À l’occasion du Mois de l’histoire des Noirs, célébré chaque année en février au Canada, l’association Racines et horizons d’immigrants francophones (RACIF) lance une programmation culturelle et communautaire qui met en lumière les réalités afrodescendantes à travers le regard des jeunes et des familles.
Ateliers, théâtre et défilé composent une série d’activités pensées comme des espaces de transmission, de dialogue et de fierté identitaire au sein de la francophonie manitobaine.
Fondé à la fin de l’année 2025, RACIF est un organisme à but non lucratif qui accompagne des immigrants francophones issus de diverses régions du monde, notamment d’Afrique subsaharienne, du Maghreb, des Caraïbes et d’Europe.
Pour sa fondatrice, Marielle Lifandi-Vieira, la mise en place d’une programmation spécifique dans le cadre du Mois de l’histoire des Noirs relevait d’une évidence.
« La communauté noire est une communauté qui est représentée au sein de RACIF. Il était indispensable pour nous, voire impensable, de ne pas avoir une programmation lors de ce mois qui est important pour les afrodescendants », affirme-t-elle.
Encore jeune, l’organisme a fait le choix d’une programmation resserrée, mais cohérente, articulée autour de trois activités principales.
« On a voulu une programmation assez sobre, parce que sortant d’un lancement officiel qui nous a demandé beaucoup d’énergie, on n’a pas voulu s’éparpiller », explique Marielle Lifandi-Vieira.
« Ces trois activités sont liées par un même fil conducteur : transmettre, raconter et célébrer l’histoire des personnes afrodescen- dantes à hauteur humaine, familiale et communautaire », indique-t-elle.
L’identité capillaire
La première activité, intitulée « J’aime ma couronne », s’est tenue le 7 février de 10 h à 12 h à l’Accueil francophone.
Il s’agissait d’un atelier destiné aux enfants de 8 à 15 ans, accompagnés de leurs parents, autour de la question des cheveux afro et texturés.
« Le rapport aux cheveux afro et texturés est souvent chargé très tôt de complexes ou de questionnements », souligne la fondatrice de RACIF.
L’atelier visait à offrir un espace bienveillant où les cheveux deviennent un support de discussion sur l’identité, l’estime de soi et l’héritage culturel.
Au programme : des échanges simples et des gestes du quotidien pour aider les enfants à reconnaître leur type de cheveux, à apprendre à en prendre soin et à les mettre en valeur.
« L’idée est de briser très tôt cette envie d’aller vers des produits chimiques ou de lisser les cheveux par complexe », précise-t-elle.
« Aimer sa couronne, c’est aussi tout simplement apprendre à se reconnaître et à s’affirmer », souligne-t-elle avec conviction.
Pour RACIF, cet atelier s’inscrit dans une démarche plus large de valorisation de l’estime de soi chez les jeunes afrodescendants.
« Changer le regard porté sur les cheveux crépus ou texturés, c’est aussi aider les enfants qui les portent à se valoriser eux-mêmes », explique Marielle Lifandi-Vieira.
L’intérêt suscité par l’atelier a d’ailleurs dépassé les attentes de l’organisme.
Plusieurs adultes ont exprimé le souhait d’y participer, soulignant eux aussi un besoin de réappropriation de leur chevelure naturelle après l’immigration.
RACIF n’exclut donc pas de proposer, à l’avenir, un atelier similaire destiné aux adultes.
La parole aux jeunes
Le 21 février, RACIF présentera au Centre culturel franco-manitobain (CCFM) la pièce de théâtre « Un jour, on m’a dit qu’on partait », portée par une dizaine de jeunes adolescents.
Cette création originale donne la parole à celles et ceux qui vivent la migration de l’intérieur, mais dont le vécu est souvent invisibilisé.
« On donne très souvent la parole aux parents immigrants, et on a rarement, sinon jamais donné la parole aux jeunes qui font partie de ce voyage-là. On part du principe qu’ils s’adaptent vite, mais on oublie qu’ils recommencent aussi pour la plupart », observe Marielle Lifandi-Vieira.
La pièce est construite à partir de récits courts et sincères, mêlant émotions, humour et réflexions sur l’exil, l’identité et l’adaptation.
Les jeunes participants ont été impliqués dans toutes les étapes de la création.
« Ce sont eux qui ont donné les idées, qui ont partagé les sujets qu’ils voulaient aborder. On voulait quelque chose de ludique, loin du format questions-réponses », explique-t-elle.
L’objectif n’est pas de dramatiser, mais de rendre visibles des expériences rarement entendues.
« C’est une mémoire vivante racontée au présent », résume la fondatrice.
Porter fièrement sa couronne
La programmation se clôturera le 28 février avec un défilé intitulé « Je porte fièrement ma couronne », organisé dans la galerie d’art du CCFM. Après avoir appris à aimer et à comprendre leurs cheveux, les jeunes seront invités à les célébrer publiquement.
« On reste dans l’identité capillaire, mais dans une logique de célébration, pas de comparaison », explique Marielle Lifandi-Vieira.
Les coiffures présentées (nattes, tresses, cheveux naturels ou styles contemporains) raconteront chacune une histoire.
Car elle rappelle que derrière ces coiffures, il y a une histoire très ancrée.
« À certaines époques, les tracés des tresses servaient de cartes pour s’évader, ou indiquaient un rang social, une appartenance ethnique ou tribale. Aujourd’hui, on les porte parfois de façon esthétique sans connaître leur sens. Nous voulons remettre cette histoire en lumière », dit-elle.
À travers cette programmation, RACIF souhaite rappeler que l’histoire des Noirs ne se transmet pas uniquement par les livres ou les grandes figures historiques, mais aussi par les gestes du quotidien, les récits des jeunes et la vie communautaire.
« Nous voulons montrer que l’histoire des Noirs se transmet par la fierté, par la conscience de nos héritages », conclut Marielle Lifandi-Vieira.
Pour s’inscrire aux activités, contactez [email protected].


