Récipiendaire du prix « Une étoile montante » de la Société Santé en français, Pierre Beaudoin a consacré 25 ans de sa vie à faire du bénévolat pour favoriser l’accès aux services de santé en français et l’épanouissement de la francophonie manitobaine dans sa communauté.

Cette reconnaissance vise à mettre en valeur une personne qui, par ses interventions, a démontré un engagement exceptionnel pour le développement de la santé en français et un leadership prometteur dans son milieu.

C’est avec beaucoup d’humilité que Pierre Beaudoin, enseignant, leader communautaire a accueilli cette reconnaissance.

Lorsqu’on lui a proposé de soumettre sa candidature, sa première réaction a été de s’interroger sur les raisons de ce choix.

« Quand on (Santé en français) m’a contacté pour voir si on pouvait soumettre mon nom. J’ai dit : Pourquoi moi? Parce qu’évidemment, il y a beaucoup, beaucoup de personnes qui ont joué dans le même patelin que moi. Puis, ils le méritent tout autant. Mais enfin, c’est mon nom qu’on a soumis. Et j’ai été flatté, très honoré, mais de façon très humble », dit-il en souriant.

Derrière cette modestie se trouve pourtant un long parcours d’engagement communautaire, particulièrement dans le sud-est du Manitoba, à l’est de la rivière Rouge.

Son implication dans le domaine de la santé en français commence en 2001, alors qu’il est déjà à la retraite. Il est alors approché par Edmond Labossière, président de la table de concertation régionale rurale du Sud, qui voit en lui une personne compétente et disponible.

« On m’a un peu approché pour siéger, représenter la communauté. Et Dieu sait que les services en français ne pleuvaient pas, se remémore-t-il. J’avais pour rôle de refléter la réalité, les besoins qui se font sentir dans le domaine de la santé en français, c’est-à-dire, le service dans tous les domaines. Que ce soit santé médicale, santé mentale… », énumère-t-il.

À cette époque, l’un des principaux obstacles est aussi la réticence d’une partie des francophones de la région, qui craignent notamment de déplaire aux anglophones.

« Alors, avec une équipe assez chevronnée, on a réussi à travers des études à démontrer qu’il y avait un réel besoin pour offrir des services en français. D’abord, qu’on y avait droit, mais aussi qu’on devait avoir des services égaux et équitables que la population anglophone ou autre. Et petit à petit, en travaillant d’arrache-pied, on y est arrivé », se réjouit-il.

Au fil des années, son engagement contribue notamment à l’établissement de deux centres de santé francophones à Sainte-Agathe et à La Broquerie, au Manitoba.

« Celui à Sainte-Agathe, c’est une clinique qui fonctionne actuellement offrant ces services », se félicite-t-il.

De 2005 à 2021, Pierre Beaudoin siège également au conseil d’administration du Conseil communauté en santé du Manitoba (CCS), devenu par la suite Santé en français où il a occupé notamment les fonctions de secrétaire et de vice-président.

« De la table de consultation, à un moment donné, on m’a demandé si je voulais siéger au conseil d’administration de ce qui est maintenant Santé en français au Manitoba, et j’ai accepté. Et petit à petit, à un moment donné, j’ai abouti à la Société Santé en français, au national, comme représentant du Manitoba, toujours à titre de représentant communautaire. »

Vingt-cinq années de bénévolat qui, selon lui, commencent à porter leurs fruits.

« Je pense que ça a payé parce qu’en fin de compte, ce n’était pas pour moi. C’était pour la population générale. Et on commence à voir des changements. Ce n’est pas parfait, évidemment », explique-t-il.

Son engagement ne s’est pas limité à la représentation communautaire.

Pendant la pandémie, en 2020, il continue notamment à enseigner le français à des professionnels de la santé afin de les aider à mieux servir les patients francophones.

« C’est qu’à ce moment-là, on se rendait compte que si on veut avoir des personnes qui puissent offrir un service en français, il faut les outiller. Surtout, ceux qui sont anglophones et qui ne sont pas nécessairement à l’aise pour accueillir la personne en français. Il faut les outiller pour être capable de s’adresser avec les bons mots, les bons termes et poser des bonnes questions pour diriger la personne au bon endroit. On a commencé avec des professionnels du centre St. Amant, de Selkirk », se souvient-il.

Son engagement pour la francophonie dépasse toutefois le domaine de la santé.

Pierre Beaudoin a, entre autres, siégé sur le Bureau des gouverneurs du Collège universitaire de Saint-Boniface (CUSB), dont quatre ans à titre de président et s’est dévoué aussi à la promotion du Festival du Voyageur dès ses débuts.

« Nous étions cinq. Et nous suivions Georges Forest partout dans la province où on allait faire la promotion du festival. Le tout, tout, tout premier en 1970! »

À 80 ans, Pierre Beaudoin promet de toujours se rendre utile  : « Là où je peux encourager, je peux participer, je veux le faire parce que c’est important. »