ils pensent aux traumatismes, à la pauvreté, aux conditions difficiles dans les communautés. Mais ce qu’ils ne voient pas, c’est l’amour, la résilience et les efforts qui ont été faits dans ces communautés pour préserver leur langue et leur culture.

« Lorsque l’on donne la place aux réalisateurs autochtones, on voit l’autre facette des histoires autochtones. »

L’équipe de l’éducation autochtone de la DSLR est à l’origine de ce projet. Joël Tétrault poursuit : « L’équipe est composée de six membres dont Bobbie-Jo Leclair, qui en est la présidente. On est tous impliqués dans l’organisation du Festival. Pour ce projet, nous avons un partenariat avec l’Office national du film : la plupart des films que l’on va diffuser viennent de leur collection.

« On planifie aussi d’avoir des documentaires locaux. Il y aura une grande variété de films, dont Freedom Road, un documentaire en rapport avec la communauté de Shoal Lake 40; Rumble, un autre documentaire sur l’influence autochtone dans la musique nord-américaine. »

D’autres activités seront mises en place dans les écoles de la DSLR le 29 septembre, comme des cérémonies de commémoration pour honorer la Journée nationale de la vérité et de la réconciliation.

La DSLR se veut une division très progressiste en termes de perspectives autochtones, comme l’assure Joël Tétrault. « Les commissaires et les directeurs nous appuient énormément. Ils ont même créé une équipe dont je fais partie, et qui va dans les écoles pour aider les enseignants à bien saisir les perspectives autochtones et pour revoir ce qu’ils enseignent. C’est une initiative assez unique dans la province. On essaye d’assurer une présence constante dans les écoles.

« Aussi, on offre cinq à six sessions de développement professionnel aux enseignants et aux administrateurs afin de pouvoir développer et planifier le thème de la réconciliation dans leurs écoles à l’année longue. »

La Journée nationale de la vérité et de la réconciliation est importante « pour mettre à l’avant- plan les effets dévastateurs de la colonisation », remarque Joël Tétrault. « Les effets passés de la colonisation se poursuivent aujourd’hui. Il est important que tous les membres de la communauté scolaire réalisent que les communautés autochtones ont subi des situations qui leur ont été imposées.

« Les pensionnats autochtones ont gravement affecté le sens d’identité de ces communautés, leur culture ainsi que leur santé. La plupart des gens connaissent les Autochtones à partir de stéréotypes basés sur un système colonialiste. L’école publique a souvent été un conducteur du colonialisme. La Journée nationale de la vérité et de la réconciliation est un temps de réflexion pour, justement, revoir et briser ces stéréotypes.

« L’éducation autochtone doit être mise en place pour tous afin de permettre des changements cruciaux dans notre société. C’est un enjeu de société qui se joue. »

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