Intitulé La transformation numérique des PME à l’ère de l’intelligence artificielle, un récent rapport de la Banque de développement du Canada (BDC) analyse l’accélération de la transformation numérique et de l’intelligence artificielle au sein des PME canadiennes.

L’étude révèle notamment que si l’ensemble des PME canadiennes atteignaient un niveau de maturité numérique très élevé, le PIB du Canada pourrait croître de près de 14 %, soit une injection de 350 milliards $ dans l’économie.

Une utilisation intensive des technologies permettrait au Canada de passer du 19e au 13e rang mondial du PIB par habitant, réduisant d’un tiers l’écart avec les États-Unis, est-il aussi indiqué.

Mais, bien que 96 % des PME aient désormais adopté au moins une technologie numérique, la maturité globale reste insuffisante : moins d’un quart (23 %) des entreprises affichent un score de maturité élevé ou très élevé. 

Une maturité numérique à développer

À noter que l’étude définit explicitement le concept de maturité numérique comme étant le niveau auquel une entreprise utilise le numérique de façon structurée, intégrée et efficace.

Même si les PME canadiennes semblent accuser un retard technologique par rapport à d’autres pays, il est encore tout à fait possible de réduire la différence, explique Pierre Cléroux, vice-président et économiste en chef de la Banque de développement du Canada (BDC).

« C’est clair qu’au Canada, notre niveau de productivité est plus bas qu’aux États-Unis et aussi que la moyenne des pays développés de l’OCDE. Donc, on est en retard.

« Mais je pense que là, on a une belle opportunité parce que l’IA est un outil fort intéressant pour améliorer sa productivité. L’étude le démontre très bien.

« Les entreprises qui utilisent l’intelligence artificielle en voient les bénéfices, voient une augmentation de productivité. Ce qu’il faut, c’est de convaincre davantage les entreprises de l’utiliser. »

En poussant plus d’entreprises à se développer technologiquement, le rattrapage peut se faire rapidement, affirme Pierre Cléroux.

« La bonne nouvelle, c’est qu’avec l’intelligence artificielle, on peut le faire assez rapidement. Ce sont des technologies qui sont accessibles, qui ne demandent pas des moyens de financiers extraordinaires.

« Il y a à peu près 30 % des entreprises au Canada qui utilisent l’intelligence artificielle. Quand on leur demande s’ils sont satisfaits, la satisfaction est très élevée et 75 % disent qu’ils vont investir davantage. Donc, ces gens-là sont convaincus. Il faut amener d’autres entreprises à investir. »

Les entreprises ont-elles besoin d’investir beaucoup pour être compétitives?

Le budget médian dans l’investissement d’outils numériques est de 2 500 $, mais il varie de quelques centaines de dollars pour les microentreprises à plusieurs millions pour les entreprises de plus de 100 employés, souligne l’étude.

Les coûts qui peuvent être élevés sont l’un des obstacles à l’adoption de certains de ces outils.

« Chaque entreprise a ses défis. Et c’est dans ce contexte-là qu’il faut investir pour améliorer l’entreprise.

« On peut commencer petit. Nos experts disent que le plus important, c’est de commencer par un projet, en faire un succès, avancer vers un autre projet.

« Dans une étude précédente, on s’est aperçu que les chatbots était l’investissement numéro un des PME au Canada. Donc, on peut investir dans un chatbot pour 500 $. Bien sûr, on peut avoir un meilleur système pour 10 000 $.

« Mais mon point ici c’est que l’on parle d’investissement qui reste raisonnable pour une PME. »

Développer la maturité numérique des entreprises peut-il engendrer une perte d’emplois? Cette question est surveillée de près par la BDC, dit Pierre Cléroux.

« Jusqu’à maintenant, on n’a pas vu de perte d’emploi dans aucun secteur relié à l’IA. Nous sommes au début de ce changement-là.

« Mais, notre expérience dans l’adoption des technologies passées, c’est que les entreprises qui investissent beaucoup assurent une croissance. Ils ont une meilleure croissance parce qu’ils deviennent plus compétitifs. Et ces entreprises-là, rarement, font des mises à pied.

« Peut-être qu’ils n’embaucheront pas autant pour assurer leur croissance que dans le passé, mais ce qu’on a remarqué c’est que les entreprises qui font des mises à pied sont celles qui n’investissent pas en technologie et qui perdent du terrain. »