À l’origine de ce projet de l’organisme Mentoring Artists for Women’s Art (MAWA), l’on retrouve deux artistes et éducatrices, Dawn Knight et Yvette Cenerini.
Cette dernière, qui porte plusieurs casquettes, conjugue depuis plusieurs années deux attachements intimement liés, la création artistique et la transmission.
Yvette Cenerini est diplômée d’un baccalauréat en éducation, pendant cinq ans, elle enseigne les arts visuels avant de compléter un baccalauréat en beaux-arts.
Aujourd’hui son travail s’inscrit au croisement de la pédagogie et de la pratique artistique au sein de l’organisme MAWA.
L’organisme a pour mission de « promouvoir et soutenir les carrières des artistes femmes et de la diversité de genre, affirme Yvette Cenerini, et puis cela, on le fait à travers l’éducation ».
Ainsi, MAWA propose principalement des formations, du mentorat et de l’éducation artistique, mais aussi des outils éducatifs comme le guide pédagogique Resilience : 50 cartes d’art autochtone et son guide pédagogique, fondé sur une exposition commissionnée par Lee-Ann Martin, et son guide pédagogique auquel Dawn Knight et Yvette Cenerini ont contribué.
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Comme le souligne Yvette Cenerini, « tous les enseignants sont mandatés pour enseigner les arts visuels à tous les niveaux », même sans formation spécifique.
Il arrive donc, selon l’artiste, que les enseignants réalisent des activités parfois répétitives, « où tous les élèves font la même chose », explique-t-elle.
« Les enseignants n’ont pas toujours de vraies expériences en art visuel ou même une certaine familiarité à observer des œuvres d’art, confie Yvette Cerenini. Ils peuvent se sentir intimidés par tout ça. »
Les ressources proposées par ArtAlive ont donc pour but de venir combler ce manque, en proposant des ressources qui poussent à la réflexion tout en étant ancrées dans la diversité manitobaine.
ArtAlive
« Ça fait trois ans que ça mijote, explique Yvette Cenerini. Moi je travaille à temps partiel, et ma co-créatrice Dawn Knight est enseignante, elle travaille à plein temps, elle travaille avec moi pendant l’été, on prend beaucoup de grandes décisions ensemble.
« Cet automne, on a décidé que le contenu n’était pas 100% fini, mais qu’il était quand même assez complet pour venir en aide à des enseignants. On voulait que ça sorte aussi tôt que possible pour servir les enseignants cette année. »
Ainsi, le site Web interactif est pensé pour être intuitif et accueillant pour être utilisé aussi bien par les enseignants que par les élèves de façon plus autonome.
Coloré, le design de la plateforme a été confié à Derek Hogue (Amphibian Designs), avec une esthétique qui, elle aussi, contribue à rendre l’art compréhensible.
Au regard des artistes de la province présents sur le site, Yvette raconte avec humour que la sélection a été « un vrai casse-tête », et que la liste n’est pas exhaustive.
Elle avait à cœur de présenter des artistes que les élèves et visiteurs du site peuvent « croiser dans la rue », dit-elle, voire exposés à Winnipeg, ou bien même découvrir pour la première fois. Il semble que la forme et le type d’art aient eux aussi leur importance.
Sur la plateforme, l’on retrouve l’art visuel sous toutes ses formes avec par exemple de la peinture, de la sculpture, du perlage, en passant par de la gravure ou même du collage.
« On voulait avoir une diversité d’identités, assure Yvette Cenerini, toutes sortes d’identités. On voulait aussi une variété de médiums, et pas juste parler de peinture et de sculpture, ça c’est super important mais traditionnel, c’est ce à quoi tout le monde s’attend quand on pense à l’art visuel. Et, on voulait montrer toutes les autres pratiques contemporaines, toutes les nouvelles choses excitantes que les artistes sont en train de faire avec des matériaux qui ne sont pas traditionnels. »
Francophonie
Grâce au moteur de recherche du site Web, il est possible de réaliser une recherche par mots-clés, et les visiteurs peuvent ainsi filtrer par thèmes ou identités :
« On peut mettre un artiste francophone, puis ça va donner une liste. On peut mettre artiste vivant avec des handicaps, artistes LGBTQ+ ou queer. Les enseignants peuvent aussi mettre des mots-clés comme la nature, les arbres, les animaux ».
À ce jour, bien que disponible uniquement en anglais, le site Web représente pour Yvette Cerenini une opportunité de faire (re)découvrir des artistes car parfois « on ne sait pas quels sont les artistes francophones », ajoute-t-elle.
Ainsi l’on retrouve Anna Binta Diallo, Jacquelyn Hébert, Cato Cormier, Dominique Rey, Mélanie Rocan et tant d’autres.
ArtVivant
Avec le soutien de MAWA, ArtAlive a déposé une demande de subvention auprès de Francofonds pour financer la traduction, confiée à Lou-Anne Bourdeau de la Maison des artistes visuels francophones.
La version française, intitulée ArtVivant, permettra de rendre les ressources accessibles aux écoles francophones et d’immersion.
Prévue pour 2026, la traduction du site en français illustre l’engagement de MAWA, et d’Yvette Cerenini envers la francophonie :
« On a trois sites éducatifs maintenant qui vont être traduits en français. MAWA voit ça comme un devoir communautaire. Et puis moi, comme francophone, j’aime travailler sur des projets comme ça ».
Comme elle l’explique, la traduction s’agit d’une étape essentielle, « pas d’une condition, mais presque », dit-elle.
Elle ajoute : « si je travaille sur un projet, je veux qu’il soit disponible à ma communauté aussi ».
Cette démarche est autant éducative que sociale et communautaire, elle permet de former des jeunes tout en contribuant à la démocratisation de l’art, en cherchant à ce que les élèves puissent se voir et comprendre que leur voix a une importance », espère Yvette Cerenini.
ArtVivant est donc un projet qui a vocation à évoluer, à continuer de faire vivre l’art dans les salles de classe et à soutenir les enseignants avec « des œuvres qui parlent aux jeunes ou même des sujets qu’ils étudient en classe. Un beau petit paquet », conclut Yvette Cerenini.

