À un an des élections provinciales, les politologues Raymond Hébert et Christopher Adams font le point sur les enjeux de cette rentrée parlementaire.

Ce 29 septembre à 10 h, les députés provinciaux seront de retour sur les bancs de l’Assemblée législative du Manitoba.

À l’approche de la fin de son mandat, il reste peu de temps au gouvernement de Wab Kinew pour concrétiser ses projets avant les élections provinciales de 2027.

Le premier ministre néo-démocrate bénéficie toujours d’une importante popularité : 63 % d’approbation dans le dernier sondage de l’Institut Angus Reid.

Après trois ans au pouvoir, cette popularité ne relève plus seulement de l’effet de nouveauté, selon Raymond Hébert, professeur émérite de sciences politiques de l’Université de Saint-Boniface.

« Ce n’est pas un hasard […] Je pense que c’est dû de plus en plus à ses habiletés politiques. »

Alors que l’heure du bilan approche, plusieurs enjeux attendent le gouvernement.

« Le NPD avait beaucoup de promesses […] Il a pu en tenir certaines, mais savoir si elles ont eu beaucoup d’effet est une autre question », nuance Christopher Adams, professeur associé en science politique à l’Université du Manitoba.

Des progrès encore à mesurer

En 2023, la santé occupait une place centrale dans les promesses du NPD, avec l’engagement de « réparer » le système. Trois ans plus tard, les deux politologues constatent des avancées.

« La situation s’est améliorée, mais ce n’est pas réglé », estime Christopher Adams, qui pointe les temps d’attente aux urgences et pour certaines chirurgies.

Raymond Hébert relève des améliorations « dans certains secteurs de la santé » et les augmentations d’effectifs mises de l’avant par le gouvernement, mais souligne le défi de la rétention.

« En ce qui a trait aux médecins, on en perd presque autant qu’on en gagne », avance-t-il.

Face à un système « extrêmement complexe », il juge le bilan « relativement positif, mais avec un bémol », rappelant qu’il n’existe « pas vraiment de solution magique ».

Tous deux constatent aussi certains progrès en matière de lutte contre l’itinérance.

Christopher Adams évoquant une diminution de certains campements et Raymond Hébert des résultats « modestes » de la collaboration entre la Ville et la Province.

Raymond Hébert est professeur émérite de sciences politiques à l’Université de Saint-Boniface.
Raymond Hébert est professeur émérite de sciences politiques à l’Université de Saint-Boniface. (photo : Marta Guerrero)

Le retour à l’équilibre en question

Une autre promesse, celle du retour à l’équilibre des finances publiques, reste à concrétiser.

Après un déficit estimé à 1,67 milliard $ en 2025-2026, le Budget 2026 prévoit 498 millions cette année, puis un léger surplus de 8 millions en 2027-2028 (1).

Une trajectoire qui laisse les deux politologues sceptiques.

« Je ne vois vraiment pas comment ils vont réussir à équilibrer le budget dans les délais qu’ils avaient promis », estime Christopher Adams, qui souligne les dépenses imprévues liées aux incendies et aux inondations.

Il note aussi une différence d’approche avec le précédent gouvernement, Brian Pallister ayant fait du déficit une priorité.

Raymond Hébert considère que le gouvernement n’a « pas vraiment montré de signes majeurs d’un virage » vers l’équilibre.

Malgré l’accent plus social du parti, il rappelle que NPD et rigueur budgétaire ne sont pas incompatibles, citant notamment l’exemple de Gary Doer.

« Ce serait souhaité que Wab Kinew prenne une leçon de son ancêtre politique », lance-t-il.

Le budget du printemps 2027 sera d’ailleurs le dernier avant l’élection.

Or, selon Raymond Hébert, la fin d’un mandat est rarement propice aux décisions budgétaires difficiles : « On devient peut-être un peu plus généreux […] pour mettre les chances de son côté au moment des élections. »

Les enjeux face à l’opposition

L’économie, notamment les tarifs et les tensions commerciales avec les États-Unis, devrait occuper une place importante dans les débats de cette rentrée. Raymond Hébert s’attend à ce que les tarifs aient un impact limité au Manitoba.

Il juge par ailleurs Wab Kinew habile de s’être inscrit dans la stratégie de développement économique de Mark Carney, notamment autour de Churchill et des ressources minières.

« C’est certain que ce sera un cheval de bataille de l’opposition, tout comme le déficit », souligne-t-il cependant, ajoutant que la santé et la criminalité devraient aussi alimenter les critiques.

Les deux analystes s’attendent à voir se poursuivre les tensions entre Wab Kinew et Obby Khan, chef de l’opposition progressiste-conservatrice.

« Cela a créé un climat un peu toxique à l’Assemblée […] principalement en raison de l’animosité entre les deux dirigeants », estime Christopher Adams.

Au-delà de ces enjeux, le parti doit aussi composer avec des divisions internes. Selon Christopher Adams, Obby Khan doit encore consolider son soutien dans le parti.

« Ce parti doit apprendre à travailler ensemble », résume-t-il. Pour Raymond Hébert, il a encore « du boulot à faire » avant 2027.

Christopher Adams est professeur associé en science politique à l’Université du Manitoba.
Christopher Adams est professeur associé en science politique à l’Université du Manitoba. (photo : Marta Guerrero)

Un calendrier électoral qui se resserre

À quelques semaines des élections municipales, les deux politologues s’accordent pour dire qu’un changement à la mairie ne devrait pas remettre en cause les collaborations entre la Ville et la Province.

Même dans l’éventualité d’un Kevin Klein à la mairie, Raymond Hébert pense qu’il « serait pragmatique » et ne chercherait pas à « saboter des ententes de collaboration qui existent déjà ».

Quant à l’hypothèse d’une élection provinciale anticipée, ni l’un ni l’autre n’en voit la nécessité.

Christopher Adams estime que le scrutin municipal complique une élection cet automne. Un déclenchement au printemps lui paraît tout aussi peu justifié : « Pourquoi aller aux urnes en avril quand on peut simplement attendre six mois? »

À un an de l’échéance prévue, Raymond Hébert arrive à la même conclusion :

« Il n’y a rien qui presse. »

(1) À noter que les comptes publics audités de 2025-2026, présentés le 21 septembre, font état d’un déficit de 832 millions $, conforme à l’estimation de 794 millions $ du Budget de 2026. 

Initiative de journalisme local