Par Anaïs NZELOMONA – collaboration spéciale
Pour la première fois, l’Université de Winnipeg participe au Choix Goncourt Canada, une initiative nationale qui invite des jurys étudiants d’universités à lire, débattre et défendre la littérature francophone contemporaine, avant d’envoyer une représentante à Ottawa pour défendre leur choix.
Depuis 2023, le Choix Goncourt Canada rassemble des étudiants universitaires au pays autour d’un objectif commun, faire vivre la littérature d’expression française dans des milieux où l’anglais domine largement.
L’initiative, organisée en partenariat avec l’Institut français du Canada, l’Ambassade de France et l’Académie Goncourt, regroupe aujourd’hui plusieurs universités dont l’Université de Winnipeg.
Dans le cadre du Choix Goncourt Canada, les membres du jury étudiant doivent lire une sélection de quatre romans finalistes, puis débattre afin de choisir une œuvre qu’ils défendront.
Cette année, les étudiantes ont notamment découvert La nuit au cœur de Natacha Appanah, Kolkhoze d’Emmanuel Carrère, Le Bel Obscur de Caroline Lamarche et La Maison vide de Laurent Mauvignier, tous en lice pour le prix Goncourt 2026.
« C’est la première fois que l’Université de Winnipeg participe, nous sommes la seule université de la province à être engagée dans ce programme », explique la professeure Adina Balint, enseignante de littérature francophone au département de langues et littératures modernes.
Le projet Choix Goncourt Canada s’étend sur toute l’année universitaire et se conclura le 4 mai prochain à Ottawa, à l’Ambassade de France.
À cette occasion, Jazmine Rey Sturk Lussier représentera l’Université de Winnipeg et défendra le choix du jury local, composé d’elle, d’Hannah Louise Bartholomew, de leur camarade Gabrielle Janus.
« L’objectif est de mettre en lumière nos étudiantes et étudiants, mais aussi la littérature d’expression française, souvent peu connue », souligne-t-elle.
Reprendre le goût
Pour Jazmine Rey Sturk Lussier, 24 ans, étudiante à l’Université de Winnipeg en majeure de français et mineure d’espagnol, l’expérience Choix Goncourt s’inscrit dans un parcours personnel marqué par un fort ancrage francophone.
Originaire de Saint-Boniface, elle a fréquenté l’École Taché puis le Collège Louis-Riel avant de passer quelques années en Espagne.
Pourtant, malgré cette proximité avec les espaces francophones, la lecture en français n’allait, elle, pas de soi.
« Je n’ai jamais été une grande lectrice. Au secondaire, j’aimais lire, mais à l’université, comme la plupart de mes cours étaient en anglais, j’ai un peu laissé tomber », confie-t-elle.
Au rythme des lectures, l’initiative lui a permis d’agrandir ses connaissances et d’explorer des auteurs et autrices alors inconnues.
« En tant que femme, j’ai pu créer facilement des liens avec les histoires et les autrices. Ça a validé plusieurs expériences de la vie quotidienne, notamment autour de l’émancipation féminine et identitaire », ajoute-t-elle.
Au-delà du plaisir de lire, l’expérience représente aussi un défi personnel, Jazmine Rey Sturk Lussier partage ne pas avoir toujours été à l’aise à l’oral, là, dit-elle, « avec le fait de ne pas être super forte en lecture et surtout la partie de parler en public, je me suis dit que j’allais me lancer ce défi, et pratiquer un peu plus ».
Un exercice qu’elle a été amenée à réaliser par exemple lors de lectures publiques à l’Alliance Française du Manitoba lors d’une soirée Choix Goncourt le 18 mars.
Découvrir
À 20 ans, Hannah Louise Bartholomew a elle un parcours bien différent de celui de sa camarade. Hannah Louise Bartholomew a appris le français grâce à l’immersion, elle étudie le théâtre à l’Université de Winnipeg, et prend un cours d’introduction à la littérature française avec la professeure Adina Balint.
« Après l’école secondaire, je voulais garder le français dans ma vie, parce que mes études sont surtout en anglais », explique-t-elle.
Pour elle, sa participation au projet Choix Goncourt Canada, c’est aussi l’occasion de se forcer « à lire en français plus souvent, parce qu’il y a de moins en moins de français dans ma vie », dit-elle.
Elle ajoute : « Honnêtement, plus que la lecture, le fait d’avoir besoin de parler plus souvent en français pour participer aux discussions a été très bénéfique ».
Tout comme sa camarade, Hannah Louise Bartholomew a grandement apprécié l’aspect de découverte qui accompagne l’expérience.
Elle mentionne un aspect spécifique car, pour elle « c’était tellement intéressant de lire des livres qui ne sont pas au passé simple, c’est beaucoup plus amusant à lire et plus facile à suivre ».
Dans un environnement où l’anglais est majoritaire, l’usage du français devient souvent situationnel.
« J’ai beaucoup d’amis qui ont étudié en immersion, mais comme on s’est rencontrés en anglais, c’est difficile de changer maintenant », explique-t-elle.
Alliances naturelles
Pour Adina Balint, l’expérience du Choix Goncourt Canada s’inscrit dans une démarche pédagogique et culturelle plus large.
Les étudiantes et étudiants participants ont été recrutés dans ses cours, notamment celui d’introduction aux études littéraires et celui d’écriture contemporaine au féminin.
« Ce sont des cours qui donnent envie de lire et de découvrir la diversité de la littérature francophone. Les étudiants lisent, discutent, analysent la qualité stylistique, les thématiques et la résonance émotionnelle des textes », explique-t-elle.
« Ce sera une belle occasion pour les étudiants de se rencontrer et de parler littérature », souligne la professeure.
Pour Jazmine Rey Sturk Lussier et Hannah Louise Bartholomew, cette expérience marque une étape importante dans leur relation à la langue française.
« La lecture publique est très fréquente en France, explique Adina Balint, mais beaucoup plus rare ici. C’est une façon de transmettre le goût de la littérature et de faire entendre les voix étudiantes ».
« Lire de la littérature, c’est une manière de s’instruire, de s’émanciper et d’être à l’écoute des inégalités dans la société. »
Au-delà de l’évènement lui-même, le Choix Goncourt Canada permet de mettre en lumière, mais aussi d’encourager les collaborations entre institutions, et de renforcer les liens entre les universités anglophones, leurs départements de langue et les espaces francophones.

