Par Mathieu GORSE avec Ben SIMON à Toronto
Mark Carney ne cesse d’appeler à l’union de “l’équipe du Canada” face aux coups de boutoir de l’administration Trump. Mais le message du Premier ministre canadien pourrait se retrouver fragilisé après la victoire électorale des indépendantistes au Québec.
Le Parti québécois, qui prône l’indépendance du Québec, a remporté lundi les élections dans la province francophone peuplée de 9 millions d’habitants.
Et son chef Paul St-Pierre Plamondon, qui sera bientôt à la tête du gouvernement provincial, promet d’organiser un nouveau référendum sur une séparation du Canada après le départ de Donald Trump de la Maison Blanche début 2029.
“La courageuse lutte des francophones en Amérique pour perdurer dans leurs différences culturelles trouvera un sens lorsque ce peuple obtiendra son pays”, a-t-il martelé lundi soir, devant des militants de son parti brandissant pour certains des pancartes frappées du “oui” à l’indépendance.
Cette consultation est loin d’être garantie car son gouvernement minoritaire devra survivre jusque-là. Mais s’il y parvient, il pourrait compter sur l’appui d’une autre formation séparatiste de gauche pour organiser un tel référendum qui serait le troisième de l’histoire du Québec après ceux de 1980 et de 1995.
Le dernier avait été perdu de peu par les partisans de l’indépendance mais selon de récents sondages, l’adhésion à l’indépendance stagne actuellement autour de 30% au Québec.
– “Nouveau chapitre mouvementé” –
Que ce référendum ait lieu ou pas, la victoire du Parti québécois (PQ), qui n’avait plus été au pouvoir depuis douze ans, relance le débat sur l’unité nationale au Canada, pays majoritairement anglophone.
“Le PQ est de retour. Que vous le vouliez ou non, le Canada devra se préparer à un nouveau chapitre mouvementé sur la question de l’unité nationale”, souligne mardi The Globe and Mail, quotidien de référence basé dans la métropole anglophone de Toronto, la plus peuplée du Canada.
Tentant de rassurer les autres provinces du “Canada anglais”, Paul St-Pierre Plamondon, surnommé “PSPP”, a affirmé que le “projet d’indépendance” n’était “pas construit contre” elles. Il a aussi prononcé quelques mots en anglais à l’adresse des Québécois anglophones pour leur promettre qu’il serait “le Premier ministre de tout le monde”.
Intrinsèque à l’histoire du Canada, ce débat est relancé au pire moment pour le gouvernement fédéral de Mark Carney.
Le conflit commercial avec les États-Unis, dont le Canada est très dépendant économiquement, s’est envenimé depuis la fin du mois d’août et aucune issue ne semble se dessiner.
Dans ce contexte, M. Carney, très populaire dans le pays, tente depuis l’an dernier de réorienter à marche forcée le Canada et son économie.
Et dans ce pays fédéral, des relations difficiles avec un gouvernement provincial, doté d’énormément d’autonomie sur des compétences clés, lui compliqueraient la tâche. Sa volonté d’accélérer la transformation de l’économie commence aussi à susciter une certaine opposition des communautés autochtones, opposées à un projet majeur d’oléoduc, et de syndicats, critiques à l’égard d’une réforme du code du travail examinée par le Parlement.
– “Attendre” –
Parallèlement, un autre front séparatiste s’est ouvert dans l’Alberta (ouest). Les habitants de cette riche province pétrolière voteront le 19 octobre pour décider s’ils souhaitent rester au sein du Canada ou s’ils veulent organiser un futur référendum sur l’indépendance. Selon les sondages, ce référendum, soutenu par un quart des électeurs de la province, semble toutefois avoir peu de chances de voir le jour.
Pour Errol Mendes, professeur de droit à l’université d’Ottawa, la meilleure chose à faire pour Mark Carney est d’attendre.
Au Québec, “PSPP” “n’est pas aussi fort qu’il l’aurait souhaité” et “la plupart des experts disent qu’il ne tiendra pas plus de deux ans vu qu’il est minoritaire. Carney peut donc simplement attendre qu’il s’en aille”, dit-il.
Mais le Premier ministre a souligné lui-même mardi qu’il n’avait pas de temps à perdre. “C’est un moment crucial pour notre pays, c’est un moment crucial pour le Québec. Ce n’est pas le moment d’attendre plusieurs années mais le moment d’agir”, a-t-il insisté.
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