Le 7 octobre dernier, Monique Ducharme s’est éteinte à l’âge de 78 ans, après un long combat contre la maladie.
Son mari, Hubert Gauthier, garde le souvenir d’une femme généreuse et résiliente, restée attachée au Manitoba malgré son départ pour l’Est.
Sa mémoire se perpétue à travers le Fonds Monique Ducharme, qui continuera à aider les femmes francophones du Manitoba pour longtemps encore.
« Monique, c’était une fille qui aimait la vie avec une passion », se souvient son mari, Hubert Gauthier.
Depuis son décès, l’ancien président-directeur général de l’Hôpital Saint-Boniface dit avoir reçu des messages de partout au pays.
Des témoignages qui reflètent, à ses yeux, la personnalité de son épouse : « Elle était une femme authentique, une femme forte, qui savait créer des liens durables avec les gens. »
La vie du couple s’est partagée entre plusieurs villes.
« On s’est promené beaucoup de Winnipeg à Ottawa, d’Ottawa à Québec, à Montréal, de retour à Winnipeg, de retour à Montréal », raconte Hubert Gauthier.
À chaque déménagement, Monique devait recommencer sa carrière professionnelle. Selon son mari, elle trouvait malgré tout toujours un travail à son goût, « tout en élevant nos deux garçons, Christian et Sylvain ».
La maladie s’est imposée dans la vie de Monique Ducharme au tournant des années 2000, alors qu’elle vivait à Winnipeg, raconte-t-il.
Ses problèmes de foie amèneront le couple à Montréal pour qu’elle puisse recevoir une greffe en 2013, qui ne mettra malheureusement pas fin à ses problèmes de santé.
« Son désir de vivre était incroyable, la résilience dont elle a fait preuve aussi, je pense, n’a laissé personne indifférent. »
Elle avait décidé d’arrêter ses traitements, explique Hubert Gauthier, et a terminé ses jours en soins palliatifs à Montréal.
Malgré leur peine, lui et sa famille sont « soulagés qu’elle ne souffre plus maintenant ».
La musique occupait une place centrale dans la vie de feue Monique Ducharme.
« C’était une artiste dans l’âme », décrit son mari.
Avant leur mariage, dans les années 60, elle chantait dans les premières boîtes à chanson franco-manitobaines, raconte Hubert Gauthier.
La Franco-Manitobaine avait d’ailleurs représenté le Manitoba au festival de Granby, où elle avait terminé deuxième de la catégorie interprète.
En 1974, elle avait chanté à la cérémonie d’ouverture du Centre culturel franco-manitobain, moment dont Hubert Gauthier a retrouvé un enregistrement.
« Elle avait chanté entre autres une chanson de Daniel Lavoie, Ma mère avait rêvé. Quand je veux me remémorer Monique, je regarde ça, et ça me touche beaucoup », confie-t-il, ému.
Engagée pour les Manitobaines francophones
Son rêve, elle l’a réalisé en 2007 en enregistrant un disque.
Le couple se demandait alors qu’en faire. C’est là qu’est née l’idée d’en consacrer les profits à la création du Fonds Monique Ducharme.
« Monique voulait absolument que ce soit un fonds pour les femmes francophones du Manitoba, même si on demeurait dans l’Est. On avait quand même, elle et moi, des racines assez profondes au Manitoba. »
D’abord lancé avec Pluri-elles chez Francofonds, le fonds sera réaménagé en 2021, cette fois au profit du Centre de santé Saint-Boniface.
Stéphanie Roy, directrice générale de l’organisme, raconte avoir été approchée en 2020 par Hubert Gauthier, alors que le couple se trouvait à Montréal.
Dans sa première formule, le Fonds Mon Rêve–Monique Ducharme visait à réaliser les rêves de femmes qui n’en avaient pas les moyens.
« On a pu réaliser plusieurs petits rêves dans les deux premières années. […] Ce n’était pas quelque chose qui était gérable pour nous autres à long terme de cette façon-là. »
Un soutien concret
Le fonds porte désormais le nom de Monique Ducharme – Santé et Bien-être et vise à aider le plus grand nombre de femmes possible.
« Hubert et Monique croyaient tellement à ce fonds-là », raconte-t-elle.
Ils y ont versé 100 000 $ de leur propre argent. En plus de cet apport, Hubert Gauthier avait réalisé une collecte de fonds en parcourant 5 000 km de Vancouver à Montréal à vélo, accompagné de Monique en véhicule récréatif.
« On a ramassé 55 000 $, même si Francofonds marquent 35 000 $ », affirme-t-il.
Les revenus générés par le fonds, dont le capital dépasse aujourd’hui 255 000 $ grâces aux contributions de la communauté, permettent de financer des activités pour la santé des femmes francophones de la province.
Le 6 octobre dernier, le Centre de santé Saint-Boniface a ainsi organisé une journée sur la santé des femmes entièrement gratuite, construite à partir des besoins exprimés par les concernées.
« On a eu 75 femmes qui sont passées à travers la journée, avec des activités allant de l’allaitement jusqu’à la ménopause, des conversations, des rencontres, des dépistages, des tests que certaines femmes n’ont jamais eus. »
Une autre journée est prévue le 16 mars prochain, à l’occasion de la Journée internationale des femmes du 8 mars.
Alors que Monique Ducharme laisse derrière elle ce legs aux femmes de la province, Stéphanie Roy se rappelle « une personne profondément chaleureuse, remplie d’amour ».
Après 58 ans de mariage, Hubert Gauthier perd une « compagne de vie très précieuse », dont il retient la générosité et le courage.
« Elle nous laisse, je dirais, un héritage d’amour. »



