À travers Rue des Moulins, elle allie savoir-faire artisanal, identité francophone et quête
de simplicité.
C’est dans un petit coin de La Broquerie, plus exactement dans une pièce transformée en atelier lumineux, que Myriam Boulet façonne la terre. Ici, les tasses, les bols et les bijoux prennent vie lentement, entre les cuissons nocturnes et les éclats de rire de ses enfants.
Rue des Moulins, le nom de son entreprise, évoque à la fois un lieu de son enfance en France, mais aussi le doux mouvement de son processus créatif. C’est une marque artisanale intime, enracinée et poétique, profondément inspirée de la nature.
Marque artisanale
« Ce que j’aime dans la poterie, c’est que je peux partir d’un tas de terre, de boue ou de glaise – qui, à la base, n’est pas très joli – et créer quelque chose de beau, de spectaculaire, juste avec mes mains. Quelque chose que les gens vont utiliser et aimer. C’est vraiment ça que j’aime. »
Son histoire avec l’argile commence loin du Manitoba, en France, à Reims, alors qu’elle a 12 ans. Myriam découvre la poterie, lors d’un atelier, un peu au hasard.
« Dès que j’ai touché à l’argile, j’ai ressenti quelque chose. Ça m’a vraiment parlé. Je ne pense pas que j’aurais essayé la poterie autrement. Mon enseignant m’a dit que j’avais un bon talent en sculpture. J’imagine que ça m’a motivée à continuer. »
Elle en garde une trace tangible : la sculpture d’un homme, inspirée du Penseur de Rodin, qu’elle conserve encore dans son salon. « Je regarde cette sculpture au moment où l’on se parle. »

Un retour à sa passion
Une fois de retour dans le sud-est du Manitoba avec sa famille, l’argile disparaît de sa vie, faute d’accès à un atelier. Ce n’est que bien plus tard, au début des années 2000, qu’elle reprend contact avec cette passion, via un atelier auquel sa mère lui propose de participer. Là encore, la connexion avec l’argile se fait sentir.
Doucement mais sûrement, la poterie et la sculpture refont alors surface dans la vie de Myriam.
Plus d’une dizaine d’années plus tard, elle décide de s’y consacrer davantage. Elle acquiert deux fours usagés. Rue des Moulins prend vie.
« J’ai toujours rêvé de vivre de mon art. Malheureusement, je ne gagne pas ma vie en faisant de la poterie. C’est un extra, à côté de mon travail. C’est drôle, parce que souvent, les gens pensent que c’est la création de l’œuvre qui est le plus difficile. Mais vraiment, c’est tout l’arrière-plan. C’est très complexe. C’est pourquoi c’est parfois difficile de mettre un prix sur un morceau. Ça prend tellement de temps. »
Façonner, choisir les minéraux, mélanger les émaux, connaître son type d’argile pour choisir la température du four… Myriam détaille toutes les étapes et, en effet, c’est complexe. Et long. Cela peut prendre des mois pour véritablement terminer une pièce.

Le rêve d’ouvrir un atelier communautaire bilingue
Francophone et fière de l’être, Myriam tient à ce que son entreprise reflète son identité. Elle participe à des marchés locaux comme le marché Jeudi Franco, à Saint-Boniface, où elle échange en français avec sa clientèle.
Elle rêve aussi d’ouvrir un atelier communautaire bilingue, accessible, où elle pourrait accueillir les gens de tous les âges et de tous les horizons.
« Pendant un temps, j’ai donné des cours de poterie chez moi, à ma mère, ma belle-mère, des tantes. J’aimerais beaucoup pouvoir offrir des cours plus largement, surtout en français. Il n’y a personne qui enseigne la poterie en français dans la région. »
Pour Myriam, il ne s’agit pas seulement de créer des objets : il s’agit de mettre de la beauté dans les gestes simples, de reconnecter à la matière et à la nature, de transmettre une émotion dans chaque pièce.
Son style est à son image : organique, épuré, intuitif. Myriam Boulet s’inspire surtout de ses voyages et de la nature.
Elle combine parfois la poterie avec d’autres matériaux – bois local trouvé et travaillé par son mari, argent, pierres – et joue avec les textures comme avec les transparences. Certaines pièces évoquent des aquarelles tant les couleurs se fondent délicatement entre elles.
Chaque pièce est unique
Tasses, bols, vases, cuillères, bougeoirs, mais aussi bijoux, bougies et porte-encens… Chaque pièce est unique. Si elle n’avait pas commencé par la poterie, Myriam aurait aimé être orfèvre-joaillière.
« J’aime beaucoup les bijoux. J’ai commencé à travailler l’argent. En ce moment, j’aime prendre des empreintes de nature, comme de la lavande par exemple, et je vais le mettre dans la poterie. Ensuite, je vais l’enrober d’argent, pour faire un pendant ou une bague. Et ça fait quelque chose d’un peu spécial. »
Ses créations sont disponibles via son site ruedesmoulins.ca, son compte Instagram (@rue.des.moulins), ainsi qu’à la galerie Woodlands à Winnipeg. Elle participe également à plusieurs marchés locaux chaque année.
« Et si jamais les gens veulent venir chez moi, je suis toujours ouverte à les accueillir pour fouiller dans mes morceaux. Ça me donne toujours de la joie de rencontrer des clients. »
Le grand but reste d’avoir, un jour, son propre studio où offrir des leçons en français et partager cet art « si thérapeutique ».
Dans un monde qui court, qui consomme, qui s’épuise, l’artisanat de Myriam Boulet invite à ralentir, à ressentir, et à revenir à l’essentiel. Une tasse chaude entre les mains.