Par Michel COMTE

“Il a utilisé son pouvoir et son statut pour agresser des jeunes femmes”: le procès de l’ancien magnat de la mode Peter Nygard s’est ouvert mardi à Toronto par ces mots de la procureure, deux ans après sa première inculpation pour des crimes sexuels.

Il s’agit du premier de plusieurs procès auquel l’homme de 82 ans doit faire face au Canada et aux États-Unis, où il est accusé de dizaines de crimes sexuels perpétrés sur plusieurs décennies.

Entré dans la salle d’audience en fauteuil roulant, Peter Nygard, cheveux gris noués en chignon, portait un costume foncé et une chemise blanche. Il avait l’air affaibli, était très pâle, bien loin des nombreux clichés de lui qui le montrent chevelure blonde et teint bronzé.

“Dans les bureaux de Nygard à Toronto, derrière les murs et l’apparence de succès et de pouvoir, il y a une suite avec une immense chambre à coucher, un bar et des portes, des portes sans poignées et des verrous automatiques contrôlés par Peter Nygard”, a martelé la procureure Ana Serban.

Elle a décrit des victimes “traumatisées” qui étaient “sous la menace de voir leur carrière détruite si elles ne se soumettaient pas”. Certaines ont mis plus de cinq ans pour réussir à parler, a-t-elle précisé.

Fondateur de l’une des plus grandes marques de vêtements du Canada, Nygard International, l’octogénaire a plaidé non coupable d’agressions sexuelles et d’incarcérations forcées la semaine dernière.

La justice américaine souhaite également le juger pour des accusations de viols sur des dizaines de femmes et jeunes filles, d’extorsion et de traite d’êtres humains entre 1990 et 2020.

Si Peter Nygard a accepté son extradition vers les Etats-Unis, il doit avant cela être jugé dans trois provinces canadiennes – Ontario, Québec et Manitoba.

– Exigences sexuelles –

Figure imposante de la mode qui a autrefois dîné avec la reine Elizabeth II, côtoyé des législateurs et des stars hollywoodiennes, l’octogénaire s’est souvent vanté de son parcours de jeune immigrant ayant réussi à se hisser à la tête d’un empire de mode.

Le magazine Canadian Business a, dans le passé, évalué les avoirs de Peter Nygard à 850 millions de dollars (595 millions d’euros).

Sa compagnie s’est toutefois mise sous la protection de la loi sur les faillites peu de temps après que le FBI et la police ont perquisitionné son siège social de Manhattan, en 2020.

Au Etats-Unis, des dizaines de femmes l’accusent de les avoir manipulées et attirées dans ses luxueuses propriétés, notamment aux Bahamas, sous prétexte d’opportunités lucratives de mannequinat.

Plusieurs d’entre elles, provenant de milieux économiques défavorisés et déjà victimes d’abus, ont affirmé qu’il avait payé pour des chirurgies plastiques, des avortements et des pensions alimentaires pour des enfants avec l’argent de son entreprise.

Les procureurs américains affirment que des fonds de la compagnie ont aussi servi à organiser des dîners, des parties de poker ainsi que des soirées au cours desquelles des mineures étaient droguées et des femmes agressées si elles ne se pliaient pas à ses exigences sexuelles.

Une vidéo enregistrée secrètement par un lanceur d’alerte ayant passé trois ans à documenter la vie du designer le montrait en train de flirter avec une adolescente de 16 ans lors des Jeux olympiques de Londres en 2012. On y voit aussi une jeune fille de 17 ans en train de faire du pole dance à bord de son Boeing privé.

“Peter Nygard arrivait et se choisissait simplement une fille, la plupart du temps ivre”, avait dit Stephen Feralio, le vidéaste personnel de Peter Nygard, à la télévision publique canadienne en 2021.

Son procès à Toronto doit durer au moins six semaines. Celui du Québec n’est pas prévu avant le printemps 2024.

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