Par Michel LAGACÉ.
Le 20 mars dernier, le ministre des Affaires francophones, Glen Simard, a marqué une première étape importante sur la marche à suivre pour y arriver en publiant un sommaire des consultations tenues l’an dernier. Il a aussi proposé les échéances des étapes à suivre dans le but d’élaborer pour le mois de mars prochain une stratégie provinciale sur le bilinguisme. D’évidence, la volonté politique est toujours à l’œuvre.
Les grandes lignes des résultats des consultations ne présentent pas de grandes surprises. L’accès aux services en français ressort comme l’élément le plus important de ce que serait une province bilingue. L’éducation et la santé sont les deux domaines prioritaires pour les participants aux consultations.
En plus de proposer d’ajouter des employés bilingues pour fournir davantage de services en français, on propose de rendre le français plus présent sur la place publique en augmentant l’affichage en français, en traduisant plus de documents en français et en communiquant davantage en français.
Au-delà des programmes et des services, les consultations ont fait ressortir un désir d’atteindre des résultats moins tangibles mais tout aussi importants. Il s’agit de valoriser le français et de contribuer à un sens accru d’appartenance à la francophonie manitobaine. On propose donc une meilleure compréhension de l’histoire et du patrimoine de cette francophonie et la promotion des avantages du bilinguisme.
La réalité socioculturelle est reconnue comme un obstacle important à la réussite du projet du Premier ministre. On le sait bien : les francophones ne représentent qu’une partie limitée de la population et il faudra une volonté ferme et continue de la part des élus et des hauts fonctionnaires pour faire du Manitoba une province bilingue.
Et c’est là que le sommaire des consultations évoque un des aspects les plus importants de l’objectif du Premier ministre, sans le nommer explicitement. Il s’agit d’une évolution des mentalités qui sera nécessaire pour réaliser de véritables changements. Car il ne suffit pas d’élaborer de nouveaux programmes ou d’embaucher plus de fonctionnaires qui parlent le français pour faire du Manitoba une province bilingue. Il faut qu’à tous les niveaux, les élus et les fonctionnaires comprennent qu’ils jouent un rôle central pour normaliser l’usage et la visibilité du français.
Il faudra aussi que le public comprenne qu’il existe une variété acceptable de niveaux de la qualité du français que les ministres et les fonctionnaires peuvent utiliser. Il est regrettable de voir, par exemple, le ministre des Finances, Adrien Sala, refuser de répondre en français à une question sur son budget même si son français est tout à fait adéquat. Cette idée d’un français parfait a besoin d’être repensée pour permettre à chacun de s’exprimer librement.
Le ministre Simard et le Premier ministre Kinew ont amorcé un travail à long terme. Car au-delà d’une première impulsion, on comprend bien qu’il faudra des années pour normaliser une différente façon de gérer la Province. L’essentiel, c’est que la volonté politique reste engagée.