Parmi les artistes finalistes, on retrouve Minokawa Song, artiste drag depuis trois ans basée à Winnipeg.
Elle a appris le français en école d’immersion, d’abord à l’école Sacré-Cœur de la prématernelle à la huitième année, puis à l’école secondaire Sisler jusqu’à la douzième année.
Pour Minokawa Song, le drag n’est ni un masque ni un simple divertissement. Il est d’abord une extension intime de son identité.
« Le drag me représente moi, comme personne », explique-t-elle.
Étudiante en théâtre à l’Université de Winnipeg, l’artiste puise ses inspirations autant dans les arts de la scène que dans la bande dessinée japonaise, revendiquant une approche pluridisciplinaire de la performance.
« Je vois le drag comme une extension de tout ça, ce qui me donne plus de liberté d’expérimenter avec des choses différentes », précise-t-elle, évoquant aussi bien le chant en direct que le lip sync.
Mais au-delà de la technique, le drag lui permet de rassembler toutes les facettes de son vécu : « Comme je suis transgenre, je suis queer, je suis filipino, le drag me permet de marier toutes ces parties de mon identité dans un bel amalgame », dit-elle.
Cette capacité du drag à faire coexister les identités est au cœur de son engagement artistique.
Dans un contexte social où les performances drag sont parfois remises en question, Minokawa Song revendique pleinement leur portée culturelle et politique.
Un art encore mal compris
Si le drag connaît aujourd’hui une visibilité accrue, il demeure une forme d’art régulièrement contestée.
Pour l’artiste, cette remise en question relève avant tout d’une incompréhension.
« Je pense que l’art en général est incompris. Parce que si les gens ne comprennent pas, ils pensent que ce n’est pas de l’art », souligne-t-elle.
Selon elle, on réduit le drag à une caricature ou à une provocation, sans se rendre compte de la richesse du travail artistique qu’il implique.
« Il y a beaucoup de formes d’arts dans le drag : le maquillage, les perruques, les costumes, la musique, la danse. »
Elle rappelle d’ailleurs que le drag a toujours existé, parfois sans être nommé comme tel, citant des figures populaires du cinéma comme Madame Doubtfire. Mais pour Minokawa Song, le drag est aussi intrinsèquement politique.
« Pour moi, je vois le drag comme toujours politique parce que c’est quelque chose qui va contre les choses que les gens décrivent comme normales. »
Être une artiste drag racisée et queer ajoute une dimension supplémentaire à cet engagement.
« Il y a aussi cette couche d’activisme », ajoute-t-elle.
Contrairement à l’idée reçue d’une improvisation spontanée, chaque numéro drag repose sur un important travail de préparation. Minokawa Song compare volontiers ce processus à celui du théâtre.
« Je décide s’il y a un thème, s’il y a un message que je veux partager. », dit-elle.
La sélection musicale constitue une étape clé : il s’agit non seulement de maîtriser les paroles et les rythmes, mais aussi de comprendre ce qu’ils racontent.
« C’est très important de savoir les mots, ce que je veux dire avec ces mots, à quel moment est-ce que je veux mettre l’emphase dans ma chanson », insiste-t-elle.
À cela s’ajoutent les répétitions, le travail corporel et la réflexion scénographique. Sur scène, l’objectif reste toujours le même : créer un lien direct avec le public.
« Quand je fais des drags, je veux inviter l’audience dans l’histoire que je leur raconte, je ne veux pas qu’il y ait un mur entre moi et elle », dit l’artiste.
Une esthétique réfléchie
Autre pilier du drag : l’esthétique. Perruques, maquillage, vêtements et accessoires participent pleinement à la narration scénique.
Si certain·e·s artistes consacrent plusieurs heures à leur transformation (parfois jusqu’à trois heures), Minokawa Song estime être relativement rapide : « Je prends comme 45 minutes à une heure et demie. »
Mais cette efficacité n’exclut pas la réflexion : couleurs, textures, lignes du visage et expression de genre font l’objet d’un choix conscient.
Étudiante, l’artiste adopte également une démarche qui répond autant à des contraintes financières qu’à une volonté de durabilité.
Avec un budget moyen d’environ 120 $ par performance, consacré principalement au maquillage et aux perruques, elle ajoute qu’elle redonne vie à des vêtements oubliés en les personnalisant.
« La plupart de mes costumes, je les ai dans les Thrift Stores, puis je les modifie. Et j’utilise mes pièces plus d’une fois, j’aime avoir les pièces que je porte aussi dans mes journées quotidiennes afin d’avoir une partie de moi », dit-elle.
Le DAiR Showcase, tremplin artistique
Le DAiR Showcase marque la finale du programme Drag Artists in Residency.
Porté par le Rainbow Resource Centre, il vise à soutenir concrètement les artistes drag de Winnipeg en leur offrant visibilité, ressources et accompagnement professionnel.
Pour Minokawa Song, être finaliste représente une reconnaissance importante.
« Être reconnue par Rainbow Resource, c’est vraiment spécial », souligne-t-elle.
Le 11 février, elle proposera une performance mêlant chant en direct et interprétation scénique.
« Ça va être une célébration pour toutes nos artistes de drag », résume-t-elle, soulignant l’esprit de solidarité qui anime le concours.
Les trois finalistes du programme recevront une bourse pour développer leur art, et bénéficieront de l’accès aux installations et ressources du Rainbow Resource Centre pour les répétitions ou le stockage de leurs costumes.
Elles auront également la possibilité de collaborer et de créer avec d’autres artistes, et seront les ambassadrices de la campagne pour la Fierté organisée par l’organisme.

