Une pièce audacieuse qui aborde de front un sujet encore trop peu discuté dans la francophonie manitobaine : le choix de la non-maternité et l’autonomie corporelle des femmes.

Le point de départ de Soutensions est simple : un anniversaire familial. Mais derrière le gâteau et les retrouvailles, les tensions éclatent.

Au cœur de cette réunion de famille, le spectateur découvre Brandi, personnage principal interprété par la comédienne multidisciplinaire Karam Daoud, qui souhaite annoncer à ses proches qu’elle ne veut pas d’enfant.

La pièce aborde « très précisément et très directement les choix reproductifs de la femme et le choix de la non-maternité qui est peu discuté dans la francophonie d’ici », souligne la metteuse en scène Danielle Sturk.

Elle évoque le poids d’un héritage culturel encore bien présent.

« On a encore beaucoup d’historiques culturels catholiques où l’image de la femme est représentée comme étant mère. Et puis si on n’est pas mère, on est moindre », note-t-elle.

Une pièce engagée

Artiste multidisciplinaire connue pour son parcours en danse, en cinéma et en télévision, Danielle Sturk signe ici sa toute première mise en scène théâtrale.

Si le théâtre lui était moins familier, l’invitation d’Amber O’Reilly a fait écho à ses convictions profondes.

« Les thèmes de cette histoire s’alignaient énormément avec mes propres valeurs politiques et personnelles vis-à-vis des choix reproductifs de la femme », dit-elle.

Au-delà de l’engagement, la metteuse en scène voit aussi dans cette proposition un défi artistique.

« C’était une offre d’une nouvelle chose, un nouveau risque pour moi qui aime beaucoup explorer les différents milieux. Je trouve que ça m’étire, ça me pousse à mieux me connaître », confie-t-elle.

Si elle ne contient ni violence ni sexualité explicite, la pièce aborde de manière détaillée la reproduction féminine et les méthodes contraceptives.

Si le sujet est sérieux, des touches d’humour sont incorporées dans la pièce entre disputes, vieilles blessures et joutes verbales.

« Il y a beaucoup d’humour, ce n’est pas une pièce intellectuelle du tout. Ça se présente vraiment comme une fête familiale qui déborde », dit la metteuse en scène.

Mais derrière les éclats de rire, chaque personnage bénéficie d’un moment d’intimité.

« Chaque personnage a un moment de monologue qui est assez touchant, une espèce de confession où on rentre vraiment dans leur tête, puis on comprend ce qu’ils ressentent », confie Danielle Sturk.

Pour la comédienne Karam Daoud, le personnage de Brandi possède « son petit côté punk », une manière critique d’interroger les normes.

« Elle est naturelle, elle est un peu chaotique, mais elle est forte dans ses convictions. Et elle est aussi très douce dans ses liens avec les gens. C’est ce que j’aime beaucoup, elle est hyper intéressante », dit-elle.

Elle confie à La Liberté qu’interpréter Brandi lui a donné l’opportunité de jouer un rôle qui lui tient vraiment à cœur.

« Ça peut être très intense de jouer des personnages dans lesquels on se voit », dit-elle.

La pièce ne se limite pas au cercle familial. Apparaissent également des consultations médicales du personnage principal Brandi chez un docteur. Ces scènes ont particulièrement résonné chez Karam Daoud.

« C’étaient vraiment des choses que j’ai vécues, ça me parlait beaucoup », confie-t-elle.

Elle évoque la « honte » ressentie lors de certains rendez-vous médicaux et salue une œuvre qui partage cette expérience, selon elle, « d’une façon pas trop dramatique ».

« Il s’agit d’une femme et de son expérience. Et qui est une expérience très commune », souligne Karam Daoud.

Une prise de conscience

Pour Danielle Sturk, la pertinence de la pièce s’inscrit dans un contexte politique plus large.

« Avec les droits reproductifs aux États-Unis, avec notre monde qui semble reculer, qui retire les droits des femmes, je trouve que c’est un temps très important de parler de ce sujet-là », affirme la metteuse en scène.

« Au Canada, il semble qu’on est en sécurité pour l’instant, mais on est dix ans derrière ce qui s’en vient. Ça s’en vient. Il faut être prêt pour se protéger », prévient-elle.

À la sortie de la salle, Danielle Sturk espère une prise de conscience de la part du public, afin qu’« il soit un peu plus conscient de cette pression-là, et puis d’écouter la femme », conclut-elle.

Karam Daoud, elle, souhaite que les spectatrices et spectateurs concernés « se sentent vus et puissants ».