L’organisme, qui rejoint aujourd’hui près de 700 élèves, mise sur une conviction simple : aider les jeunes à s’imaginer un avenir sans limites.

En novembre 2026, l’organisme de charité CanU célébrera 15 ans d’activité autour d’un seul objectif : encourager les jeunes à poursuivre des études. Roger Berrington, fondateur et directeur général de CanU, se souvient :

« J’avais fait du bénévolat dans plusieurs écoles de Winnipeg et j’avais constaté dans certaines écoles des défis pour que les jeunes atteignent leur plein potentiel. J’ai donc démarré un petit programme après l’école, les Clubs Running and Reading (Course et Lecture), dans trois écoles de Winnipeg et trois du Nord.

« Mais je comptais sur les étudiants universitaires pour être mentors et animateurs bénévoles et après quelques années, c’est devenu difficile de les faire venir. »

Il repense alors son problème à l’envers : « Je me suis dit : Si je ne peux pas amener les étudiants vers les enfants dans les écoles, pourquoi ne pas amener les enfants aux étudiants dans les universités? C’est ainsi que CanU est né. »

Avec CanU, les enfants participants ont donc l’occasion de goûter à la vie universitaire, puisque tout se déroule à l’université.

« Pour certains, c’est la première fois qu’ils vont à l’université. C’est l’opportunité de se projeter dans leur avenir, de s’imaginer eux aussi étudiants plus tard. »

Roger Berrington a commencé avec les écoles dans lesquelles il offrait déjà son programme.

Avec l’aide des directions d’écoles, il a identifié 18 jeunes qui pourraient bénéficier de CanU, emprunté un autobus, et régulièrement emmené les participants sur le campus de l’Université du Manitoba pendant toute une année.

« Avec les jeunes, on fait de l’activité physique. J’avais demandé à l’équipe étudiante d’athlétisme de créer puis animer un programme d’exercice pour eux au Centre Max Bell. Les enfants ont vraiment aimé ça! »

Le deuxième volet, c’est la nutrition. « Je savais qu’il faudrait nourrir ces jeunes, leur offrir à souper. Pourquoi ne pas en faire une occasion pour eux d’en apprendre plus sur la nutrition et comment manger sainement?

« Avec l’aide d’étudiants, j’ai donc créé un programme de nutrition où les jeunes apprennent l’hygiène alimentaire, et comment utiliser des ustensiles de cuisine et préparer des plats sains. »

Le troisième et dernier objectif de CanU, c’est d’améliorer chez les jeunes participants la confiance en leurs capacités scolaires, pour qu’ils voient les études universitaires comme pleinement accessibles après leur scolarité.

« J’ai donc créé un genre de club de devoirs après le dîner, animé par des étudiants en éducation. Un atout pour les jeunes, mais aussi pour les étudiants, futurs enseignants, qui peuvent en profitent pour développer leur leadership auprès des jeunes! »

Dès la première année, environ 60 étudiants se sont portés bénévoles pour contribuer à l’un ou l’autre des volets de CanU.

Pour qui?

Depuis le début, le partenariat entre CanU et les écoles participantes est au cœur du système. « Ce sont les écoles qui identifient leurs élèves qui bénéficieraient le plus de nos services, explique Roger Berrington. On commence dès la 5e année, jusqu’à la 12e année. Donc les écoles proposent, ensuite il y a un processus de sélection. Chaque école a un certain nombre de places attribuées.

« Une fois qu’un jeune est entré dans le programme, il peut continuer CanU chaque année jusqu’à sa graduation. Certains d’entre eux passent donc huit ans avec nous! Parmi ceux qui ont passé quatre ans ou plus avec nous, on a un taux de réussite scolaire de 100 % en fin de 12e année », lance Roger Berrington fièrement.

Aujourd’hui, plus de 800 étudiants sont impliqués dans le bon déroulement de CanU d’une façon ou d’une autre, bénévolement.

CanU rejoint près de 700 élèves de 82 écoles de Winnipeg, dont quatre de la Division scolaire franco-manitobaine : les Écoles Précieux-Sang, Taché, DSFM Saint-Boniface et le Collège Louis-Riel.

Intervenant pour les nouveaux arrivants à l’École Taché depuis trois ans, Santiago Perez Bedoya fait le lien entre les élèves de son école et CanU.

« Je fais la sélection des élèves pour CanU avec ma direction, je les aide à remplir les formulaires pour s’inscrire, puis je fais un suivi chaque semaine avec chacun.

« Je constate que CanU les rassure beaucoup au niveau linguistique. Ça leur permet de développer leurs compétences en anglais. Je vois aussi qu’ils ont plus de confiance à s’exprimer et qu’ils sont plus engagés dans leur travail.

« Ça leur permet également de créer des liens d’autres personnes, se faire des amis, et de découvrir d’autres endroits de Winnipeg ou faire des activités nouvelles pour eux. Les élèves sont vraiment très contents de leur expérience. Notre bilan de CanU est très positif. »

D’ailleurs, l’École Taché, qui peut aujourd’hui envoyer 14 élèves de 5e ou 6e année à CanU, demande chaque année à obtenir plus de places.

Roger Berrington reprend : « On a embauché un jeune homme de la Côte d’Ivoire, Diwan Oulai, pour approfondir notre partenariat avec les écoles françaises et mieux soutenir les élèves de langue française. »

Notons que CanU n’est aujourd’hui dispensé qu’en anglais, « mais les élèves francophones ont des mentors francophones ou bilingues. Et si un jour on pouvait développer un CanU en français, peut-être à l’Université de Saint-Boniface, ce serait un excellent ajout! »

Grâce aux collectes de fonds et aux dons reçus, le programme est gratuit pour tous les participants, y compris le dîner offert. En juin 2026, Réseau Compassion Network a partagé 1 million $ entre deux organismes bénéficiaires, dont CanU.

« Ce don généreux va nous permettre de faire de la recherche et développer d’autres programmes et services qui répondront encore mieux aux besoins. Nous en sommes très reconnaissants. »

Le programme CanU est organisé tout au long de l’année, une fois par semaine, en quatre sessions saisonnières. Il y a quatre cohortes : 5e-6e année, 7e-8e année, 9e-10e année, et 11e-12e année, et chacune suit une programmation adaptée.

« Les cohortes plus jeunes touchent un peu à tout, et plus l’âge augmente, plus la programmation dépend des intérêts des jeunes. Les 11e-12e années font aussi un focus sur le leadership communautaire, avec notamment la possibilité de devenir des mentors juniors bénévoles de CanU auprès de la cohorte des 5e-6e années. »

Par ailleurs, CanU se déplacera aussi dans les écoles cette année, avec une nouvelle initiative de théâtre jeunesse et un nouveau programme de développement personnel pour les jeunes. « L’objectif est d’aider les jeunes à mieux se connaître, explorer leur identité, leurs forces. »

Impacts multiples

Outre l’impact positif sur la réussite scolaire et les capacités de leadership, CanU apporte aussi un soutien financier aux familles. En effet, l’organisme distribue chaque année des bourses à certains participants.

Mais le plus important selon le fondateur, c’est son impact psychologique. « CanU, c’est l’université des possibles. On aide les jeunes à penser l’avenir de façon optimiste. Ceux qui y participent en ressortent avec des niveaux plus élevés de joie, d’espoir, de succès ressenti, de confiance en eux. Ils ont augmenté leur capital psychologique, et ça fait la différence pour leur avenir. »

Concrètement, ce sont des jeunes qui « n’ont plus peur de s’exprimer, d’essayer de nouvelles choses, de chasser leurs rêves. Les parents m’assurent souvent que leur enfant a changé, qu’il a gagné en confiance ».

Un ancien participant, Brett, le confirme dans une lettre : « CanU a façonné la personne que je suis aujourd’hui. […] C’est l’endroit où j’ai trouvé ma voix et ma confiance. […] Récemment, je me suis tenu devant plus de 800 personnes de la communauté et j’ai parlé avec confiance.

« Ce moment n’est pas arrivé par hasard. C’est petit à petit, chaque jeudi à CanU, qu’il est devenu possible. Grâce aux mentors qui m’ont encouragé et à un programme qui a cru que j’étais capable de faire plus. […] Quoi que je fasse dans ma vie, je sais que cette confiance que j’ai acquise à CanU me restera. »

Autre preuve tangible, 85 % des participants de longue durée de CanU poursuivent ensuite des études universitaires, incluant en ingénierie ou sciences médicales.

« Ils ne se ferment aucune porte, se réjouit Roger Berrington. Certains de nos jeunes ont eu des parcours vraiment incroyables après CanU, et beaucoup d’entre eux ont reçu des offres de bourses d’universités prestigieuses comme Toronto, Queen’s ou encore l’Université de Colombie-Britannique. »

Il ajoute que pour ceux qui continuent leurs études au Manitoba, un bon nombre fait le choix de retourner à CanU comme étudiants bénévoles. Encore un message clair de l’impact positif de l’organisme dans leur parcours personnel.