Le document couvre la dernière année en poste de Raymond Théberge, à qui Kelly Burke a succédé le 30 mars 2026.
Parmi les faits saillants à retenir : 4 110 plaintes jugées ont été jugées recevables en 2025-2026, contre 1 163 l’année précédente, selon le rapport 2024-2025.
Les plaintes liées aux services au public (partie IV de la Loi) passent de 766 à 3 632, une envolée en partie attribuable à la controverse déclenchée en mars 2026 par la vidéo de condoléances, presque exclusivement en anglais, du chef de la direction d’Air Canada après l’accident de l’aéroport LaGuardia, qui a coûté la vie à deux pilotes.
Au sujet du dirigeant d’Air Canada : « Cette situation illustre que le bilinguisme est une compétence essentielle pour tout leader, que ce soit en politique, dans la fonction publique fédérale ou même dans le secteur privé », a commenté Kelly Burke.
Hausse des plaintes
Au Manitoba, les plaintes recevables grimpent de 18 à 28 (dont 20 pour les services au public, 4 pour la langue de travail et 4 pour la partie VII).
Sur dix ans, le Manitoba oscillait entre 9 et 25 plaintes par année, ce qui fait de 2025-2026 un sommet pour la province.
« Cela dit, soyons clairs, la législation ne peut à elle seule garantir le respect des droits linguistiques. Les institutions fédérales doivent traduire nos obligations en gestes concrets », a insisté Kelly Burke.
« Les 4 110 plaintes recevables déposées au Commissariat en 2025-2026 nous signalent d’ailleurs que des problèmes de conformité persistent et qu’il faut agir pour y remédier. »
Trois avant-projets de règlements découlant de la Loi modernisée ont été déposés, sur les sanctions administratives pécuniaires, l’égalité de statut et d’usage du français et de l’anglais et l’usage du français dans les entreprises privées de compétence fédérale.
Mais la commissaire juge qu’ils présentent, en l’état, « de sérieuses limites ».
« Les attentes sont élevées et il est crucial que ces règlements soient clairs, précis, pratiques et cohérents, afin de bien faire du premier coup », a-t-elle souligné.
La place centrale de la langue de travail
Le Commissariat a reçu 73 plaintes visant la formation des employés fédéraux, surtout le manque de ressources d’apprentissage en français, ainsi que des séances d’information et des discours tenus presque uniquement dans une seule langue.
« La récurrence de ce genre d’incidents, année après année, démontre le réel besoin de renforcer les connaissances des gestionnaires de la fonction publique en ce qui a trait à leurs obligations en matière de langue de travail », a expliqué Kelly Burke, qui recommande au Secrétariat du Conseil du Trésor de rendre obligatoire, d’ici le 31 mars 2028, la formation FON 413 de l’École de la fonction publique du Canada pour les gestionnaires.
L’intelligence artificielle, dossier majeur
La commissaire demande au Secrétariat du Conseil du Trésor d’intégrer les langues officielles, d’ici le 31 mars 2027, à sa stratégie en matière d’intelligence artificielle pour la fonction publique.
« Bien utiliser, cette technologie offre des possibilités intéressantes pour l’apprentissage des langues, la traduction et l’interprétation. Elle ne doit cependant jamais affaiblir la qualité des services dans les deux langues officielles, ni servir de solution pour contourner les obligations linguistiques au gouvernement fédéral », a-t-elle averti.
Dans le rapport 2024-2025, Raymond Théberge rappelait déjà « le risque que l’utilisation de l’IA relègue les perspectives et les réalités francophones au second plan, compte tenu de la nature majoritairement anglophone des sources Internet utilisées. »
Rapidement après la publication de ce rapport, la Fédération des communautés francophones et acadienne (FCFA) du Canada a partagé une première réaction.
« On a voulu la modernisation de la Loi sur les langues officielles pour qu’elle soit enfin pleinement respectée, et trois ans plus tard, on a l’impression que plusieurs dans l’appareil fédéral ne comprennent toujours pas leurs obligations linguistiques. La commissaire Burke a raison, les gestionnaires fédéraux ont besoin d’une formation sur ces obligations et ça presse », a déclaré sa présidente, Liane Roy, qui relève aussi que le projet de loi omnibus C-39, Loi visant à bâtir un Canada fort, ne mentionne jamais les langues officielles.
« C’est un de ces projets de loi qui va générer des mégaprojets dont nos communautés seront malheureusement absentes si rien n’est fait. C’est comme si on était sur le quai à regarder le bateau passer », a illustré la présidente de la FCFA.
Kelly Burke a, par ailleurs, indiqué qu’elle publiera en 2027 un état des lieux des communautés de langue officielle en situation minoritaire.




