Ce 8 mars marque la cinquième édition du Symposium de jazz pour les femmes à Winnipeg, et la troisième fois qu’il est présenté sous forme de concert, à l’occasion de la Journée internationale pour les femmes.
Il y a cinq ans, Alexis Silver, enseignante de musique à l’école secondaire Sisler, a été approchée par les dirigeants du Winnipeg Jazz Orchestra afin de mieux représenter les femmes dans ses ensembles, conformément à son engagement en faveur de la diversité, de l’équité et de l’inclusion.
La démarche s’imposait : bien que des femmes aient toujours fait partie de l’orchestre, elles y ont longtemps été largement sous-représentées.
En tant qu’enseignante, cependant, Alexis Silver a toutefois imaginé une initiative plus ambitieuse qu’un simple concert, notamment pour les jeunes qui s’intéressent à une carrière en jazz.
C’est ainsi qu’est né le Symposium de jazz pour les femmes.
En constante évolution depuis sa création, le symposium vise non seulement à former celles qui s’intéressent au jazz, mais aussi à mettre en valeur les parcours et les œuvres des femmes dans ce genre musical, souvent négligées par l’histoire.
Cette année, une séance sur l’histoire du jazz intitulée « Living Giants » (Les géants vivants), ainsi qu’un atelier sur le féminisme intersectionnel dans la musique, sont proposés l’après-midi, entre les ateliers de créativité instrumentale et vocale intitulés « You Can Do It » (Tu peux le faire).
Alexis Silver se réjouit du succès de l’évènement et de son impact concret auprès des jeunes femmes participantes.
Certaines d’entre elles font également partie de l’ensemble intermédiaire qui se produit avant le concert principal, leur permettant ainsi de visualiser des parcours professionnels possibles dans le milieu du jazz.
Elle explique que « ces participantes apprennent auprès de musiciennes exceptionnelles, jouent ensuite en ensemble une pièce souvent composée par l’une d’elles, puis assistent finalement à la prestation du big band. »
Andrina Turenne, chanteuse et invitée spéciale de l’évènement, partage cet avis et souligne l’im-portance de sa dimension intergénérationnelle.
Le symposium et le concert ont non seulement offert à d’anciennes collègues l’occasion de jouer ensemble, mais ont également permis aux participantes et au public rencontrer des figures emblématiques du jazz.
Ils citent Janice Finley, la « reine du jazz » canadienne et saxophoniste de renom, parmi les nombreuses artistes ayant participé aux éditions précédentes.
L’espace pour être entendues
Constatant le manque de reconnaissance historique des femmes dans le jazz, Alexis Silver s’efforce de programmer, lors de la Journée internationale de la femme, des œuvres principalement composées par des musiciennes.
Elle précise aussi qu’elle tente chaque année de refléter les créations des conférencières principales dans la programmation musicale.
Le concert de 2026 est un hommage à Joni Mitchell, qu’Andrina Turenne cite comme une source d’inspiration dans son parcours jazzistique.
Le programme du symposium comprend égale-ment la participation de la trompettiste et conférencière principale franco-canadienne Rachel Therrien, qui s’exprimera en personne au Centre culturel franco-manitobain avant les sessions éducatives.
Malgré ces initiatives, les deux musiciennes estiment que des efforts restent nécessaires pour améliorer la représentation des femmes dans le milieu du jazz.
Bien que ces projets en faveur de l’égalité de genre sont bien accueillis à Winnipeg, les données à l’échelle internationale relèvent encore un important déficit de représentation.
Alexis Silver cite une étude publiée en 2025 par le Berklee College of Music, aux États-Unis, indiquant que, dans une corps professoral de jazz comptant 30 personnes ou plus, seulement 32 % s’identifient comme des femmes.
L’étude révèle également que celles-ci ne représentent que 15 % des enseignants et enseignantes de jazz aux États-Unis. Alexis Silver demeure néanmoins optimiste.
Elle rappelle que, si quelques musiciennes ont émergé dès les années 1950, très peu dirigeaient alors leurs propres ensembles.
Une situation qui a commencé à évoluer dans les années 1990, à l’époque de Joni Mitchell et de ses contemporaines.
Aujourd’hui, avec la présence d’orchestres dirigés par des femmes, tels que le Sister Jazz Orchestra en Colombie-Britannique et le Calgary Women’s Jazz Orchestra, elle a de grands espoirs pour l’avenir, disant qu’elle « espère que dans quelques années, un tel évènement ne sera plus nécessaire. »
