Pendant deux journées, des élèves de la 9e à la 12e année se retrouveront sur le campus de l’USB pour réfléchir collectivement à des dilemmes éthiques, dans un cadre structuré qui privilégie l’écoute et la parole de jeunes citoyens.
Coorganisateur de l’évènement, Antoine Cantin-Brault, professeur titulaire de philosophie à l’USB, rappelle que la Coupe éthique est née à Winnipeg avant de prendre une ampleur nationale.
Lancée au Manitoba en anglais en 2014, puis en français à l’USB en 2018, elle s’est progressivement imposée comme un rendez-vous incontournable.
Pour lui, la Coupe éthique « c’est un joyau manitobain », soulignant que le modèle développé ici a ensuite été repris et adapté ailleurs au pays. La Coupe éthique nationale, elle, aura d’ailleurs lieu à Winnipeg les vendredi 24 et samedi 25 avril 2026.
Une discussion citoyenne, pas un débat
Les 18 et 19 février, les équipes s’affronteront lors de cinq matchs couvrant dix cas éthiques, avant une finale qui se tiendra le 19 février à 13 h 30, dans la salle Martial-Caron.
Chaque rencontre est évaluée par trois juges, qui accordent leur vote à l’équipe ayant le mieux contribué à la discussion.
À la clé pour les vainqueurs, une coupe, obtenue par le Collège Louis-Riel en 2025, et désormais accompagnée pour l’édition 2026, de médailles d’or, d’argent et de bronze, sans oublier les divers prix offerts par les partenaires de la Coupe éthique.
Contrairement à un débat traditionnel, la Coupe éthique ne cherche pas à désigner un camp gagnant.
« Le but, ce n’est pas de gagner contre l’autre équipe, mais de penser ensemble à un problème complexe », explique Antoine Cantin-Brault.
Composée de trois à sept élèves, chaque équipe se prépare pendant plusieurs semaines à partir de dix cas éthiques communs à l’ensemble du réseau canadien, sans connaître à l’avance les questions précises qui seront posées lors des matchs.
Volontairement ancrés dans l’actualité et la réalité des jeunes, ces cas portent sur des situations complexes, allant par exemple de l’usage de l’intelligence artificielle notamment au regard des relations affectives et l’impact de ces technologies sur la vie sociale, ou bien des enjeux de responsabilité collective en matière de santé publique, comme l’idée d’imposer une taxe sur l’achat et la consommation de produit ultra-transformés en restauration rapide, en raison de ses effets à long terme sur la santé.
Un espace sécuritaire et stimulant
Pour Antoine Cantin-Brault, l’un des grands avantages de la Coupe éthique se situe dans l’espace qui est offert aux jeunes.
Il ajoute : « On les prend au sérieux. On leur donne un lieu sécurisé pour discuter de choses difficiles ».
À ses yeux, cette reconnaissance est essentielle dans un contexte où les échanges publics, mais aussi en ligne via les réseaux sociaux, laissent parfois peu de place à la nuance et l’écoute.
Chaque année, l’organisateur se dit impressionné par la qualité des interventions.
« Tous les ans, je n’en reviens pas. Il y a des réponses profondes, réfléchies, intelligentes », confie-t-il.
Une participation en constante évolution
Cette année, dix équipes issues d’écoles d’immersion et de la Division scolaire franco-manitobaine (DSFM) participeront à la compétition régionale.
Parmi les établissements représentés figurent notamment le Collège Louis-Riel, le Collège Béliveau, le Collège Garden City, le Collège Jeanne-Sauvé, l’École Héritage ainsi que le Centre scolaire Léo Rémillard.
Si le nombre d’équipes reste stable depuis quelques années, Antoine Cantin-Brault observe une évolution notable, il y a parfois moins d’écoles qui participent, mais celles qui s’engagent le font avec davantage d’élèves, souvent avec deux équipes pour un même établissement.
Le principal défi, selon lui, n’est pas de recruter des jeunes, mais de trouver des enseignants disponibles pour porter le projet au sein des écoles.
« Ce n’est pas un manque d’intérêt des élèves, c’est surtout une question de temps et d’engagement », explique-t-il, car il est vrai que la préparation demande du temps et un investissement important, que l’équipe organisatrice cherche à soutenir et à faciliter.
Un pied à l’université
La tenue de l’évènement sur un campus universitaire est volontaire. Partout au Canada, la Coupe éthique se déroule dans des universités lorsque cela est possible.
Pour des élèves, notamment issus de milieux ruraux ou dont les parents n’ont pas fréquenté l’université, cette immersion peut ouvrir des perspectives nouvelles.
« On veut qu’ils se voient à l’université », explique Antoine Cantin-Brault. Si l’objectif de recrutement joue aussi un rôle, l’intention première reste éducative.
« On veut leur montrer qu’il existe une vie intellectuelle, et que c’est accessible », assure-t-il.
Certains anciens participants poursuivent d’ailleurs ensuite des études universitaires, parfois même en philosophie, inspirés par leur expérience à la Coupe éthique.
Pour Antoine Cantin-Brault, la reconnaissance importe, mais l’essentiel reste ailleurs.
« Tout le monde repart avec quelque chose », dit-il, évoquant autant les prix que les apprentissages et les souvenirs.
À l’avenir, Antoine Cantin-Brault aimerait aller plus loin en soutenant ces jeunes à travers la création d’une bourse d’études Coupe éthique destinée aux participants poursuivant des études post-secondaires.
« C’est une idée qui me tient à cœur, mais il faut des ressources pour y arriver », reconnaît-il.
Une initiative encore à l’état de projet, mais qui s’inscrit dans la continuité de l’esprit de la Coupe, allant au-delà de la compétition.
« Je suis convaincu qu’à un moment donné, on va avoir un premier ministre du Canada, une première ministre du Canada qui va avoir fait la coupe éthique. On va avoir des grands décideurs, des grandes décideuses qui vont avoir fait la coupe éthique. C’est sûr. », conclut Antoine Cantin-Brault.


