Parmi les participants, plusieurs Manitobains, dont Raphaël Raharijaona, Alison Palmer et Xavier Mutshipayi, qui partagent avec La Liberté leurs réflexions.

Pour eux, l’éducation artistique est un levier essentiel pour s’exprimer, s’ancrer et participer à la vie culturelle francophone au pays.

Ces 12 et 13 mars, Ottawa accueillera le premier Sommet pancanadien sur l’éducation artistique, organisé par la Fédération culturelle canadienne-française.

À travers des panels, des ateliers et des tables rondes, la rencontre vise à réfléchir à une éducation artistique accessible, équitable et durable, dans le prolongement du mémoire Une place de choix pour l’art à l’école, publié par la Fédération culturelle canadienne-française en 2024.

Parmi les Manitobains présents figurent notamment Joël Tétrault, conseiller pédagogique en sciences humaines et perspectives autochtones au Bureau de l’éducation française du Manitoba (BEF), qui participera au panel Éducation artistique et perspectives autochtones en milieu scolaire.

Leia Patterson, représentante de la jeunesse du Manitoba, prendra part au panel Baromètre jeunesse 2025 : habitudes de consommation et intérêts de la jeunesse d’expression française.

L’artiste peintre Xavier Mutshipayi, qui intervient en milieu scolaire, participera au panel Éducation artistique et inclusion en milieu scolaire.

Deux autres Manitobains participeront à la table ronde La francophonie plurielle comme lieu d’appartenance culturelle, Raphaël Raharijaona, représentant de la jeunesse du Manitoba pour l’Association canadienne d’éducation de langue française (ACELF) mais aussi l’artiste et pédagogue Alison Palmer, qui animera également un atelier intitulé Vers une offre culturelle inclusive et vivante.

Des chiffres et des constats

Le mémoire publié en 2024 par la Fédération culturelle canadienne-française rappelle que, dans les provinces et territoires hors Québec, l’éducation artistique occupe généralement entre 5 % et 10  % du temps d’enseignement de la 1re à la 6e année, puis entre 4 % et 13 % de la 7e à la 9e année.

Selon le rapport, un parent sur cinq affirme que son enfant inscrit au primaire dans une école de langue française n’avait pas de cours d’arts. Cette proportion passe à un parent sur trois au secondaire.

En ce sens, le mémoire formule plusieurs recommandations, parmi celles-ci figurent l’élaboration d’une charte pancanadienne de l’éducation artistique, le développement de projets pilotes dans les conseils scolaires francophones, un meilleur partage des pratiques entre les milieux scolaires et culturels, une plus grande place pour les artistes dans les écoles, et une augmentation du financement destiné à l’éducation artistique.

Au Manitoba, l’éducation artistique est obligatoire de la 1re à la 8e année.

Le gouvernement recommande d’y consacrer environ 10 % du temps d’enseignement en 1re à la 6e année et 8 % en 7e et 8e années.

Au secondaire, les arts visuels, la musique, les arts dramatiques et la danse font partie des cours offerts dans le programme français, mais ils figurent dans la catégorie des crédits optionnels plutôt que parmi les exigences obligatoires du diplôme.

L’art pour s’exprimer

Alison Palmer est une artiste et pédagogue basée à Saint-Pierre-Jolys, elle travaille régulièrement avec des jeunes à travers des ateliers artistiques et de théâtre pour enfants.

Pour elle, l’éducation artistique offre un espace unique pour les élèves : « Il n’y a pas d’autre matière qui fait ça ».

Elle décrit les arts comme un moyen d’extérioriser ce que les jeunes ressentent.

« Que ce soit en danse ou en musique ou en art visuel ou en art dramatique, on sort ce qu’il y a à l’intérieur et on l’extériorise. »

Selon Alison Palmer, cette dimension touche directement au bien-être et à l’inclusion car, « c’est vraiment un bel outil pour briser l’isolement ».

Toutefois, elle souligne plusieurs obstacles dans l’accès aux activités artistiques en français.

« Je me sentais toujours seule en français. Comme spécialiste, chercher des ressources, c’était vraiment difficile. »

Même pour ses propres enfants, elle explique avoir dû chercher elle-même à créer des ateliers artistiques faute d’une offre locale suffisante au rural.

Elle évoque aussi les défis auxquels font face les écoles ; les coûts de transport pour les sorties artistiques, les déplacements des artistes dans les communautés rurales, les classes (sur)chargées, le manque de suppléants et de ressources pédagogiques disponibles, « en français surtout ».

L’art pour transmettre

Pour Xavier Mutshipayi, artiste peintre à Winnipeg, l’éducation artistique permet aussi de transmettre des histoires et de rendre visibles certaines réalités.

« L’éducation artistique dans les écoles, c’est tellement important parce que ça contribue aussi à l’apprentissage », affirme-t-il.

Lors du Mois de l’histoire des Noirs au Collège Louis-Riel, il a animé un atelier autour de figures noires importantes telles que, Devon Clunis, premier chef de police noir au Canada, chef du service de police de Winnipeg en 2012, ou encore Viola Desmond, militante des droits civiques en Nouvelle-Écosse.

« Il y a beaucoup de participants, qui ne savaient rien d’eux. C’était pour certains peut-être la première fois. Mais là, ils apprennent. »

À travers ces ateliers, il souhaite également offrir des modèles aux jeunes.

« Il y a un vide. J’aimerais être cette personne-là qui va appuyer les autres, mais être aussi un point de repère. »

Comme Alison Palmer, Xavier Mutshipayi souligne l’importance de soutenir davantage les artistes qui interviennent dans les écoles.

« La meilleure des places, c’est les écoles », dit-il.

« On aura des chirurgiens de demain, des médecins, des politiciens. Et si ces gens-là ont eu accès à l’art, à la créativité, ils ne vont pas régler les choses de la même façon ».

L’art pour connecter

Pour Raphaël Raharijaona, étudiant en sciences politiques à l’Université d’Ottawa, l’éducation artistique ne se limite pas aux cours d’arts visuels ou de musique.

Originaire de Saint-Pierre-Jolys et ayant passé quatre ans à l’école La Voie du Nord à Thompson, il insiste sur l’importance des évènements culturels qui permettent aux jeunes francophones de se rencontrer.

« Je dirais que c’est primordial, parce que les évènements culturels et artistiques, c’est ça qui m’a donné un sentiment de civisme au sein de mon éducation », explique-t-il.

Dans son parcours, ces expériences ont pris plusieurs formes ; camps culturels, concours d’art oratoire, festivals ou déplacements vers Winnipeg pour participer à des activités francophones.

« Ce que je cherche, c’est des évènements qui connectent des jeunes qui ont les mêmes expériences, mais qui sont divisés par leur contexte géographique. »

Le jeune Franco-Manitobain rappelle aussi les défis propres aux communautés rurales : « Être francophone au Manitoba, spécifiquement en ruralité, c’est pas simple. Parfois, c’est juste une petite communauté qui se sent isolée, et c’est les évènements artistiques et culturels qui m’ont donné l’opportunité de rencontrer d’autres jeunes francophones ».

Selon lui, l’éducation artistique en contexte minoritaire joue un rôle dans la création de liens entre les écoles francophones et les écoles d’immersion.

Multiplier ces occasions de rencontre pourrait contribuer à renforcer la vitalité de la francophonie dans la province. Les expériences de Raphaël Raharijaona, Alison Palmer et Xavier Mutshipayi illustrent différentes dimensions de l’éducation artistique en contexte minoritaire.

Ces perspectives devraient nourrir les discussions lors du premier Sommet pancanadien sur l’éducation artistique, alors que les participants tenteront de réfléchir aux conditions nécessaires pour renforcer la place des arts dans les écoles francophones à travers le pays.