Par Sophie Gaulin, directrice et rédactrice en chef de La Liberté.
Il aurait probablement trouvé l’ironie savoureuse. Alors que La Liberté célèbre cette semaine ses 113 ans d’existence, c’est aussi dans cette même édition que nous annonçons le décès de Jean-Pierre Dubé, ancien journaliste, éditorialiste et rédacteur en chef du journal. Un dernier clin d’œil un peu théâtral pour cet homme de lettres taquin, libre d’esprit et profondément attaché à la francophonie qu’il n’a jamais cessé de questionner, de défendre et de pousser vers l’avant.
Jean-Pierre Dubé faisait partie de ces intellectuels rares qui n’avaient pas peur de bousculer les idées reçues. Profondément indépendant dans sa pensée, il abordait des sujets parfois sensibles ou inconfortables avec rigueur, conviction et un désir sincère de faire avancer la réflexion collective. Ses textes, souvent audacieux, témoignaient d’un attachement réel à la francophonie et d’une vision résolument tournée vers l’avenir.
Au fil de sa carrière, il a occupé plusieurs rôles au sein de La Liberté, notamment comme journaliste, éditorialiste et rédacteur en chef, laissant une empreinte durable sur notre journal. Auteur prolifique, il aura également contribué au monde littéraire par ses romans, pièces de théâtre, nouvelles et essais historiques, après avoir commencé sa carrière à Radio-Canada Manitoba.
Lorsque j’ai pris la direction de La Liberté, je lui ai demandé de redevenir éditorialiste au journal. Même lorsque ses prises de position pouvaient faire débat, Jean-Pierre écrivait avec intelligence et une volonté constante de nourrir la conversation plutôt que de la figer.
Comme intervieweur, il n’était pas toujours le plus facile. Il savait poser les questions difficiles, celles qui obligent à réfléchir et à sortir des réponses convenues. Mais il le faisait avec une curiosité authentique et une humanité qui inspiraient le respect, et souvent même l’amitié.
Toute l’équipe de La Liberté, ainsi que son conseil d’administration, offrent leurs plus sincères condoléances à la famille de Jean-Pierre Dubé, à ses proches et à ses nombreux amis.
Au fond, il était peut-être écrit que Jean-Pierre Dubé ferait un ultime passage dans les pages de La Liberté précisément pour ses 113 ans, histoire de nous rappeler que les journaux vivent aussi à travers celles et ceux qui les ont façonnés.

