Depuis plus de vingt ans, le festival Music ‘N’Mavens s’est donné pour mission de transformer l’hiver winnipegois en saison de rencontres, en misant sur la curiosité culturelle et le plaisir de se retrouver.

Jusqu’au 26 mars, au Rady Jewish Community Centre (Rady JCC), la série propose chaque mardi et jeudi après-midi des concerts et des conférences pensés comme des instants de rencontre.

À contre-courant des habitudes culturelles, Music ‘N’Mavens assume pleinement son créneau de jour avec des concerts et conférences en plein après-midi

« Je me souviens qu’au début, on me demandait comment je pouvais penser que les gens viendraient à 14 h quand il fait -30 degrés », raconte Karla Berbrayer, fondatrice et directrice artistique du festival.

« Je leur répondais qu’il fallait une raison pour quitter la maison. Et aujourd’hui, plusieurs me disent que c’est la raison qui les pousse à sortir pendant la journée. »

À l’initiative du projet, l’on retrouve Karla Berbrayer, polyglotte et francophile, elle a nourri son intérêt pour la langue française qu’elle a commencé à apprendre en école d’immersion.

La fondatrice défend depuis le départ une idée simple, celle d’offrir des propositions artistiques, sociales et culturelles à un moment de la journée souvent négligé.

« Je voulais créer des concerts et des conférences exceptionnels en journée, surtout en hiver. Et c’est toujours aussi nécessaire aujourd’hui, parce qu’il n’y a pas tant d’options pour sortir au milieu d’un après-midi glacial », explique-t-elle.

Des voix francophones

Cette édition 2026 navigue entre plusieurs univers, l’on passe alors du jazz au répertoire classique, ou même de la soul à la folk, sans oublier d’ancrer les conférences dans des thématiques proches des Manitobains.

Le 15 janvier, la chanteuse Suzanne Kennelly a présenté pour la première fois AZNAVOUR, PIAF, BREL et MOI, un hommage bilingue aux grandes figures de la chanson française.

« Quand je grandissais au Québec, beaucoup de grands standards de jazz étaient adaptés en français. Il y a des versions que les Manitobains connaissent peu. Je voulais offrir ce répertoire riche tout en permettant au public anglophone de comprendre les textes », explique-t-elle.

« Je passe de l’anglais au français, parfois dans une même chanson. C’est une gymnastique mentale, mais c’est extrêmement stimulant. »

Suzanne Kennelly, interprète et auteure-compositrice.
Suzanne Kennelly, interprète et auteure-compositrice. (photo : gracieuseté Richard Bastarache)

Manitobaine d’adoption, Suzanne Kennelly conçoit ce spectacle comme un pont entre cultures et langues. Le fil conducteur du spectacle, l’amour sous toutes ses formes, l’amour brisé, celui qui dure, celui que l’on partage.

« Ces chansons sont très basées sur le texte, et avec mon bagage théâtral, je trouve ça extraordinaire de les interpréter », confie-t-elle.

Pour elle, c’est de sa responsabilité en tant qu’artiste de mettre les chansons en contexte : « À partir de là, dit-elle, le spectateur se laisse emporter par l’émotion que l’artiste sur scène dégage. C’est comme ça que le spectacle est imaginé, explique Suzanne Kennelly. Puis là-dedans, j’ai intégré quelques-unes de mes propres chansons parce que, je me dis que c’est un peu mon histoire ça ».

La présence d’artistes francophones se poursuit le 26 février avec The French Connection, duo père-fils formé du violoncelliste Yuri Hooker et du pianiste Ari Hooker.

Leur concert mêlera la musique de Debussy, de Ravel, des œuvres de la compositrice winnipegoise Sheva Schwartz, ainsi que des compositions personnelles d’Ari Hooker.

Côté conférences, l’on retrouve parmi les conférenciers l’ancien diplomate Roger Turenne qui viendra présenter son ouvrage Bit Player on Big Stages: A Journey Through Diplomacy, Advocacy, and Cultural Survival.

Fidèle à sa volonté de refléter les cultures du territoire, le festival accueillera également les Wrigley Brothers, Luc et Aidan Wrigley, deux violoneux francophones et métis, ainsi que leur père Rob Wrigley.

« C’est un choix délibéré de faire connaître les artistes franco-manitobains à notre public afin d’en apprendre davantage sur la culture francophone manitobaine. Puis les conférenciers, les musiciens, c’est vrai que je mets en vedette la culture française et franco-manitobaine parce que je parle aussi français, c’est une de mes passions », souligne Karla Berbrayer.

Concerts, conférences et After Dark

Les amateurs de soul pourront aussi se laisser porter par Soul Voices Through the Ages de SoulBear, le 17 février, pour un voyage entre Stevie Wonder et Alicia Keys.

En parallèle, les conférences abordent des enjeux proches des enjeux manitobains comme l’itinérance, la justice sociale, la réconciliation ou des enjeux internationaux, car c’est « notre humanité qui demande que l’on discute de ces sujets », insiste la fondatrice.

Longtemps fréquentée majoritairement par des retraités fidèles, Music ‘N’Mavens attire aujourd’hui un public plus diversifié composé d’étudiants en musique ou de jeunes adultes à la recherche d’événements accessibles.

Grande nouveauté cette année, Music ’N’ Mavens After Dark propose aussi quelques concerts en soirée.

« Les gens me disaient souvent qu’ils adoraient les programmes mais travaillaient en journée. Alors cette année, on ouvre aussi aux soirées, sans pour autant perdre l’âme de Music ’N’ Mavens », résume Karla Berbrayer.

En plein cœur de l’hiver, Music ’N’ Mavens cherche ainsi à prouver que le froid n’est pas un obstacle, mais parfois le meilleur prétexte pour se rencontrer.

« Le but, c’est d’offrir des après-midi divertissantes et stimulantes, et j’espère que les personnes qui entreront au Rady JCC pour la première fois sauront que c’est ouvert à tout le monde », conclut-elle.