Le haïku est un petit poème japonais. Très ancré dans sa culture d’origine, ce poème très bref est l’équivalent littéraire d’une photo polaroïd. C’est l’image instantanée d’un moment déjà passé.

La force évocatrice du haïku réside justement dans sa brièveté et dans ses omissions, qui forcent le lecteur à imaginer et faire preuve de sensibilité.

Seulement voilà, à Winnipeg, et à Saint-Boniface de surcroît, on est bien loin du Japon. Pourtant, le 21 mars sortait le recueil de haïkus Nos souffles liés de Louise Dandeneau, une auteure bien de chez nous.

Art subtil

En explorant quatre grands thèmes divisés en quatre sections ou chapitres, c’est un peu « l’histoire d’une vie » que raconte Louise Dandeneau à travers ses poèmes. « Ce n’était pas vraiment mon intention au départ. Mais lorsque j’ai commencé à rassembler tous les haïkus que j’ai pu écrire au fil des ans, ce sont ces thèmes-là qui en sont ressortis. »

Née à Winnipeg, c’est en territoire manitobain, sous l’aile de son senseï, Bertrand Nayet, que Louise Dandeneau a appris l’art subtil du haïku. « Avant qu’il ne m’en parle, je ne savais pas du tout ce que c’était. Je suis rapidement tombée amoureuse de cet exercice. J’aime la simplicité, la brièveté et le minimalisme de ces beaux petits poèmes. C’est impressionnant tout ce que l’on peut dire sur seulement trois lignes. »

Effectivement, le haïku tient sur trois petites lignes et 17 syllabes réparties comme suit : cinq syllabes pour le premier vers (ligne 1), sept pour le deuxième vers et cinq à nouveau pour le dernier. Alors certes, le poème est très court, mais cela ne signifie pas forcément que l’exercice est simple, au contraire.

Exercice difficile

« Cela m’a pris des années pour apprendre comment écrire un haïku et me sentir très à l’aise avec le format, et commencer à prendre des risques. C’est un exercice difficile », confie Louise Dandeneau. Sa maîtrise de l’exercice s’est donc aiguisée au fil du temps, mais aussi de ses échanges avec les membres du Kukaï rouge, un cercle de haïkistes francophones basé à Saint-Boniface. « Nous sommes un petit groupe de six et nous nous rencontrons une fois tous les deux mois pour lire et faire nos retours sur les poèmes des uns et des autres. »

Après la publication de deux recueils de nouvelles, dont le plus récent, Buffet froid, paru aux Éditions du Blé en 2020, et un changement de style radical, Louise Dandeneau prouve que lorsqu’il s’agit d’écrire, elle est un peu touche-à-tout. Nos souffles liés à peine sorti, elle confie qu’un recueil de poèmes, classiques cette fois, paraîtra à l’automne prochain. Mais si elle ne s’empêche pas d’écrire dans d’autres formats, l’auteure s’est fait la promesse d’écrire un haïku tous les jours.

Observation

C’est donc un véritable coup de foudre qu’a eu la Franco-Manitobaine pour ce style littéraire qui vient du pays du soleil levant. Il se trouve que le cœur du haïku, c’est la nature, ce que l’on observe. Or il y a quelque chose de très cinématographique dans Nos souffles liés. Au-delà de l’image, chaque poème est une petite scène.

« Je suis quelqu’un de très visuel et toute mon écriture est faite comme ça. Je suis comme ça depuis toute petite, j’observe beaucoup. C’est ma façon de concevoir le monde, mais je ne m’en rendais pas compte avant. Je pense que c’est l’une des raisons pour lesquelles je suis tombée amoureuse du haïku, c’est spontané, intime, instantané. »

Ce nouveau recueil est donc le résultat d’une jolie rencontre. Pour ce qui est de la suite, sans trop en dire pour le moment, la poétesse a l’intention de s’attaquer à son tout premier roman.