La Liberté : Après avoir prolongé votre mandat d’une année en 2025 le temps que l’on vous trouve un successeur, vous avez finalement quitté votre poste le 28 janvier 2026. Est-ce que cette date était entourée dans votre agenda depuis longtemps?

Raymond Théberge : Ça fait une année qu’on repousse la date de départ, mais cela dit, j’ai toujours grandement apprécié tout le temps que j’ai passé au commissariat.

LL : Vous avez commencé votre mandat en 2018, vous étiez le premier commissaire qui n’était pas originaire du Québec ou de l’Ontario. Comment avez-vous appréhendé vos débuts dans cette nouvelle fonction?

RT : Lorsqu’on arrive dans ce genre de postes, il y a une certaine courbe d’apprentissage.

On constate la complexité de l’appareil fédéral, on constate la complexité de la loi et son application.

En revanche, ce qui m’a beaucoup aidé, c’est le fait que j’avais beaucoup travaillé un peu partout au Canada, dans plusieurs communautés, donc j’avais un très bon sens des communautés francophones en situation minoritaire, d’une part, et j’avais aussi une certaine connaissance des communautés anglophones du Québec.

Disons qu’on a pris une vitesse de croisière et l’on a commencé à faire avancer certains dossiers importants, surtout dès 2019, le dossier de la modernisation de la Loi sur les langues officielles.

LL : En effet, cette loi a été le cœur battant de votre mandat. En juin 2023, l’on est finalement parvenu à la sanction royale. Mais au début de 2026, l’on attend encore la mise en place de certains règlements, notam- ment ceux concernant la partie VII de la loi…

RT : On a lancé ce grand projet de modernisation de la loi, qui a pris plusieurs années. Il y a eu énormément de travail impliqué dans cette initiative. Il y a eu des reculs, il y a eu des élections, etc.

Mais en fin de compte, en juin 2023, le projet a abouti. Et déjà, en passant, on se penche sur une révision potentielle en 2033. Car, dans le projet de loi est inscrit une révision périodique tous les 10 ans.

Parce que c’est important de mesurer l’impact de la loi sur nos communautés et sur l’appareil fédéral au courant des 10 prochaines années. Déjà, là, il nous reste seulement sept ans. Il faut donc voir comment améliorer une prochaine mesure de la loi, parce que nous n’avons pas obtenu tout ce qu’on voulait. Je dis nous, je dis aussi les communautés.

Le projet de loi qu’on a présentement est substantiellement supérieur à la loi qui existait avant la modernisation. Mais on va toujours tenter d’adapter cette loi aux nouvelles réalités.

LL : Est-ce que l’adoption de cette loi, ainsi que d’autres éléments qui ont pu avancer, vous fait dire que nous sommes mieux positionnés en ce début 2026 pour les langues officielles que nous étions en 2017-2018 quand vous êtes arrivé à ce poste?

RT : Oui, nous sommes mieux positionnés. On a fait des avancées, il y a eu des décisions juridiques qui ont un impact important sur l’évolution des langues officielles, soit en éducation, soit au niveau de l’interprétation de la partie de la loi, qui est cette partie de la loi qui est là pour appuyer et supporter les communautés.

Et ça a effectivement amené à un langage beaucoup plus fort au sein de la loi. Aussi, les jugements de la Cour suprême qui ont touché la langue de travail au niveau de la fonction publique. Et s’ajoute à tout ça, bien sûr, le plan d’action sur les langues officielles.

LL : Pendant ces années dans votre fonction nationale, avez-vous continué à observer les évolutions de la francophonie au Manitoba? Vous qui avez été directeur général de la SFM durant la crise linguistique des années 1980, on s’en va maintenant vers un Manitoba qui veut devenir « véritablement » bilingue. Quel est votre regard sur ce sujet?

RT : Évidemment, je le vois d’un bon œil. Mais aussi, c’est important peut-être de mentionner que chaque fois qu’il y a des progrès au niveau des provinces et territoires, ça renforce le concept des langues officielles au niveau national.

Je me souviens des débats linguistiques des années 1980 au Manitoba. J’ai vu aussi par la suite une évolution qui, à mon avis, nous amène un peu à ce qu’on est rendu présentement.

C’est très ambitieux comme projet de faire du Manitoba une province véritablement bilingue, mais les démarches et les consultations ont été entreprises. Il reste à savoir maintenant quelles seront les prochaines étapes.

J’espère que ce projet va voir le jour dans les prochaines années et que le Manitoba sera chef de file en matière de langues officielles au Canada.

LL : M. Théberge, pour finir, qu’allez-vous faire maintenant?

RT : Je vais certainement prendre ma retraite, mais je souhaiterais être toujours actif dans le domaine des langues officielles qui me tient à cœur depuis toujours.

Qui est Kelly Burke, la prochaine Commissaire aux langues officielles?

Avec des informations de Hugo BEAUCAMP.

Le certificat de nomination pour le poste de commissaire aux langues officielles a été déposé à la fin janvier. L’entrée en poste de Kelly Burke devrait avoir lieu prochainement.

Originaire de Cornwall et avocate de formation, Kelly Burke a été sous-ministre adjointe au ministère des Affaires francophones de l’Ontario de 2014 à 2019 et sous-ministre adjointe au ministère des Collèges et Universités.

Kelly Burke a également occupé le poste de commissaire aux services en français de l’Ontario de 2019 à 2023. Ses compétences juridiques sont particulièrement appréciées par la Fédération des communautés fran- cophones et acadienne (FCFA) du Canada.

« Mme Burke coche plusieurs cases importantes et nous lui offrons notre entière collaboration », indique la présidente de la FCFA, Liane Roy. Raymond Théberge évoque « une personne expéri- mentée avec, à mon avis, les compétences nécessaires pour faire avancer les dossiers. »

En tête de liste de ces dossiers  : les projets de règlements qui doivent encadrer l’application de la nouvelle Loi sur les langues officielles. La Société de la francophonie manitobaine (SFM) salue la nomination de Kelly Burke et dit avoir hâte de travailler avec elle.

« C’est une personne qui a de l’expérience dans le domaine. C’est une juriste, ce qui est important, car elle aura à interpréter et mettre en œuvre la nouvelle Loi sur les langues officielles. Elle a la francophonie à cœur, elle a la confiance pour remettre en question les décisions du gouvernement et trouver des solutions qui bénéficieront à la francophonie », a commenté le directeur général de la SFM, Jean-Michel Beaudry.