Par Tomohiro OSAKI.
Le Premier ministre canadien, Mark Carney, a profité d’un bref passage au Japon vendredi soir pour rencontrer son homologue Sanae Takaichi, et évoquer le renforcement des liens entre les deux pays notamment en matière de sécurité et d’économie.
A Tokyo, Carney conclut une tournée où il s’est rendu successivement en Inde pour conclure des accords sur les minerais critiques et l’approvisionnement en uranium et en Australie, où il s’est notamment exprimé sur la guerre au Moyen-Orient.
“La visite de Mark (Carney), dans ce contexte international difficile, est très significative”, s’est félicité de son côté Mme Takaichi lors d’une déclaration commune.
S’exprimant tour à tour en japonais, anglais et français, M. Carney, qui doit regagner le Canada samedi, a évoqué un partenariat comportant “six domaines prioritaires”.
“Premièrement, et c’est le plus important, nous renforçons notre coopération en matière de sécurité et de défense grâce au partage d’informations, aux transferts de technologies et à la coopération dans le domaine de la sécurité maritime”, a-t-il affirmé, évoquant aussi les enjeux liés à la “cybersécurité”.
Sur le plan économique, le Premier ministre canadien espère que les deux pays vont renforcer leur “sécurité économique grâce à des chaînes d’approvisionnement robustes et à des technologies stratégiques, cohérentes”, citant notamment “un accès fiable aux communications spatiales, aux semi-conducteurs, aux terres rares, à l’IA et au cloud souverain”.
Il promet aussi de “renforcer les relations commerciales et les investissements et vise à “relier le Partenariat transpacifique au bloc commercial de l’Union européenne” sans donner de détails.
Parmi les autres priorités, Carney a cité les domaines de “l’énergie et la sécurité alimentaire”, du “climat” et “les échanges inter-personnelles” entre les deux nations.
Lors de sa visite en Australie cette semaine, il s’était exprimé sur le conflit au Moyen-Orient déclarant que les frappes américano-israéliennes contre l’Iran paraissaient “incompatibles avec le droit international”, tout en saluant un changement de pouvoir politique à Téhéran et en soutenant les efforts visant à empêcher l’Iran d’acquérir l’arme nucléaire.
Jeudi, il n’avait pas exclu la participation militaire de son pays à la guerre qui s’intensifie au Moyen-Orient.
– Réduire la dépendance envers les Etats-Unis-
En Australie, il a aussi réitéré son appel, lancé au Forum économique mondial de Davos fin janvier, aux “puissances moyennes” à s’unir pour faire face aux forces “hégémoniques”.
En tant que fervent défenseur de l’ordre international fondé sur des règles, le Japon -une autre puissance de taille comparable au Canada- se trouve dans une position délicate par rapport au contexte international.
Le Japon est un allié proche des États-Unis, qui y maintiennent environ 60 000 militaires et dont le soutien est essentiel alors que la Chine affirme de plus en plus sa puissance dans la région.
Quatrième économie mondiale, le Japon est également le cinquième importateur de pétrole, dont environ 70 % transitent par le détroit d’Ormuz, que l’Iran a pratiquement fermé.
Parallèlement, les rapports historiquement délicats entre le Japon et la Chine se sont tendus depuis que la Première ministre nippone a suggéré en novembre que Tokyo pourrait intervenir militairement en cas d’attaque contre Taïwan, île dont Pékin revendique la souveraineté.
Les relations entre la Chine et le Canada sont également compliquées : M. Carney s’est rendu en Chine en janvier et a signé un accord commercial, après des années d’arrestations réciproques et de différends tarifaires.
La tournée de Premier ministre canadien s’inscrit dans les efforts visant à réduire la dépendance excessive du Canada envers son voisin américain sous l’administration Trump.
“Le Japon est un partenaire naturel pour l’ambition de Carney +d’être à la table, et non au menu+”, a déclaré Yee Kuang Heng, professeur de sécurité internationale à l’Université de Tokyo.
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