À 25 ans, iel occupe le poste de régisseur.e de théâtre et décrit une francophonie vécue comme un lieu d’ajustement, à la fois au regard de la langue, du milieu et de la légitimité.

Iel est né·e à Calgary et est arrivé·e très jeune dans la ville de Winnipeg.

Sarah Lamoureux a grandi au Manitoba dans un environnement majoritairement anglophone.

C’est par le biais de l’école qu’iel découvre le français : « J’ai fait toute ma scolarité en immersion, de la première année jusqu’à l’université », raconte-t-iel.

Bien que son grand-père ait été francophone, dans la maison de ses parents tout comme dans son quotidien, c’est bien l’anglais qu’on parlait et qui restait la langue dominante.

« La majorité du temps, je travaille et je parle en anglais, surtout à cause de mon travail. »

Régisseur.e de théâtre, Sarah Lamoureux évolue dans des milieux largement anglophones, même si le français trouve parfois sa place selon les contextes : « Si je travaille avec un groupe francophone ou dans un milieu comme le Cercle Molière, je vais travailler en français. Et si je suis avec des amis francophones, je vais parler plus en français, mais c’est souvent un mélange des deux ».

Ce mélange constant entre les deux langues s’accompagne pour iel d’un sentiment proche de l’insécurité, parfois par peur de ne pas avoir les mots justes ou un français dit « correct ».

« Il y a des moments où je manque des mots, des expressions plus casual que je n’ai jamais apprises à l’école. »

Selon iel, les écoles d’immersion transmettent surtout un français formel, voire académique, qui laisse peu de place à la langue du quotidien, et en ce sens « en conversation, dit-iel, il manque parfois du vocabulaire ».

« Ma famille a beaucoup d’histoires ici, en français. c’est aussi une partie de mon identité. »

Sarah Lamoureux se définit comme franco-manitobain·ne, tout en reconnaissant qu’il existe une ambivalence au regard de cette identité.

À la fierté linguistique s’ajoute parfois un sentiment plus fragile, que Sarah nomme clairement : le syndrome de l’imposteur.

« Ce n’est pas un grand poids culturel, mais je me sens parfois self-conscious. Comme si je n’étais pas assez bon.ne. »

Un sentiment qui a pu être accentué lors de certains contrats professionnels, notamment en étant plus jeune dans des contextes où le français était la seule langue de travail car iel ressentait parfois la pression d’être juste.

« La pression d’être parfait·e était vraiment élevée. J’avais 20 ans, et je me suis rendu·e compte que je manquais de connaissances, surtout avec les accents, les expressions », explique-t-iel.

Une province bilingue qui se vit dans la ville

Pour Sarah Lamoureux, une province véritablement bilingue ce n’est pas juste plus de services en français, iel propose une définition qui dépasse la seule offre de services, car oui « techniquement, une province bilingue, c’est avoir accès à tous les services dans les deux langues », affirme-t-iel.

Toutefois, Sarah Lamoureux ajoute qu’une province bilingue, cela reposerait sur une expansion de la francophonie, qui, dans la ville de Winnipeg, ne serait pas cantonnée à Saint-Boniface.

« Du point de vue culturel, ce serait plutôt des évènements et des choses happening in the city qui sont en français. Même si on est anglophone, ça serait d’avoir les mêmes opportunités de voir comme une pièce en français ou juste une soirée d’impro en français comme en anglais, ou des restaurants où tu peux commander en français autant qu’en anglais. Des choses comme ça. Just more balanced et plus fluides je pense, car en ce moment, presque tous les services en français sont à Saint-Boniface. On est juste une petite bubble dans la ville et j’aimerais voir des choses en français à Saint-James ou ailleurs par exemple. »

Iel imagine plutôt une présence diffuse, visible ailleurs dans la ville car, comme l’explique Sarah Lamoureux, « si tu habites à Saint-James, tu ne sais pas ce qui se passe au Centre culturel franco-manitobain (CCFM). Tu ne traverses pas la ville pour une soirée d’impro, surtout l’hiver ».

Travailler en français

Contrairement à d’autres, Sarah Lamoureux estime réaliste la possibilité de travailler dans les deux langues et dit même avoir la chance de pouvoir alterner.

Une capacité de bilinguisme, qui dans son milieu du théâtre, devient même un atout professionnel.

« Avoir l’occasion de travailler en français me donne de meilleures chances. Il y a moins de personnes qui postulent pour ces postes-là », assure-t-iel.

Pour Sarah Lamoureux, une province bilingue ne se résume ni à une loi ni à un symbole.

En pratique, il est alors question d’équilibre tant dans l’offre que dans la possibilité.

Dans son parcours qui est marqué par l’immersion, le syndrome de l’imposteur et le bilinguisme, le français n’est pas forcément un poids ni même une évidence mais davantage un espace à pratiquer et à rendre vivant.

Pour se faire, il faudrait « avoir plus de mélange, plus d’opportunités égales…ça enlèverait beaucoup de poids », conclut-iel.