Le ministre d’IRCC, Sean Fraser. (Photo : Inès Lombardo - Francopresse)

FRANCOPRESSE (Entretien) – La cible de l’immigration francophone reste inchangée dans le Plan des niveaux d’immigration 2023-2025, malgré des assouplissements dans le système Entrée express. Le ministre Sean Fraser assure qu’il faudra ajouter plusieurs outils à ce système revampé pour augmenter le nombre d’immigrants francophones, plutôt que de mettre en place un seul programme d’immigration économique pour les francophones hors Québec.

Inès Lombardo – Francopresse

Francopresse : Vous avez annoncé plusieurs changements au système Entrée express récemment. Comptera-t-il un volet d’immigration économique spécial pour les francophones hors Québec, comme le réclame notamment la Fédération des communautés francophones et acadienne (FCFA)?

Sean Fraser : Je veux être prudent, car la loi m’oblige à consulter les gouvernements provinciaux et territoriaux ou les parties prenantes qui ont un intérêt dans les décisions d’immigration, avant que je puisse lancer officiellement un processus [d’immigration francophone].

Une fois que nous mènerons ces consultations, nous serons en mesure de prendre des décisions qui aideront à promouvoir la culture francophone au Canada et qui feront en sorte que les communautés francophones pourront survivre pendant des générations.

Les nouveaux changements apportés au système Entrée express nous donneront la capacité de choisir les personnes immigrantes non seulement par secteur et par profession, mais aussi en fonction de leurs compétences linguistiques.

Nous prévoyons que le nouveau système sera mis en œuvre en 2023. Nous travaillerons en étroite collaboration avec les gouvernements provinciaux et territoriaux, mais aussi avec les organisations qui cherchent à protéger la langue française et notre capacité à continuer à faire venir des personnes au Canada pour vivre et travailler en français.

Dans le Plan des niveaux d’immigration 2023-2025, votre ministère se donne toujours comme objectif d’accueillir 4,4 % d’immigrants francophones à l’extérieur du Québec pour la fin de l’année 2023. Cette cible a été établie en 2003 pour 2008, puis repoussée à 2023. Cependant, il n’y a aucune cible croissante prévue pour les années 2024 et 2025. Pourquoi?

Je ne pense pas qu’il soit approprié de diffuser de nouveaux objectifs avant d’avoir montré qu’on a la capacité d’atteindre ceux que nous avons fixés. Ce ne serait pas un acte de bonne foi. C’est essentiel d’atteindre le but avant de mettre d’autres cibles pour assurer la confiance de la population francophone.

Après avoir atteint les 4,4 %, nous travaillerons avec les communautés, notamment avec la FCFA, pour fixer de nouvelles cibles à la hausse pour l’avenir.

Nous travaillons très dur pour atteindre cet objectif et, malgré certains défis liés aux voyages internationaux pendant la pandémie, je suis convaincu que nous serons en mesure d’y arriver.

Toujours selon le Plan des niveaux d’immigration 2023-2025, le Canada accueillera 1,5 million d’immigrants d’ici 2025. Est-ce que le pays a cette capacité?

Nous ne pouvons pas nous permettre de ne pas le faire, en raison des besoins économiques et démographiques extraordinaires du Canada aujourd’hui! Ce n’est un secret pour personne que le Canada est aux prises avec une pénurie de main-d’œuvre. Il y avait près d’un million d’emplois vacants au Canada cet été, alors nous devons faire venir des gens pour les occuper.

Il y a cinquante ans, le Canada comptait sept travailleurs pour chaque personne retraitée. Depuis dix ou quinze ans, nous n’en avons plus que deux. Si nous ne renversons pas la tendance, nous ne parlerons plus de pénurie de main-d’œuvre, mais nous nous demanderons si nous avons les moyens de financer des écoles et des hôpitaux.

Mais comment ferez-vous pour vous assurer que les personnes immigrantes seront bien réparties au pays?

La [prochaine] Stratégie nationale en matière d’immigration francophone comporte les nouveaux assouplissements du système Entrée express, qui nous permettront d’effectuer des tirages au sort ciblés en fonction des compétences d’une personne, du secteur dans lequel elle souhaite travailler et de la région du pays où elle veut s’installer.

Nous avons des besoins particuliers dans les soins de santé et dans les métiers spécialisés. Nous avons l’intention de travailler avec les provinces, les territoires et les organisations pour accueillir davantage de travailleurs de la santé et de la construction par exemple, dans les régions où on a besoin d’eux. Ainsi, nous serons en mesure d’éliminer la pression de la capacité d’accueil.

Nous devons également encourager les gens à aller dans des régions du Canada qui ont déjà la capacité d’installer les nouveaux arrivants. C’est pour cela que nous avons mis l’accent sur la régionalisation dans le Plan des niveaux d’immigration 2023-2025.

Nous augmentons le nombre de places dans le programme d’immigration au Canada atlantique et dans le programme des candidats des provinces. Au cours de l’été, nous avons élargi le programme pilote d’immigration dans les communautés rurales et du Nord et nous pouvons également utiliser la flexibilité que j’ai décrite dans le système Entrée express pour cibler les régions du pays qui pourraient accueillir les nouveaux arrivants parce qu’elles ont une capacité de logement par exemple.

Il faut aussi se rappeler que de nombreux nouveaux arrivants vivent déjà au Canada en tant que résidents temporaires. L’année dernière, lorsque nous avons examiné le nombre de résidents permanents, nous avons constaté que 157 000 d’entre eux étaient des étudiants étrangers auparavant.

En adoptant des politiques d’immigration intelligentes, nous serons en mesure de continuer à accueillir un grand nombre de nouveaux arrivants tout en atténuant certaines pressions.

Les propos ont été réorganisés pour des raisons de longueur et de cohérence.

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