Avec des informations de Jonathan SEMAH.
Un indicateur révélateur des répercussions des politiques du gouvernement fédéral visant à réduire l’immigration.
Même si l’USB accuse aussi une baisse de ses étudiants internationaux, elle se dit quand même assez épargnée par les politiques migratoires fédérales.
Annoncée dans un communiqué, la fermeture du MITT (Manitoba Institute of Trades and Technology) a été attribuée aux « changements rapides et continus apportés au programme des étudiants étrangers » par le gouvernement fédéral.
En 2024, le gouvernement fédéral a plafonné les admissions d’étudiants internationaux afin de limiter le nombre de résidents temporaires dans le pays.
« En conséquence, les institutions ont été confrontées à des chocs financiers et opérationnels qu’elles ne pouvaient raisonnablement anticiper ou absorber », poursuit le communiqué, affirmant que son modèle financier est devenu « insoutenable ».
Selon les chiffres du MITT, le nombre d’inscriptions internationales est tombée de 1988 dans l’année 2024-25 à 878 dans l’année 2025-26; les revenus des frais de scolarité sont donc passés de 23,2 millions $ à 9,5 millions $.
Au cours de l’année prochaine, l’institution affirme qu’elle collaborera avec le Red River College Polytech afin de transférer certains programmes et de réduire progressivement ses activités, tout en permettant aux étudiants actuels de terminer leurs études.
Loin d’être le premier à tirer la sonnette d’alarme sur la baisse des inscriptions internationales, le MITT fait suite aux récentes protestations de Renée Cable, ministre de l’Éducation postsecondaire et de la Formation, et d’autres institutions comme l’Université du Manitoba (UofM).
La province a enregistré une baisse d’environ 40 % des inscriptions internationales en 2026 par rapport à 2025.
« Le gouvernement fédéral a pris sa décision sans consultation et sans tenir compte des répercussions concrètes sur des provinces comme le Manitoba », dit Renée Cable, ajoutant que les « coupes massives ont créé des difficultés non nécessaires pour le système éducatif. »
De son côté, l’Université du Manitoba affirme que la politique fédérale a eu « un impact mesurable » et qu’elle a constaté « une réduction du nombre de candidats et des retards importants dans les délais de traitement au niveau fédéral ».
Pendant l’année scolaire 2024-2025, les nouvelles inscriptions internationales ont chuté de 19 %, une baisse déjà importante qui fait suite à celle de 30 % du nombre de nouveaux étudiants internationaux observée l’année précédente.
Étant donné que les étudiants internationaux de l’Université paient près de quatre fois plus que les étudiants domestiques, ces baisses annuelles pourraient avoir des répercussions financières importantes sur les activités de l’institution, même si un porte-parole affirme qu’elle ne prévoit pas pour l’instant de réduire ses programmes en conséquence.
À l’USB, une image plus optimiste
« À l’Université Saint-Boniface, on est assez protégés par tous ces changements, affirme Robert Daudet, directeur du recrutement et service à la population étudiante à l’USB et président pour le Manitoba Council for International Education.
« La réalité pour la francophonie est quand même différente de l’anglophonie. Est-ce que ça nous affecte? Oui. Significativement? Non. »
Depuis le début de l’année, bien que l’USB soit encore en train de finaliser ses chiffres d’inscription pour 2026, l’institution a enregistré une baisse de 15 à 20 % des nouvelles inscriptions internationales.
Un chiffre qui semble plus acceptable pour l’université francophone compte tenu de sa population étudiante moins grande : ce pourcentage équivaut à une douzaine d’étudiants internationaux en moins par rapport aux années précédentes.
« C’est assez standard à travers le Canada que les étudiants internationaux vont payer trois, quatre, cinq fois les frais de scolarité des étudiants domestiques. À l’USB, c’est 2.0, 2.1 pour certains programmes. »
Robert Daudet souligne que, comme Immigration, Réfugiés et Citoyenneté Canada (IRCC) a fixé des objectifs ambitieux en matière d’immigration francophone, l’accueil d’étudiants internationaux provenant de pays francophones n’est pas aussi touché par les politiques fédérales.
« Auprès des pays francophones, il y a une connaissance que l’IRCC veut voir une immigration francophone. Ça nous protège un peu. »
L’IRCC a également créé d’autres possibilités pour les établissements francophones d’accueillir des étudiants internationaux.
Outre la lettre d’attestation provinciale (LAP), le document délivré par la province que les étudiants étrangers doivent présenter pour obtenir leur permis d’études, l’IRCC a lancé en 2024 une nouvelle initiative visant à recruter des étudiants dans les communautés francophones minoritaires : le Programme pilote pour les étudiants dans les communautés francophones en situation minoritaire.
L’USB a signé une entente en 2025 pour y participer.
« À travers ce programme, les étudiants peuvent faire une demande pour leurs permis d’étude. Après avoir complété leurs études avec nous, ils peuvent aussi avancer avec la résidence permanente. »
Et comme ces étudiants n’ont pas besoin de LAP, leur admission libère des places pour d’autres étudiants internationaux, ce qui augmente réellement le nombre d’étudiants accueillis.
Le stress demeure toutefois. Robert Daudet affirme que le plus grand impact de ces changements sur la population étudiante internationale est que, étant donné la rapidité et la fréquence des changements, plusieurs étudiants s’inquiètent pour l’avenir de leurs études ou leur capacité à rester après l’obtention de leur diplôme, même lorsqu’il s’agit d’étudiants dont les études sont déjà en cours.
Mais il reste optimiste quant au sort des étudiants étrangers, compte tenu de la volonté du gouvernement provincial de soutenir les étudiants étrangers qui viennent s’installer au Manitoba.
« Notre gouvernement nous a beaucoup appuyés pour démontrer la valeur des étudiants internationaux. Ce n’est pas juste le côté financier, mais c’est aussi l’enrichissement dans nos salles de classe pour nos communautés. On ressent ça réellement à Saint-Boniface, dans la francophonie du Manitoba. »
Initiative de journalisme local.


